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eos quidem oratores effecerimus , sed fiirentihm qiiœdani arma dederimus. Il n'en est pas moins vrai que les livres de l' O/'rt^^^t?/- sont comme uil arsenal , où la bonne et la mauvaise foi , la vérité et le mensonge , la justice et la fraude trouvent également des armes ; que Cicéron nous j enseigne à feindre , àdissinmler , à éluder la vérité , à déguiser le côté faible d'une cause, en un mot, a séduire, à émouvoir les auditeurs, et à les pousser , sans distinction , vers le but qu'on se propose : ut eos qui audiunt quocumque incubuerit possit impelle re.
Quelques hommes de mœurs sévères dédaignaient le secours de l'éloquence ; et ils succombaient. Il a donc fallu (^ueV orateur , homme de bien, se soit servi, pour la défense de la vérité , de la justice, et de l'innocence, des mêmes armes que la fraude, l'injure, et le mensonge employaient à les attaquer.
Mais s'il a ce principe stable de ne plaider ja^ mais que la cause qu'il croira bonne , non pas au gré des tribunaux , dont la jurisprudence est douteuse et changeante , mais selon ses propres îumièi^es et sur le témoignage intime de sa conscience et de sa raison ; alors son éloquence prendra le caractère de son ame : tous ses moyens de plaire et d'émouvoir seront ceux de la vérité qui veut se rendre intéressante ; et l'art , innocent dans sa bouche , ne sera que le don de gagner des amis au bon droit et à l'innocence , de ga-
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rantir les juges des pièges du mensonge , et de les éclairer ou de les affermir dans les voies de l'équité.
J'ai fait déjà sentir combien , dans l'éloquence politique , religieuse , et morale , il importait à V orateur de se donner , par son caractère , une autorité personnelle : et quoique trop d'exemples semblent persuader que l'éloquence du barreau n'a pas toujours besoin de la sanction des mœurs de l'avocat; j'ose penser qu'un homme droit, honnête , incorruptible , etreconnu pour tel , aura fwrlout un grand avantage sur un déclamateur mercenaire , et dont l'art s'est prostitué. Ifi ho^ wmevirtut/s opinlo valetplurhnwn . (Cic. Topica.)
Voici des vers où l'on a essayé de marquer ce contraste:
Ecoutez au barreau , parmi ces longs débats Que suscite la fraude ou qu'émeut la chicane ^ Écoutez le suppôt qui leur vend son organe. Le fourbe atteste en vain l'auguste vérité ; En vain sa voix parjure implore l'équité ; Le mensonge , qui perce à travers son audace, L'accuse et le confond. Il s'agite , et nous glace. Des passions d'autrui satellite effréné , Il se croit véhément, il n'est que forcené : Charlatan maladroit, dont l'impudence extrême Donne l'air du mensonge à la vérité même.
Qu'avec plus de décence et d'ingénuité
L'ami de la justice et de la vérité ,
La candeur sur le front , la bonne foi dans l'ame
Présente l'innocence aux lois qu'elle réclame '
l\'][\ ÉLÉMENTS
Profondément ému , saintement pénétré,
Dans l'enceinte sacrée à peine est-il entré ,
Le respect l'environne. On l'observe en silence ,
Et d'un juge en ses mains on croit voir la balance.
Loin de lui l'imposture et son masque odieux.
Loin de lui les détours d'un art insidieux.
Il ne va point du style emprunter la magie :
Précis avec clarté , simple avec énergie ,
Il arme la raison de traits étincelants j
Il les rend à la fois lumineux et brûlants j
Et si , pour triompher , sa cause enfin demande
Que son ame au dehors s'exhale et se répande ,
A ces grands mouvements on voit qu'il a cédé
Pour obéir au dieu dont il est possédé :
Sa voix est un oracle ; et ce grand caractère
Change l'art oratoire en un saint ministère.
