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Cette méthode avait l'avantage de tracer des routes, d'y poser des signaux, d'avertir l'orateur de celle qu'il aurait à suivre; Cicérou lui-même en convient: Habet enim quxdam ad commonendtaa oratorem. Mais l'élève qui, après les premières études , aurait besoin d'aller chercher dans ces lieux oratoires les moyens propres à sa cause, serait un esprit lent, timide et sans essor : Quod eliamsi ad mstituendos adolescentulos rnagis apium est y uf, siniul ac posita sit causa , habeant quo se référant , unde siatim expedita possint argumenta depromere : tamen et tardi ingenii est rivulos conseciari , fontem rerum non videre. ( De Orat. 1. II.)
« Qu'on me donne , disait Antoine dans ce même dialogue , un jeune homme qui ait bien fait ses études ; si, avec un peu d'usage de l'art oratoire , il a dans le génie quelque vigueur , je le porterai en un lieu où il trouvera , non pas un filet d'eau enfermée et captive dans des canaux étroits , mais un fleuve entier qui s'élance impétueusement de sa source. » Si sit is qui, et doctrina liberaliter mihi institutus , et aliquo jam imbutus usu , et satis acri ingenio esse videatur ; ïlluc eum rapiam , nbi non seclusa aliqna aquula teneatur , sed unde universum Jîumen erumpat. (De Orat. l. II.)
Quelle était donc cette source abondante auprès de laquelle tous les lieux communs des rhéteurs ne lui semblaient que des filets d'eau .^ C'était la cause elle-même ; et sa méthode, à lui , consistait à la méditer profondément, à bien savoir quelle en était la nature , qux, nunquam latet , disait-il , et à tirer de cette connaissance ses procédés et ses moyens.
La pratique de l'orateur que je viens de citer, pour s'instruire à fond d'une affaire , était d'engager sa partie à plaider sa cause elle-même devant lui , sans témoin , afin qu'elle eût plus d'assurance ; et de plaider contre elle, afin de l'obliger à mettre au jour tous ses moyens. « Après avoir renvoyé mon client , je faisais, dit-il, à moi seul, trois personnages différents, le mien, celui de mon adversaire , et celui de nos juges : ainsi je plaidais les deux causes et le mieux qu'il m'était possible; après cela , je prononçais avec la plus rigoureuse équité. »
Voilà une grande leçon et eu même temps un moyeu assez
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simple de rendre les causes particulières accessibles aux jeunes gens ; car si le rhéteur veut se mettre à la place de la partie, et se laisser interroger , l'élève fera de son côté le personnage de ravocai;et la justesse, la sagacité, la promptitude de son discernement percera dans cet exercice, par le soin qu'on lui verra [)rendre de démêler, de dénouer les difficultés véritables, par Tattentiou qu'il donnera aux points essentiels de la cause , par le choix qu'il fera des moyens décisifs; car rien ne distingue plus sûrement une bonne et une mauvaise tête, qu'une curiosité judicieuse qui va au but , et une curiosité vague qui se dissipe et s'égare en chemin.
Il ne faut pas oublier cependant que l'exercice apprend à voir iix jeunes orateurs , comme il apprend à voir aux jeunes peintres, et qu'on prend quelquefois pour manque d'intelligence et d'aptitude ce qui n'est que légèreté, dissipation, distraction. L'avocat, parce qu'il est instruit, voit d'un coup d'œil, parmi les circonstances et les moyens qu'on lui expose, ce qui lui est bon et ce qui lui manque; ses recherches sont éclairées: celles de l'écolier peuvent être d'abord inquiètes et indécises; il faut donc se donner la peine de lui apprendre à examiner, à développer une cause, à la voir sous toutes ses faces , à prévenir dans tous les points ce qu'on pourra lui opposer, et à se tenir prépare pour l'attaque et pour la défense. Or, c'est ce qu'on n'a jamais fait.
Le preinier tort des rhéteurs a été, comme je l'ai dit, de croire enseigner l'art de l'éloquence à des enfants; et pour cela ils l'ont réduit en miettes : Qui omnes tenuissîmas particu-
las ut nutrices infantibus pueris , in os insérant (de
Orat. lib. XXI) : et, au contraire, le moyen de simplifier l'art, <!e le faciliter , aurait été de l'enseigner en masses : un petit nombre de grands principes, appuyés sur de grands exemples, aurait suffi, et n'aurait ni troublé ni fatigué de jeunes têtes.
