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delà cloLileur, et les deux spondées qui les suivenl, l'effort qu'elle fait pour éclater! Comme la lenteur et la résonnance des sons rendent bien l'image de ce long et morne silence ! Comme le dipjrrhique et le dactjle, suivis d'un spondée, peignent vivement les pleurs de Jérusalem ! Comme le mouvement renversé de l'iambe et du clîorée dans s'ëbrânlCrént , est analogue à l'action qu'il exprime! Combien plus frappante encore est V harmonie imitative dans ces mots : Le Jourdain se troubla, et ses rivages retentirent du son de ces lugubres paroles !
Bossuet n'a pas donné une attention aussi sérieuse au choix des nombres : son harmonie est plutôt dans la coupe des périodes , brisées ou suspendues à propos , que dans la lenteur ou la rapidité des syllabes ; mais ce qu'il n'a presque jamais négligé dans les peintures majestueuses , c'est de donner des appuis à la voix sur des syllabes sonores et sur des nombres imposants.
« Celui qui règne dans les cieux, de qui relèvent tous les empires , à qui seul appartient la g-loire , la majesté , l'indépendance , etc. » Qu'il eût ^Xdicé r indépendance avant la gloire et la majesté, que devenait V harmonie ? « Il leur apprend, dit- il en parlant des rois , il leur apprend leurs devoirs d'une manière souveraine et digne de lui. » Qu'il eût dit seulement fl^'w/ze manière digne de lui, ou cVune manière absolue et digne de lui, l'expression perdait sa gravité : c'est le son déplové
sur la pénullième de souveraine qui en fail la pompe.
((Si elle eut de la joie de régner sur une grande nation , dil-il de la reine d^Angleterre , c'est parce qu'elle pouvait con tenter le désir immense qui sans cesse la sollicitait à faire du bien. » Retranchez l'épithète immense , substituez-j celle à' extrême y ou telle autre qui n'aura pas cette nasale volumineuse, l'expression ne peindra plus rien.
Examinons du même orateur le tableau qui termine l'oraison funèbre du grand Condé.)) Nobles rejetons de tant de rois, lumières de laFrance, mais aujourd'hui obscurcies et couvertes de votre douleur comme d'un nuage, venez voir le peu qui vous reste d'une si auguste naissance , de tant de grandeur, de tant de gloire. Jetez les jeux de toutes parts. Voilà tout ce qu'a pu faire la magnificence et la piété pour honorer un héros. Des titres , des inscriptions , vaines marques de ce qui n'est plus ; des figures qui semblent pleurer autour d'un tombeau , et de frasiles imagées d'une douleur que le temps emporte avec tout le reste ; des colonnes qui semblent vouloir porter jusqu'au ciel le magnifique témoignage de votre néant. » Quel exemple du style harmonieux ! Obscurcies et couvertes de votre douleur n'aurait peint qu'à l'imagination ; comme d'un nuage rend le tableau sensible à l'oreille. Bossuet pouvait dire, les déplorables restes d'une si auguste naissance ; mais pour exprimer son idée il ne lui fallait pas de
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grands sons; il a préféré le peu qui reste ^ et a réservé la pompe de Vharnionie pour la naissance, la grandeur, et la gloire, qu'il a fait contraster avec ces faibles sons. La même opposition se fait sentir dans ces mots, imines marques de ce qui nest plus. Quoi de plus expressif à l'oreille que ces figures qui semblent pleurer autour d'un tombeau! c'est la lenteur d'une pompe funèbre. Et qu'on ne dise pas que le hasard produit ces elFels : on découvre partout, dans les bons écrivains, les traces du sentiment ou de la réflexion : si ce n'est point l'art , c'est le génie ; car le génie est l'instinct des grands hommes. Il suffit de lire ces paroles de Fléchier dans la péroraison de Turenne : « Ce grand homme étendu sur ses propres trophées, ce corps pâle et sanglant auprès duquel fume encore la foudre qui l'a frappé» ; il suffit de les lire à haute voix, pour sentir V harmonie qui résulte de cette longue suite de syllabes tristement sonores , terminée tout à coup par ce dipjrrhique , qui l'a frappe. Dans le même endroit , au lieu de la religion et de la patrie éplôréë, que l'on dise, de la religion et de la patrie en pleurs y il n'j a plus aucune harmonie ; et cette différence , si sensible pour l'oreille, dépend d'un dichorée sur lequel tombe la période : effet singulier de ce nombre , dont on peut voir l'influence dans presque tous les exemples que je viens de citer , et qui , dans notre langue, comme dans celle des Latins, conserve
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sur l'oreille le même empire qu'il exerçait du lemps de Cicéron.
