I) E L I T T É R A T U II E
Oh ! oh ! Vhomnte de bien, vous m'en vouliez donner!
( Orgon à Tartufe. )
Les {{cns ej/ue vous tuez se portent assez bien.
( Le valet du Menteur. )
Un moine disait son bréviaire :
Il prenait bien son temps !
[ La Mouche du Coche. )
C'était un beau sujet de guerre , Qu'un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant!
( La Belette au Lapin. )
Mais ce qu'il est intéressant d'observer , c'est que cette espèce de contre-vérité , en dérision , n'est pas si exclusivement propre au stjle plaisant ou comique , et au ton de la société, qu'il soit indigne de la haute éloquence et de la haute poésie, et qu'il n'exprime avec autant de noblesse que d'amertume le mépris ou l'indignation qui se mêle au ressentiment, au dépit , à la colère , à la fureur même. Rien de plus énergique dans la bouche d'Oreste que cette apostrophe ironique :
Grâce aux dieux, mon malheur passe mon espérance; Ety'e te loue. Ciel ! de ta persévérance.
Rien de plus sanglant que l'/'/'o/z/e dans la bouche d'Hermione en parlant à Pyrrhus :
Est-il juste, après tout, qu'un conquérant s'abaisse
Sous la servile loi de garder sa promesse?
Non , non , la perfidie a de quoi vous tenter;
Et vous ne me cherchez que pour vous en vanter.
I go E L E M E IN T S
Quoi ! sans que ni serment, ni devoir vous retienne , Rechercher une Grecque, amant d'une Troyenne; Me quitter, me reprendre, et retourner encor De la fille d'Hélène à la veuve d'Hector; Couronner tour-à-tour l'esclave et la princesse ; Immoler Troie aux Grecs, au fils d'Hector la Grèce: Tout cela part d'un cœur toujours maître de soi, D'un héros qui n'est point esclave de sa foi. Pour plaire à votre épouse , il vous faudrait peut-être Prodiguer les doux noms de parjure et de traître. Vous veniez de mon front observer la pâleur , Pour aller, dans ses bras , rire de ma douleur : Pleurante après son char vous voulez qu'on me voie ; Mais, seigneur, en un jour ce serait trop de joie; Et sans chercher ailleurs des titres empruntés. Ne vous suffit-il pas de ceux que vous portez? Du vieux père d'Hector la valeur abattue Aux pieds de sa famille expirante à sa vue , Tandis que dans son sein votre bras enfoncé Cherche un reste de sang que l'âge avait glacé; Dans des ruisseaux de sang Troie ardente plongée ; De votre propre main Polyxène égorgée Aux yeux de tous les Grecs indignés contre vous: Que peut-on refuser à ces généreux coups?
On voit , dans le neuvième livre de l'Iliade , un bel exemple d'ironie ^ à travers la franchise avec laquelle Achille répond à Ulysse, qui, de la part d'Agamemnon , vient solliciter son retour. (( Qu'il n'espère pas me tromper encore , lui ditil ; je le connais trop; et il ne viendra pas à bout de me persuader. Il n'a qu'à chercher avec vous, prudent Ulysse, et avec les au très rois, les moyens de garantir ses vaisseaux des flammes dont ils sont menacés. Sans moi il a déjà fait de si grandes
choses! 11 a fermé son camp d'une grande muraille , il a environné cette muraille d'un large Ibssc , il a lortilîé ce fossé d'une bonne palissade; et avec tous ces retranchements il ne peut encore repousser l'homicide Hector! »
Les siècles les plus raffinés n'ont certainement rien de plus adroit , que cette manière de reprocher au fier Agamemnon les timides soins qu'il se donne pour se tenir renfermé dans son camp.
C'est une chose digne d'admiration . que les diverses tentatives qu'a faites le génie de Corneille, en créant parmi nous la tragédie, pour en étendre et varier le genre. Il a tout osé, jusqu'à risquer au théâtre un héros moqueur ; et si dans le langage ironique qu'il a mis dans la bouche de Nicomède , il a souvent manqué de goût , il n'en est pas moins vrai que l'invention , le dessein , la physionomie de ce caractère , ont quelque chose de surprenant dans leur originalité.
ATTALE, à Laodice.
Rojiie qui m'a nourri vous parlera pour moi.