La même erreur a fait assujettir à des règles minutieuses et
des méthodes serviles ce qu'il y a de plus capricieux, de plus impérieux au monde, l'occasion et la nécessité. La rhétorique y ainsi que la tactique , ne peut rouler que sur des hypothèses : dans l'un et l'autre genre de combat il y a deux grands ordonna-
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teurs, le jugement et le génie; mais ils sont tous les deux soumis à des hasards qui déconcertent toutes les méthodes et font fléchir toutes les règles.
Il fallait donc simplifier l'art le plus qu'il eût été possible, ne f>as ériger en principe ce qui n'est juste et vrai que sous certains rapports , n'enseigner que le difficile , ne prescrire que l'indispensable, en un mot, laisser au talent, comme les lois doivent laisser à l'homme, autant de sa liberté naturelle qu'il en peut avoir sans danger. Les règles prescrites par les rhéteurs sont presque toutes de bons conseils et de mauvais préceptes.
Tout se réduit, dans l'art oratoire, à instruire, à plaire, a émouvoir : encore, des trois, un seul doit-il paraître en évidence; et lors même que l'orateur emploie tous les moyens de se concilier le juge ou l'auditeur, de le flatter, de le fléchir, de l'irriter, ou de l'apaiser, le comble de l'art serait encore de ne sembler occupéqu'à l'instruire. Una^ ex tribus his rébus, res prxnobis est ferenda^ ut nihilaliud^ nisi docere, velle videamur, Reliquœ duœ, sicut sanguis in corporibus , sic illx in perpetuis orationibus fusx esse debebunt. Cette règle en renferme mille; et si on l'a bien saisie , ni les lieux oratoires , ni les figures , ni les ornements , ni aucune des formules de rhétorique, ne s'introduiront qu'à propos et comme sans étude et sans dessein dans l'éloquence. Je sais que les figures en sont l'âme et la vie; et il n'en est aucune qui , naturellement employée et mise à sa place , ne donne de la grâce ou de la force à l'élocution. Mais il faut que l'élève apprenne à les connaître , et non pas à les employer. Celles qui, dans la chaleur de la composition, ne se présentent pas d'elles-mêmes, décèleraient trop l'artifice : la nature les a inventées, la nature doit les placer.
A l'égard de l'économie et de l'ordonnance de l'ouvrage oratoire, on le divisera , si l'on veut, en six, en cinq , ou en trois parties. Mais, quoiqu'on puisse donner pour modèle un discours dans lequel ces parties, distribuées selon l'usage, tendent au but commun de la persuasion : l'exorde, par sa modestie et sa douceur insinuante; l'exposition , par la clarté d'une division régulière et complète; la narration, par son adresse et son air d'ingénuité; la preuve, par sa solidité, sa vigueur, et sa rapidité
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pressante ; la réfutation , par la dextérité des tours, la force des répliques et la chaleur des mouvements ; la confirmation, par un accroissement de force et d'énergie ; la conclusion , par cet éclat (jui part des moyens rassemblés ; la péroraison , par des mouvements d'indignation et de douleur, quand la cause en est susceptible, ou par la séduction d'un pathétique doux et pénétrant sans violence, quand la cause ne donne lieu qu'à la commisération: le rhéteur ne laissera pas d'avertir son disciple que c'est au sujet à prescrire l'économie du discours, à décider du nombre, de la distribution , du caractère de ses parties , et que non-seulement sous différentes formes un discours peut être éloquent, mais que pour l'être autant qu'il est possible il ne doit jamais affecter que la forme qui lui convient.
Savoir de quoi , dans quel dessein , à qui , ou devant qui l'on parle, et , dans tous ces rapports, dire ce qui convient, et le dire comme il convient, c'est l'abrégé de l'art oratoire.
