‹ Eléments de littérature (volume 4)Chapitre 4 sur 27 · DB LITT ÉK AT U II E · texte numérisé non relu

DB LITT ÉK AT U II E

formaliotj des langues i^Tecque el latine l'oreille iivait été consultée, au Jieu que les langues mo- <lernes ont pris naissance clans des temps de barl)arie où l'on parlait pour le besoin et nullement ])our le plaisir. En général , plus les peuples ont eu l'oreille sensible et juste, plus le rapport des sons avec les choses a été observé dans l'invenlion des termes. La dureté de l'organe a produit les langues après et rudes ; l'excessive délicatesse a produit les langues faibles, sans énergie, san^s couleur. Or une langue qui n'a que des sjllabes âpres et fermes , ou que des syllabes molles et liantes, a le défaut d'un monocorde. C'est de la Aariété des voyelles et des articulations que dépend la fécondité d'une belle harmonie. Dire d'une langue qu'elle est douce ou qu'elle est forte, c'est dire qu'elle n'a qu'un mode ; une langue riche les a tous. Mais si les divers caractères de fermeté et de mollesse, de douceur et d'âpreté , de vitesse et de lenteur, y sont répandus au hasard , elle exige de l'écrivain une attention continuelle . et une adresse prodigieuse pour suppléer au peu d'intelligence et de soin qu'on a mis dans la for mation de ses élémeiUs ; et ce qu'il en coûtait aux Démosthène et aux Platon , avec la plus belle des langues, doit nous consoler de ce qu'il nous en coûte.

11 n'est facile dans aucune langue de concilier Vliannonie avec les autres qualités du style ; el si l'on veut imaginer une langue qui peig'ue na-

tnrellenient , il faut la supposer, non pas l'ormëe successivement et au gré du peuple , mais composée ensemble et de concert par un métaphysicien comme Locke, un poète comme Racine , et un grammairien comme du Marsais. Alors on voit éclore une langue à la fois philosophique et poétique , où l'analogie des termes avec les choses est sensible et constante , non-seulemerrl dans les couleurs primitives, mais dans les nuances les plus délicates ; de manière que les synonymes en sont gradués du rapide au lent , du fort au faible , du grave au léger , etc. Au système naturel et fécond de la génération des termes, depuis la racine jusqu'auxderniers rameaux, se joint une richesse prodigieuse de figures et de tours, une variété infinie dans les mouvements, dans les tons , dans le mélange des sons articulés et des quantités prosodiques , par conséquent une extrême facilité à tout exprimer, à tout peindre. Ce grand ouvrage une fois achevé, je suppose que les inventeurs donnassent pour essais quelques morceauxtraduits d'Homère, d'Anacréon , de Virgile , de TibuUe , de Milton , de l'Arioste, de Corneille, de La Fontaine : d'abord ce seraient autant de griffes qu'on s'amuserait à expliquer à l'aide des livres élémentaires ; peu à peu on se familiariserait avec la langue nouvelle , on en sentirait tout le prix : on aurait même, par la simplicité de sa méthode , une extrême facilité à l'apprendre; et bienfôt, pour la pre-

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