D E L I T T É II A T U R E . 2 C
et sage Machabée j s'il eût dit, pour louer la vie du sage et vaillant Machabée ^ et pour déplorer sa mort j la période n'avait plus cette majesté sombre qui en fait le caractère : la cause physique en est dans la succession de l'iambe , de l'anapeste, et du dichorée , qui n'est plus la même dès que les mots sont transposés. On doit sentir en effet que de ces nombres les deux premiers se soutiennent , et que les deux derniers, en s'écoulant, semblent laisser tomber la période avec la négligence et l'abandon de la douleur. « Cet homme, ajoute l'orateur, cet homme que Dieu avait mis autour d'Israël, comme un mur d'airain, où se brisèrent tant de fois toutes les forces de l'vVsie..., venait, tous les ans, comme les moindres Israélites , réparer , avec ses mains triomphantes, les ruines du sanctuaire.^) Il est aisé devoir avec quel soin l'analogie des nombres, relativement aux images, est observée dans tous ses repos : pour fonder un mur d'aïraTn , il a choisi le g-rave spondée ; et pour réparer les ruines du sanctuaire , quels nombres majestueux il a pris ! Si vous voulez en mieux sentir l'effet , substituez à ces mots des synonymes qui n'aient pas la même cadence; supposez victorieuses à la place de triomphantes ; temple , au lieu de sanctuaire : Il venait tous les ans , comme les moindres Israélites, réparer avec ses mains victorieuses les ruines du temple : vous ne retrouverez plus cette harmonie qui vous a frappé. «Ce vaillant
homme repoussant enfin avec un courage invincible les ennemis qu'il avait réduits à une fuite honteuse, reçut le coup mortel, et demeura comme enseveli dans son triomphe. » Que ce soit par sentiment ou par choix que l'orateur a peint cette mort imprévue par deux iambes et un spondée, reçût le coup mortel, et qu'il a opposé la rapidité de cette chute , comme enseveli , à la lenteur de cette image, dans son triomphe, où deux nasales sourdes retentissent lugubrement, il n'est pas possible d'y méconnaître l'analogie des nombres avec les idées. Elle n'est pas moins sensible dans la peinture suivante : « Â.u premier bruit de ce funeste accident , toutes les villes de la Judée furent émues , des ruisseaux de larmes coulèrent de tous les yeux des habitants ; ils furent quelque temps saisis , muets , immobiles : un effort de douleur rompant enfin ce long et morne silence, d'une voix entrecoupée de sanglots, que formaient dans leurs cœurs la tristesse, la piété , la crainte, ils s'écrièrent : Comment est mort cet homme puissant qui sauvait le peuple d'Israël? A. ces cris , Jérusalem redoubla ses pleurs, les voûtes du temple s'ébranlèrent, le Jourdain se troubla , et tous ses rivages retentirent du son de ces lugubres paroles : Comment est mort cet homme puissant , etc. » Avec quel soin l'orateur a coupé, comme par des soupirs, ces mots , saisis , muets , immobiles! Comme les deux dactvles renversés expriment bien Timpétuosité