Ainsi l'importante leçon, la seule même dont l'élève aurait besoin , si elle était bien développée , serait de lui apprendre à viser à son but , à se demander à lui-même quel est l'effet qu'il veut produire; s'illui suffit d'instruire, ou s'il veut émouvoir: s'il est en état de convaincre , ou s'il aura besoin d'intéresser et de fléchir ; s'il se propose d'exciter l'admiration ou l'indulgence, l'indignation ou la pitié. Alors il sentira si son exorde doit être véhément ou timide ; si son exposition ou sa narration exige la simplicité, la modestie, ou la magnificence; si dans la preuve il lui faut insister sur le principe ou sur les conséquences ; si dans la réfutation il doit agir de vive force , ou ruiner insensiblement les moyens de son adversaire, employer l'artifice de l'insinuation , ou le tranchant du syllogisme , ou les entraves du dilemme, ou le piège de l'induction ; si le caractère de sa péroraison doit être la véhémence et l'énergie ou la douceur de la '•duction , un pathétique violent et brûlant , ou cette sensibilité modérée qui fait couler de douces larmes, ou cette douleur décliirante qui pénètre dans tous les cœurs.
Enfin, la conclusion de ce long cours d'étude sera d'avertir les élèves les mieux instruits, que ce n'est encore rien que ce 'ju'ils ont appris : car sans compter, pour l'avocat, cette im-
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mense étude des lois ; sans compter , pour l'homme d'État , la connaissance de la chose publique, dans ses détails et dans tous ses rapports; sans compter, pour l'orateur chrétien , la lecture et la méditation des livres sacrés , dont il doit être plein comme de sa propre substance; leur grande étude à tous, l'étude de toute leur vie, sera celle des hommes qu'ils auront à persuader , à dominer par la parole ; et pour cette étude, la véritable, la seule école, c'est le monde : nulle spéculation ne peut y suppléer , nulle hypothèse n'y peut suffire. L'homme est un être si mobile, si changeant, si divers, qu'il est impossible d'enseigner quels seront les hommes de tel lieu, de tel temps, de telle conjoncture; quel sera tel jour, à telle heure, l'esprit dominant de la nation, de la cité , des tribunaux, de l'auditoire. C'est là cependant ce que l'orateur doit savoir ; et il ne le saura bien que sur le lieu, sur le temps , en subodorant , comme Cicéron , les sentiments et les pensées , en mettant le doigt sur les cœurs. Sans cela l'éloquence est vague, et manque des deux propriétés qui en font toute la force, la convenance et l'à-propos.
Que les jeunes gens sachent donc que l'école n'a été pour eux qu'une lice obscure et paisible, dont les combats étaient des jeux ; et que maintenant il s'agit de se porter sur le champ de bataille. Educenda deinde dictio est ex hac domestica exercitatione et umbraiili, médium in agmen, inpulverem, inda-
morem, in castra, atque aciemforensem periclitandas
vires ingenii, et illa commentatio inclusa in veritatis lucem proferenda est. ( De Orat. lib. I. )
Selon la méthode que je viens de tracer, d'après les plus grands maîtres de l'art , on voit que les études de la rélhorique ont trois degrés : que celles de la première classe sont communes à tous les hommes dont on veut former la raison, cultiver l'esprit, et polir le langage, et que jusque-là l'homme du monde et l'orateur ont besoin des mêmes leçons ; que celles de la seconde classe deviennent plus propres à l'éloquence, mais conviennent également à l'orateur, au philosophe , à l'historien , et au poète ; enfin que les études de la troisième classe, où l'on enseigne expressément les procédés de rélofjuence, semblent ne convenir qu'aux jeunes gens qui se destinent ou à la chaire, ou
.111 barreau, ou à quelque fonction publique qui demande \m homme éloquent. Mais, comme pour développer le corps et lui donner plus de force et plus de souplesse, on exerçait les jeunes Romains au combat de la lutte, sans vouloir en faire des athlètes; de même, si l'on veut m'en croire, on exercera l'esprit de la jeunesse destinée aux fonctions qui demandent le don de la parole , on l'exercera longtemps dans la lice du plaidoyer : car il n'est point de genre d'éloquence qui ne se réduise aux règles de la plaidoirie. Instruire, prouver, réfuter, émouvoir, et persuader, c'est, dans toutes les situations de la vie, l'art de dominer les esprits.
