‹ Éléments de littérature (volume 3)Chapitre 48 sur 69 · SIMPLE · texte numérisé non relu

SIMPLE

Simple. L'un des trois genres d'éloquence que les rhéteurs ont distingués.

Rollin, (jui, d'après Cieéron et Quintilien, a très-bien analyse ces trois genres, le simple, le sublime, et le tempéré, compare le simple a ces tables servies proprement, dont tous les mets sont d'un goût excellent, mais d'où Con bannit tout raffinement, toute délicatesse étudiée, tout ragoût recherché. Cette image est d'autant plus juste, qu'en effet, dans l'un et l'autre sens, plus nous avons le goût pur et sain, plus nous aimons les choses simples.

Cieéron, de son côté, en parlant de ce genre de style et d'éloquence naturel et modeste , nous le présente sous la figure de ce négligé décent qui, dans une femme, est quelquefois plus séduisant que la parure, et qui n'admet pour ornement qu'une élégante simplicité : Elegantia modo et munditia remanebit. Il lui interdit toute espèce de fard : Fucati vero medicamenta candoris et ruboris omnia repelluntur ; en quoi il semble faire la satire du genre tempéré, du genre des sophistes, qui admettait ces fausses couleurs.

Quoi qu'il en soit, la même observation qui confirme la comparaison de RolKn prouve encore la justesse de celle-ci ; car moins nos yeux sont fascinés par les prestiges de la mode et du luxe, plus nous sommes touchés des charmes de la beauté naïve et simple. Mais dans l'une et l'autre image, n'oublions pas que \à simplicité, pour avoir iout son prix, suppose ou la bonté ou la beauté réelle. Ce sont en effet les deux attributs d'un naturel exquis.

Ici disparaît la distinction que l'on a faite du genre simple, du tempéré, et du sublime, en destinant l'un à instruire , l'autre à plaire, et le troisième à émouvoir. Ce sont bien là réellement les trois fonctions de l'éloquence; mais elles ne sont ni exclusives l'une de l'autre, ni exclusivement attachées au genre qui leur convient le mieux. Il ne serait pas raisonnable de refuser le don de plaire et de toucher à la beauté simple et sans fard. Or il est bien vrai qu'en instruisant, il est permis de négliger le soin de plaire; que si l'objet dont on s'occupe est sérieux et grave, il a droit d'attacher par son utilité , sans avoir l'attrait du plaisir :

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qu'il ne serait pas digne de la philosophie, de l'histoire, de l'éloquence même d'un certain caractère, de donner trop à l'agrrment; mais la sagesse, la vérité, le sentiment, ont leur beauté , leurs grâces naturelles. Et ce n'est pas sans choix, sans étude et sans art, mais avec un choix, une étude, un art imperceptible, et d'autant plus difficile et rare , que se compose une simplicité qui pbît comme sans le vouloir : Quodsit ve?iustius , sed non ut appareat.

Ce genre de beauté, ce don d'attacher et de plaire convient également au simple et au sublime ; car l'un et l'autre se confondent assez souvent : rien même ne sied mieux au sublime que d'être simple, mais il l'est avec majesté ; et voilà ce qui les distingue. En sculpture, l'Apollon, le Laocoon, le Moïse de Michel- Ange, sont du genre sublime; et vraisemblablement le Jupiter de Phidias en était le chef-d'œuvre : le Gladiateur mourant, le Faune, la Vénus, sont du genre simple. Il n'y a pas une statue antique du caractère que Cicéron attribue au genre que nous appelons tempéré.

Celui-ci cependant, quoique plus visiblement orné que les deux autres, ne laisse pas d'avoir du naturel, lorsque son luxe et sa parure ne semblent être que l'abondance et la richesse de son sujet, et que le simple, en s'y mêlant, comme cela doit être, lui donne quelquefois un air de négligence et d'abandon. Mais ce qui fait sa bonté réelle et donne du prix à sa beauté, c'est de ne plaire que pour instruire; et c'est le dégrader que d'en faire un objet frivole et de pur agrément.

A l'égard du don d'émouvoir, il est certain qu'au plus haut degré il caractérise le sublime. Mais distinguons deux pathétiques : l'un, qui sans doute n'appartient qu'aux mouvements de la haute éloquence, c'est celui qui ébranle et renverse ; l'autre, qui, plus doux, plus modeste, et souvent humble et suppliant, pénètre et s'insinue sans éclat et sans bruit :

Telephus aut Peleus , quum pauper et cxul ulerque.

celui-ci me semble le partage du genre simple : à moins qu'on ri(; dise qu'alors le simple v.st sublime lui-même; et tel est bien iiion sentiment. Mais ce n'est pas ce qu'ont dit les rhéteurs.

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