‹ Éléments de littérature (volume 3)Chapitre 8 sur 69 · ROLAND · texte numérisé non relu

ROLAND

Où suis-je? Juste ciel ! où suis-je, malheureux?

Je résistai longtemps, comme on peut croire; mais il fallut céder, pour ne pas entendre huer le lendemain ce qui avait fait les plaisirs de la (four de Louis XIV et l'admiration de Voltaire.

Je me permets ce petit détail, non-seulement pour me disculper de cette indigne mutilation , mais pour faire voir de quels juges les arts ont quelquefois le malheur de dépendre.

Oraison funèbre. Le sentiment d'intérêt qui attache l'homme à l'opinion de la postérité, et qui le fait jouir d'avance

du souvenir qui restera de lui quand il ne sera plus, l'émulation qu'inspirent aux vivants les éloges qu'on donne aux morts, et l'impression que font sur les âmes de grands exemples retracés avec une vive éloquence, sont les principes d'utilité sur lesquels a été fondé dans tous les temps l'usage des oraisons funèbres : il fut institué chez les Grecs par Solon, chez les Romains, par Valérius Publicola.

L'éloge funèbre , en Egypte, était personnel comme il le fut à Rome. Dans la Grèce il fut consacré à la gloire commune des citoyens qui avaient péri dans les combats pour la défense de la patrie. Cette institution le rendait en même temps plus pur, plus juste, et plus utile : plus pur, parce qu'il était exempt de l'adulation personnelle, à laquelle ne manque pas de donner lieu, même a l'égard des morts, la complaisance pour les vivants ; plus juste, en cequ il embrassait tous ceux qui l'avaient mérité ; plus utile, en ce que l'exemple de la vertu et de la gloire regardait tous les citoyens , et pouvait être également pour tous un objet d'espérance et d'émulation. De là l'espèce d'enivrement que les Athéniens rapportaient de l'assemblée où leurs enfants , leurs pères, leurs frères, leurs amis , venaient d'être solennellement honorés des regrets et des éloges de la patrie. A Rome, sous les empereurs, on vit à quel degré de bassesse et de servitude y or ai non funèbre pouvait être réduite, lorsque l'orgueil la commandait. Foyez Démonstratif.

Parmi nous elle est personnelle et réservée pour la haute naissance, ou pour les premières dignités; et, quoique moins servile et moins adulatrice qu'elle ne le devint à Rome , elle n'a pas été exempte du reproche de corruption. L'on a quelquefois entendu célébrer en chairedeshommes que la voix publique n*avait jamais loués de même, et qu'elle était loin de bénir.. Mais sans insister sur l'abus que l'on a fait souvent, et que l'on fera peut-être encore, de ces éloges de bienséance, considérons ce qu'ils auraient d'utile si l'orateur, en s'interdisant le mensonge et la flatterie, se proposait pour règle et pour objet la décence et la vérité.

Kn premier lieu , on ne louerait (jue des morts dignes dt mémoire; en second lieu, comme tous les hommes, même les plus rcconimandables, ont été un mélange de force et de fai- .

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