II. Talents de l'orateur. Les talents sont des dons naturels , relatifs à certains objets. Selon l'objet , cette aptitude tient plus ou moins aux dispositions du corps , de l'esprit jOudel'ame. L'élégance des formes , l'agilité, la force , la souplesse des mouvements, et la justesse de l'oreille , forment le talent de la danse : la sensibilité l'anime, la grâce le perfectionne. Le talent du chant se compose de la beauté de la voix , de la justesse de l'oreille , etde la sensibilité de l'ame. Celui de la poésie est le résultat de tous les dons de l'ame et du génie; et une oreille délicate et juste est la seule des qualités physiques qu'il exige essentiellement. Le comédien est l'extérieur du poète : son talent est de s'idendifier avec lui , de se pénétrer de son ame , et de lui prêter tout le charme
de la parole et de l'action. Ainsi la beauté , la décence , la vérité de l'expression , soit dans la voix , soitdansle geste, soit dans le langage muet des yeux et des traits du visage , une extrême facilité à s'affecter du caractère et des sentiments qu'il exprime, une mobilité d'anie et d'imagination qui se prête rapidement à toutes les métamorphoses de l'imitation théâtrale : voilà ce que l'acteur met du sien dans sa société de talents avec le poète.
Or VojYtteiu' est son acteur lui-même : il doit donc réunir , en quelque sorte , le poète et le comédien; penser, sentir, imaginer, inventer, disposer, produire comme l'un, et représenter comme l'autre. Non enim ùiventory aiit compositor ^ aut iictor j hœc coniplexus est oinnia. (Oral. ) Ainsi , dn côté de l'inventeur et du compositeur ,. un esprit juste , étendu , pénétrant , mobile à volonté, une conception vive et prompte, une imagination forte , une mémoire docile et sûre , une profonde sensibilité, une élocution correcte, pure, élégante, facile et noble ; du côté de l'acteur , une figure au moins décente , un visage docile à tout exprimer , un regard , oîi se peigne l'ame , une action mêlée de grâce et de dignité, une voix juste, flexible et sonore, unearticulationdistincte; enfin cet accord, cet ensemble qui rend harmonieuse , expressive , éloquente, toute Fhabitudedu corps: voilà ce qui doit concourir à former V orateur , si l'on veut qu'il soit accompli : et je n'ai pas be-
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soin de dire que si un tel prodige est rare , même quand l'exercice et l'habitude ont pris le plus grand soin de tout perfectionner ; à plus forte raison serait-il au-dessus de toutes les forces de la nature , si l'éducation , le travail , et l'étude, ne venaient pas achever son ouvrage , et corriger ou déguiser ce qu'elle a de défectueux.
Avouons cependant qu'une partie de ces talents désirables dans Vomteur, lui sont plus ou moins nécessaires , selon les lieux , les temps , le genre d'éloquence , et le caractère de l'auditoire. On peut voir en effet que pour un peuple aussi délicat que les Grecs, aussi léger, aussi frivole , aussi dominé par les sens , aussi passionnément épris du beau dans tous les genres, le fond de l'éloquence n'était que l'accessoire , et la forme était l'essentiel. Les Athéniens voulaient bien s'occuper du vrai, du juste , de l'honnête, des intérêts de leur liberté , de leur gloire , et de leur salut: mais ils voulaient s'en occuper en s'amusant ; et la tribune était comme un théâtre , où pour captiver l'ame , l'esprit et la raison , il fallait charmer les oreilles et ne pas offenser les yeux: Nihil ut posseiit nisi incorruptum aiidire et elegans. (Oral. )
Les Romains , quoique bien plus graves et bien moins curieux des choses d'agrément, portaient cependant ^u forum une grande sévérité de goût pour la pureté du langage, et une oreille trèssensible aux beautés de l'élocution. C'était moins
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Ja gnice que la décence qu'ils exigeaient dans Vomleur. Le moindre oubli des bienséances était funeste à celui qui s'en écartait; et la sagesse de V orateur consistait à ne rien dire que de convenable. Sed est elocjuentice j siciit reliquarwn rerum, fundamentum sapientia. Ut enim , m i^ita , sic in oratione , niliil est difficillus quam quid de^
ceat videre Hiijiis ignoratioiie y non modo in
Dita y sed sœpissime et in poematihiis et in oratione peccatur. Est aiitem, quid deceat, oratori 'videnduHL y non in sententiis solum , sed etiam in verbis. Non enim omnis fortuna , non omnis honos , non omnis auctoritas , non omnis œtas , nec vero locus , aut tempus , aut auditor omnis , eodem aut verhorum génère tractandus est aut senlentiarum — Ouam indecorum est, de stillicidiis quum apud unum judicem die as , amplissimis verhis et locis uti comnmnibus j de majestate populi romani summisse et suhiiliter. (Orat. )
En général, moins la matière de l'éloquence est grave et moins l'auditoire en est occupé , plus la forme en doit être ornée et l'extérieur agréable. De là vient que celle des sopliistes était si curieusement travaillée; de là vient que de simples harangues exigent un style fleuri et une belle prononciation ; de là vient que des oraisons funèbres doivent relever, agrandir, décorer leur sujet , souvent futile et vain , de toutes les pompes de l'éloquence.
