‹ Eléments de littérature (volume 4)Chapitre 11 sur 27 · DE L I T T É R A T U 11 E · texte numérisé non relu

DE L I T T É R A T U 11 E

le moins obtenir le plus , c'est le principe des beaux-arts^ comme celui des aris mécaniques.

En poésie , une des opérations du génie est Vinvention du sujet, c'est-à-dire cette grande et j)remière pensée qu'il s'agit de développer , et qui , d'abord vague et confuse, ne laisse pas de porter avec elle , dès sa naissance , le pressentiment des beautés qu'elle produira. Celte pensée , qu'on peut appeler mère , puisqu'elle engendre toutes les autres, a plus ou moins de fécondité, selon le caractère des esprits auxquels l'étude , le hasard, ou la réflexion la présente. Tout paraît stérile à des esprits stériles ; tout n'a que des superficies pour des esprits superficiels ; et pour des esprits naturellement obscurs , tout est chaos : de là vient qu'en se llitiguant à chercher des sujets , le commun des écrivains passe et repasse mille fois sur des mines d'or , sans en soupçonner l'existence. Le génie seul a l'instinct qui avertit que la mine est riche , comme il a seul la force de la creuser jusque dans ses entrailles et A' eu. arracher des trésors.

Mais cet instinct n'est infaillible que dans des hommes qui se sont fait une idée juste et approfondie de l'objet , des moyens et des procédés de l'art. L'ardeur de la jeunesse , l'impatience de produire, l'éblouissement causé par quelque beauté apparente, ont, comme jel'ai dit, trompe plus d'une fois des talents qui n'étaient pas mûris par l'étude et l'expérience-

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Il en est de même à l'égard des genres d'éloquence où l'orateur invente son sujet. Il y a des superficies trompeuses qui annoncent la fertilité , et dont le fond n'est qu'un sable aride il y a des terrains incultes , qui n'ont qu'à être défrichés et approfondis , pour devenir féconds.

Ainsi X invention du sujet demande un commencement de travail pour le seconder et en pénétrer les ressources. Un sculpteur habile voit dans un bloc de marbre les dimensions de sa statue ; mais il en peut faire à son gré un Hercule , une Diane , un Apollon. L'orateur , le poète, doit voir de même l'étendue de son sujet ; mais son sujet n'est pas indifférent aux formes qu'il peut recevoir: il en est une qui lui est propre; et l'artiste doit l'y trouver avant de commencer l'ouvrage.

Cette première invention suppose la liberté du choix , et l'orateur ne l'a pas toujours.

L'éloquence qui ne s'exerce que sur des questions générales , comme celle des anciens sophistes , ou sur des points de morale pratique , comme fait l'éloquence de nos prédicateurs , est aussi libre que la poésie dans V invention de ses sujets ; mais l'éloquence de la tribune et du barreau est commandée, et ses sujets lui sont donnés. \] invention , dans cette partie , se réduit donc à trouver les moyens propres à la question ou à la cause qui s'agite. Les rhéteurs en ont (ail le grand objet de leurs leçons ; mais leurs leçons

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ne peuvent être qu'une étude préliminaire: c'est la recherche réduite en méthode; ce n'est pas encore Vinvention. Celle que Cicéron appelle VinveTition rhétorique , ne fait qu'indiquer vaguement les moyens généraux de disposer favorablement un auditoire; de le rendre attentif, docile, bénévole ; de gagner l'affection des juges, si on les trouve indifférents ; de changer leur inclination , s'ils sont aliénés ou contraires ; de les intéresser eux-mêmes au succès de la cause ; de la leur présenter du côté le plus favorable, avec une clarté qui du premier coup d'oeil fasse voir quel en est l'état ; d'en tirer , si elle est étendue ou compliquée, une division qui repose l'esprit et dirige son attention ; d'employer à déterminer l'opinion, la résolution, le jugement de l'auditoire , d'y employer, dis-je, les arguments qui résultent des faits , des indices, des témoignages , des vraisemblances, des autorités, des exemples, des coutumes , des lois , des règles de morale , des maximes de politique , des principes de droit, enHn des qualités personnelles des deux parties , ou de la nature de F homme en ce qui nous est commun à tous; de donner à ces arguments tonte la force et l'énergie d'une dialectique pressante, toute la chaleur et la véhémence d'une éloquence passionnée ; de réfuter avec vigueur les preuves , les moyens , les raisonnements de l'adverse partie : de l'attaquer par l'endroit faible, en ne lui présentant soi-même que

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Je colé le plus fort; de tirer de la réfutation un nouvel avantage en faveur de sa cause , et d'en fortifier encore les moyens en les résumant ; enfin d'appeler les passions au secours de la raison , si elle n'est pas victorieuse ; d'agir sur l'anie des auditeurs pour l'exciter ou la calmer , l'élever ou l'abattre , la pousser ou la retenir , l'ébranler, l'incliner , l'entraîner malgré elle du côté qu'on veut qu'elle penche , et contraindre la volonté , ou soumettre l'entendement.