Je n'ai fait sentir que les effets d'une harmonie majestueuse et sombre, parce que j'en ai pris les modèles dans des discours où tout respire la douleur. Mais dans les moments tranquilles , dans la peinture des émotions de l'ame, dans les tableaux naïfs et louchants , l'éloquence française a mille exemples du pouvoir et du charme de Vhaniiojiie. Lisez ces descriptions si douces que la plume de Fénélon a répandues dans le Télémaque ; lisez les discours enchanteurs que le touchant Massillon adressait à un jeune roi : vous verrez combien la mélodie des paroles ajoute à l'éloquence de la vertu.
Le poème épique exigerait tous les charmes de Xhaimonie ; mais par malheur nous avons peu de poèmes en prose que l'on puisse citer comme des modèles du style harmonieux : il semble que les traducteurs n'aient pas même eu la pensée de substituer à Vharmonie des poètes anciens , les nombres et les mouvements dont notre langue était susceptible : cependant on en trouve plus d'un exemple dans la traduction du Paradis 'perdu et dans celle de l'Iliade; et quoi qu'en disent les partisans trop zélés de nos vers , lorsque dans Homère la terre est ébranlée d'un coup du trident de Neptune, l'effroi de Pluton qui s'élance de son trône y est mieux peint par ces mots de madame Dacier que par rhémistiche de
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Boileaii , Pluton sort de son trône. Et lorsqii'elie dit des enfers : «CetafFreux. séjour, demeure éternelle des ténèbres et de la mort , abhorré des hommes et craint même des dieux» , sa prose me semble, même du coté de V harmonie , audessus des vers ,
Cet empire odieux Abhorré des mortels et craint même des dieux.
OÙ l'on ne trouve rien de semblable à ces nombres, demeure éternelle des ténèbres et de la mort.
L'auteur du Télémaque excelle dans les situalions paisibles : sa prose mélodieuse et tendre exprime le caractère de son ame , la douceur et l'égalité; mais dans les moments où l'expression demanderait des mouvements brusques et rapides, son style n'y répond pas assez.
C'est surtout dans le récit que le poète doit rechercher les nombres : ils ajoutent au coloris des peintures un degré de vérité qui les rend mobiles et vivantes. Par là les plus petits objets deviennent intéressants : une paille , une feuille qui voltige dans un vers , nous étonne et nous charme l'oreille.
Sœpe levem paleam et frondes volitare caducas.
Mais dans le style passionné , c'est à la coupe des périodes qu'il faut s'attacher; c'est de là que dépend essentiellement l'imitation des mouvements de l'ame.
jMc me, adsiiin cjnijeci: in me con^erlite /eiTuin ^ O RutuLi! meaj'ruus onmis: iiihiL iste iiec ausiis , A ec jjoitiit.
L'impatience, la crainte de JNisus pouvait-elle être mieux exprimée? Quoi de plus vif, de plus pressant que cet ordre de Jupiter?
Fade, a^e , nate , voca zepltyTos ^ et labe.re permis.
V ojez au contraire dans le monologue d'Armide, l'effet des mouvements interrompus :.
Frappons.... Ciel ! qui peut m'arrèter?
Achevons.... Je frémis. Aengeoiis-iious.... Je soupire.
îist-ce ainsi que je dois me venger aujourd'hui? Ma colère s'éteint quand j'approche de lui.
Plus je le vois, jilus ma vengeance est vaine :
Mon btas tremblant se refuse à ma haine.
Ah ! quelle cruauté de lui ravir le jour! A ce jeune héros tout cède sur la terre. Qui croiroit qu'il fût né seulement pour la guerre? Il semble être fait pour l'amour.
Dans tout ce que je viens de dire en faveur de notre langue , pour encourager les poètes à y chercher la double harmonie des sons et des mouvements , je n'ai proposé que la simple analogie des nombres avec le caractère de la pensée. La ressemblance réelle et sensible des sons et des mouvements de la langue avec ceux de la nature , cette harmonie imitative qu'on appelle onomatopée , et dont nous voyons des exemples dans les anciens , n'est presque pas perijiise à nos poètes. La raison en est , que dans la