On peut me demander quel temps je veux que l'on donne à c^s études. Le temps qu'elles exigeront. Dans les beaux jours de l'éloquence, les anciens ne le comptaient pas, et le croyaient bien employé : aussi le sénateur, le consul, le censeur, l'homme de loi, l'homme d'État, s'y formaient-ils en même temps; et chaque citoyen destiné aux fonctions publiques en sortait propre à les remplir. « C'est un beau rêve, me dira-t-on; et s'il a quelque réalité, ce n'est plus nous qu'elle intéresse. Au milieu d'un peuple à la fois législateur et juge , devant qui l'on plaidait, non-seulement pour la fortune et la vie du citoyen, mais pour l'utilité, la gloire et le salut de la république; dans un État où chacun aspirait à dominer par la parole, que des hommes , sans cesse en guerre dans la lice de l'éloquence, pour leurs amis ou pour eux-mêmes, et qui venaient y décider, comme des gladiateurs, de leur perte ou de leur salut, aient attaché à ce grand art tout l'intérêt de leur sûreté, de leur fortune et de leur gloire, rien de plus naturel : mais quel serait pour nous le fruit, l'emploi de ces longues études ? où serait la place de ces talents <'ultivés avec tant de soin ? Sommes-nous dans Rome ou dans Athènes Pet avons-nous une tribune où l'orateur, homme d'État, puisse parler en liberté ? »
Fasse le ciel qu'il s'en élève, et en grand nombre, de ces citoyens éloquents ! On demande où serait leur place ! Partout où la voix de la sagesse, de la vérité, de la vertu, de l'intérêt public, de l'amour, de l'humanité, a le droit de se faire entendre ; et sous ce règne où ne l'a-t-elle pas? L'éloquence n'a plus detriijune! Mais la chaire en est une encore pour cette morale su-
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blime, que rend plus pure encore et plus toacliante la sainteltde ses motifs ; mais les académies sont des tribunes où , la palme à la main, on demande aujourd'hui, comme autrefois dans la place d'Athènes : qui veut parler pour le bien public f Dans Athènes, ce n'était qu'au moment où la république était menacée, dans les jours de crise et de danger, que la voix du héraut se faisait entendre ; ici, dans le sein de la paix, et lorsque l'indolence de la sécurité , de la tranquillité publique, semblerait pouvoir refroidir l'intérêt général ; ici, tous les jours, et du centre et des extrémités du royaume, la voix s'élève, et dit aux orateurs : Tel abus règne, tel préjugé domine; pour le combattre et le détruire : qui veut parler ? Qui veut parler contre la servitude, contre la rigueur inutile de nos anciennes lois pénales, contre l'iniquité des peines infamantes. Sur les moyens de conserver cette multitude innombrable d'enfants qui vont périr dans ïes asiles de l'indigence, ou sur les moyens de détruire ce vieux fléau de la mendicité, sans manqueir au respect que l'on doit au malheur, qui veut paner?
L'exemple des hautes vertus, des sublimes talents, des travaux héroïques, s'efface dans 1 eloignement, et ne jette plus qu'une pâle et froide lumière; pour en ranimer l'émulation avec le souvenir, qui veut parler? Le génie et l'ambition des souverains se tourne vers la solide gloire, vers celle qui ne coûtera ni larmes ni sang à leurs peuples, et qui sera le prix du bien qu'on aura fait; les peuples eux-mêmes commencent à sentir qu'une politique funeste les a trompés, en les rendant jaloux et rivaux l'un de l'autre, et que la nature les avait faits pour être amis : qui veut parler pour applaudir à cette grande révolution, pour y encourager et les rois et les peuples ?
Un jeune prince (de Brunswick) se dévoue pour secourir des malheureux qui vont périr ; et à l'instant une voix chère à la nation s'élève et demande : Qui veut parler avec l'enthousiasme d'une poésie éloquente, pour rendre à la mémoire de ce héros de l'humanité l'hommage, les vœux, les regrets de la reconnais sance universelle? qu'il acquitte le genre humain de ce devoir; et la couronne d'or, qu'on refusait à Démosthène , l'attend et lui est assurée.