Mais dans un discours où la religion annonce
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des vérités terribles ; dans un conseil national , où s'agitent les grands intérêts de l'état j dans un barreau , où devant des juges , esclaves de la loi, on plaide pour l'honneur, pour la fortune, ou pour la vie d'un citoyen ; les accessoires cèdent au fond : la forme extérieure de l'éloquence, le style, l'élociltion, l'action de Voraleur, ne sont plus de la même importance; et celui qui a le talent d'instruire, de prouver, d'émouvoir, n'a plus besoin des dons de plaire. Peut-être même un air austère , inculte , et négligé, est-il ce qui convient le mieux à un orateur des communes , comme à un bon missionnaire; et partout, même sous les plus belles formes de la diction et de l'action , le premier attribut de l'éloquence et le plus essentiel , c'est l'air de vérité. Rien n'est persuasif que ce qui paraît naturel.
III. Etudes de Vorateur. Chez les anciens, la qualité la plus recommandable d'un homme d'état était d'être éloquent; le premier soin d'un homme éloquent était de se rendre homme d'état, de s'instruire profondément de la constitution, de l'administration, des intérêts de la république. Voyez Délibératif. Il en est de même aujourd'hui dans le seul pays de l'Europe où l'éloquence républicaine fasse encore entendre sa voix.
Partout ailleurs la politique est interdite à l'éloquence. Dans la chaire , une morale religieuse , et quelquefois le dogme ; dans le barreau, le droit civil, et auxiliairement le droit
naturel, sont, quant au fond, l'objet de l'éloquence et des études de Y orateur; et si de bonne heure il ne s'est pas abreuvé à ces sources, s'il n'en est pas profondément imbu , il sera toute sa vie aride, et haletant après les connaissances essentielles à son art.
Le premier travail de Vorateur chrétien doit être la lecture bien méditée des livres saints ; le premier travail de l'avocat doit être l'étude des lois ; et pour l'un et l'autre la meilleure méthode est de se faire eux-mêmes , par des extraits, une mémoire artificielle , habituée à les servir avec une prompte docilité. Sans cela ils seront sans cesse errants et fiUigués de recherches infructueuses; et si les tables que l'on a faites pour favoriser la paresse , leur facilitent le travail , au moins ne rémédieront-elles pas à la stérilité d'une tête vide et toujours en défaut dans les cas imprévus et les besoins pressants.
Après ces études, qui sont la base des connaissances de Vorateur, vient celle des modèles de l'art et des écrivains analogues au genre d'éloquence auquel on se destine. Voyez Rhétorique , Chaire, Style, etc.
Mais une étude non moins essentielle, quoique moins propre à Vorateur, est celle de l'homme et des hommes. Car c'est toujours de l'homme qu'il s'agit , et c'est toujours avec des hommes et devant des hommes qu'on parle. Les faits, les choses, tout prend son caractère ou de ses rela-
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tions avec l'homme de tous les lieux et de tous les temps , ou de ses relations avec l'homme de tel temps et de telle société , dans telle ou telle condition de la vie, ou de ses relations avec tel homme en particulier et dans telle position.