Voilà les sources que les rétheurs anciens ont indiquées à l'éloquence , et qu'ils ont divisées en une infinité de ruisseaux. Toutes les formules générales d'adulation , de séduction , d'insinuation, d'induction ; toutes les manières de définir, d'analyser, d'amplifier, d'exagérer, de pallier, d'atténuer, de dissimuler, d'éluder ; tous les ressorts du pathétique; tous les secrets d'intéresser la vanité, l'orgueil, la sensibilité des juges, d'exciter leur envie , leur indignation , leur haine , leur bienveillance , ou leur commisération ; et parmi ces moyens l'art de donner à la parole le caractère convenable à l'effet que l'on veut produire , par l'heureux choix des mots , leur coloris, leur harmonie ; par la variété des tons, des figures , des mouvements ; par le charme du nombre et celui des images , afin que la séduction se saisisse à-la- fois des sens , de l'esprit et de l'ame : c'est là ce que les professeurs de l'ancienne éloquence ont enseigné , et ce que Cicé-

roii , dès sa jeunesse , a recueilli dans son livre appelé de V Invention rhéthorique .

Une étude encore préliminaire , mais plus immédiatement adhérente à l'exercice de l'éloquence, est celle des lois du pays , de la jurisprudence des tribunaux , des mœurs locales , et singulièrement de la façon de voir , de penser , de sentir, de l'auditoire ou des juges devant lesquels on doit parler ; car c'est de là qu'on tire les plus puissants moyens de les persuader ou de les émouvoir.

Ces sources ouvertes à V invention , il en reste une encore plus abondante j et à laquelle l'orateur doit toujours remonter ; c'est son sujet , sa cause , la question qu'il agite : c'est en la méditant qu'il la rendra féconde ; et en comparaison du fleuve d'éloquence qui coulera de cette source, toutes les autres ne paraissent , dit Cicéron , que de faibles ruisseaux.

L'homme de génie est celui qui enfonce le soc de la charrue dans un terrain qu'on n'a qu'effleuré avant lui , et qui sait par-là rendre fécond un sol que l'on croit épuisé.

Celui qui sait trouver dans une cause des ressources inespérées , dans un raisonnement des forces inconnues; qui sait tirer d'un moyen pathétique des mouvements soudains qui bouleversent l'auditoire, ou des traits imprévus qui déchirent l'ame des juges ; qui, lorsque les forces de la raison ou la chaleur de l'aine semblent

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épuisées , les redouble avec une énergie et une véhémence qui nous étonne et qui nous entraîne; celui qui , après s'être saisi de l'esprit et de l'anie des auditeurs , ne lâche prise qu'après les avoir subjugués, et n'abandonne son adversaire qu'après l'avoir terrassé ; qui , dans la réplique fait jaillir des flammes d'un choc d'opinions , d'où le simple talent n'eût tiré que des étincelles ; qui , dans une éloquence simple et dénuée d'ornements déploie les muscles d'un Hercule , et qui d'un mot , ou d'une circonstance qui échapperait à un homme médiocre , tire un moyen victorieux, un mouvement irrésistible ; c'est là Vinventeur en éloquence. P^ojez , dans l'art. Orateur , l'exemple que j'en ai cité , de ce Le Maître, que le mauvais goût de son siècle avait gâté , mais que la nature avait fait éloquent. Voyez aussi Rhétorique , Exorde , Preuve , Péroraison , Pa-

THÉTHIQUE , CtC.

Ironie. C'est un tour d'expression si familier et si commun, qu'il est presque inutile d'expliquer en quoi il consiste. Chacun sait que l'on parle par ironie , lorsque d'un air moqueur ou badin , on dit le contraire de ce que l'on pense. \Jironie où l'on blâme en louant , où en admirant on déprise . revient à chaque instant dans le langage ordinaire.

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