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Qu'on ne dise donc plus que les grands objets manquent à l'éloquence; mais bien plutôt que l'éloquence manque le plus souvent aux grands objets qui la demandent, qui 1 appellent, qui rinvoquent de toutes parts. Son domaine aura ses limites : elle ne sera plus séditieuse et turbulente, elle ne sera pius délatrice et calomnieuse ; mais si elle n'a pas toute la liberté de l'éloquence républicaine, aussi n'en aura-t-elle pas la iicence et les vices. Elle fera moins de bien peut-être; mais elle ne fera que du bien, et fora de grands biens encore. .Te ne pnrle point du barreau, où la justice et l'innocence auront toujours besoin de son organe : mais partout où le bien moral et politique, ''utile, i'honnête et le juste sont mis en délibération, dans les conseils, drns les tri bunau.x, dans les députations, et dans les assemblées, elle aura lieu de se montrer ; elle aura lieu de parler aux peuples au nom du souverain, au souverain au nom des peuples, consolante et sensible en émanant du trône, respectueuse et sage en y portant les vœux , les gémissements des sujets. Elle ne fera point de révolution violente; mais elle amènera des réformes utiles, des changements inespérés; elle rendra du moins l'autorité plus douce, l'obéissance plus facile, le souverain plus cher encore, les peuples plus intéressants.
Mais il est pour elle un empire plus étendu et plus durable. Cet art précieux que les anciens ne possédaient pas, l'art de l'imprimerie, donne des ailes et cent voix à l'éloquence, comme à la renommée; les livres sont pour elle des ministres rapides qui, d'une extrémité du monde à l'autre, vont porter la lumière et la persuasion ; et n'eût-elle que ces organes, de quel prix ne seraient pas encore le talent, le génie et l'âme d'un homme vertueux et sage, à qui, pour rendre sa sagesse et sa vertu fécondes, le ciel aurait donné le don d'écrire éloquemmeut! Un livre où les principes d'unesaine philosophie, d'une politique morale, d'une sage législation, d'une administration salutaire, seront développés avec une éloquence lumineuse et sensible, sera lui seul pour le monde un bienfait qu'on ne saurait apprécier. La raison sans doute aurait droit de persuader par elle-même; mais combien de vérités utiles, froidement et négligemment énoncées dans des écrits judicieux, y seraient restées ensevelies si l'éloquence n'était
venue les retirer comme du tombeau, et les rendre à la vie, en leur communiquant tout son charme et tout son pouvoir !
Rime. La rhup- est la cousonnance des finales des vers Cette consounance doit être sensible à l'oreille : il faut donc qu'elle tombe sur des syllabes sonores; mais ce n'est point assez : on veut aussi qu'elle frappe les yeux. Pourquoi? pour la rendre plus difficile , et pour ajouter au plaisir que fait la solution de ce petit problême. Je n'en vois pas d'autre raison. C'est un défi donné aux versificateurs. Afin donc que les vers riment aux yeux en même temps qu'à l'oreille , on veut que les deux finales présentent les mêmes caractères - ou des caractères équivalents : par exemple, sultan ne iirne point avec instant; instant et attend riment ensemble.
On appelle rime masculine celle des mots dont la finale est une syllabe sonore; et rime féminine y celle des mots dont la finale est une syllabe muette. Dans la première, il suffit que les finales soient consonnantes; dans la seconde, la consonnance doit commencer à la pénultième : revers et pervers riment ensemble; source qX. force ne rimeraient pas , quoique la finale muette soit la même; mais bien source et course, exerce et diverse.
On appelle rime pleine celle où non-seulement le son, mais l'articulation est la même ; Q,ommQ,vertu eX. abattu, étude ti solitude. On appelle rime suffisante celle qui n'est que dans le son , et non dans l'articulation , comme vertu et vaincu, timide et rapide. Quand la rime qu'on emploie est trop abondante , comme celle des mots en ant, on regarde comme une négligence la rime qui n'est que dans le son, et qui n'est pas dans la consonne : aussi voit-on peu d'exemples, dans les bons poètes du temps de Boileau et de Racine , de rimes aussi négligées que celle (Vamant et constant. Si toutefois il y a deux consonnes qui précèdent la voyelle, comme dans la finale de surprend, c'est dssez pour l'oreille que lasecondede ces consonnes soit la même : ainsi ce mot surprend rimera très-bien avec grand. La rime