La philosophie morale embrasse les plus étendus de ces rapports , et Cicéron l'appelle la nourrice de l'éloquence : Quasi juitrix oratoris. On distinguera toujours le disciple des philosophes à l'abondance de ses moyens. Omnis eiùm uhertas et quasi sjiva dicendi ducta ah illis est. On le distinguera surtout à la netteté, à la précision , à l'ordre , à l'étendue , au développement de ses idées. Nec vero sine philosophorum disciplina genus et speciem cujusque rei cernere ^ neque eam defmiendo explicare , nec trihuere in partes posswnus ; nec judicare quœ uera , quœ falsa sint j neque cernere consequentia y repugnan-^ tia videre , ambigua distinguere. Quid dicam de natura rerum? (et s'il s'agit des choses morales) de vita , de officiis y de virtute y de moribus ? (DeOrat. ).
C'est l'exercice de l'esprit sur ces idées universelles que Cicéron compare,, dans le jeune orateur, aux exercices de la palestre pour le jeune comédien : Positum sit igitur in primis sine philosophia non posse efjici quem quœrimus eloquentemj non ut in ea tamen omnia sint , sed ut sic adjuvet ut palœstro histrionem. ( Orat. ) Et c'est là véritablement ce qui donne à Téloquence
des mouvements libres et de beaux développements. Latins eiiim de génère quam de parte disceplare licet. Mais il ne faut pas se tromper à cet axiome du même orateur : Ut quod in universo sit prohatum, id in parte sit probari îiecessej car il arrive assez souvent que les généralités ne prouvent rien^ et que les circonstances qui modifient la cause , la distinguent absolument et la détachent de la thèse.
Il y a donc tous les jours pour Vorateur une étude nouvelle à faire, et c'est la plus indispensable. Il semble inutile de dire que c'est l'étude de la cause ; et cependant on a eu besoin de la recommander dans tous les temps. C'est sur ce point qiieCicéron insiste. C'est de sa cause, dit Marc- Antoine, que Vorateur doit se remplir, se pénétrer ; c'est la source d'où coulera le fleuve de son éloquence; et en comparaison de cette source pleine et féconde, tous les lieux communs des rhéteurs ne sont que de faibles ruisseaux.
Mais toute cause est compliquée de considérations morales : ainsi la grande étude et de l'homme et des hommes , revient sans cesse et à tous propos ; elle est perpétuelle, elle est inépuisable; et à l'école de l'humanité^ Vorateur le plus consommé a toujours des leçons à prendre. Voyez Rhétorique et Délibératif.
Je finirai par une observation qui peut n'être pas dn goût de tout le monde, mais qui regarde la multitude et cette masse d'auditeurs que l'élo-
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quence doit remuer. En récknsan'i à la vcrité l'hyperbole de Démosthène. que des parties de l'o- Ta.teur la première est C action, la seconde V action, et la troisième Faction; en adoptant , dans im certain sens , la pensée de Cicéron, qu'en fait d'éloquence savoir ce qu'on doit dire et savoir le dire à pmpos , est V affaire de la prudence ; que le bien dire est V affaire de Vartj que le dire le mieux possible est le partage du génie et le triomphe de l'orateur; je pense qu'en effet !a vérité, la décence, l'énergie de l'action , le naturel, la force, et la chaleur du stjle sont les parties éminentes de l'art oratoire ; mais ni dans l'action , ni dans l'éloculion , la grâce , l'élégance , en un mot, l'agrément, ne me semble aussi nécessaire à la haute éloquence ; et je crois voir que , sans cet avantage, elle a dans tous les temps produit ses grands effets. Qu importe, disait Démosthène aux Athéniens , quand je vous parle de vos intérêts les plus pressants y les plus sacrés ^ qu importe de quel côté s'étend mon bras ^ et quels sont les mots que femploie ? Démosthène n'est pas inculte , mais il n'est pas orné. Gracchus ne l'était pas. Bossuet dédaigne souvent de l'être. Cochin n'avait jamais pensé à bien clore une période. Massillon , le plus élégant de nos orateurs sacrés, n'a rien tant soigné que son Petit Carême. Dans son sermon du pécheur mourant il est simple comme Bourdaloue , et n'en est que plus éloquent. Cicéron a parlé d'un talent qui lui était propre, de ce coloris, de