‹ Éléments de littératureChapitre 15 sur 50 · EPITAPHE · texte numérisé non relu

EPITAPHE

Oh ! l'homme heureux qui, de l'enfant humain, Sera poussé au-dessus de la roue !

Rousseau , en imitant Marot, l'a surpassé du côté du goût, de la précision , de la correction du style ; mais la facilité , la simplicité , la grâce naïve , qui est celle de ce style , sont des dons naturels qui ne s'imitent point. Après Marot , la Fontaine est le seul qui les ait eus dans un haut degré ; et c'est dans un degré si haut, qu'en laissant son modèle loin au-dessous de lui , il a presque interdit à ses imitateurs toute espérance de l'atteindre.

Épitaphe. C'est communément un trait de louange , ou de morale , ou de Tune et de l'autre.

\J épitaphe de cet homme si grand et si simple, si vaillant et si humain, si heureux et si sage, auquel l'antiquité pourrait tout au plus opposer Scipion et César, si le premier avait été plus modeste, et le second moins ambitieux ; cette épitaphe , qui ne se trouve plus que dans les livres ,

Turenne a son tombeau parmi ceux de nos rois, etc.

fait encore plus l'éloge de Louis XIV que celui de M. de Turenne. Celle d'Alexandre, que gâte le second vers, et qu'il faut réduire au premier,

Sufficit huic tumulus, cui non suffecerat orhis,

est un trait de morale plein de force et de vérité : c'est dommage qu'Aristote ne l'ait pas faite par anticipation, et qu'Alexandre litl'ait pas lue.

Le même contraste est vivement exprimé dans celle de Newton :

Jsaacum Newton,

Quem inimortalem

Testantur iempus , natura , cœlum,

Mortalem hoc marmov

Fatetur.

Mais ce contraste , si humiliant pour leconquérant, n'ôte rien à la gloire du philosophe. Qu'un être avec des ressorts fragiles ,

des organes faibles et bornés, calcule les temps, mesure le ciel, sonde la nature; c'est un prodige. Qu'un être haut de cinq pieds, qui ne fait que de naître et qui va mourir, dépeuple la terre pour se loger, et s'y trouve encore à l'étroit , c'est un petit monstre.

Du reste, cette idée a été cent fois employée par les poètes. Voyez, dans les Catalectes ^Vépitaphe de Scipion-l' Africain , celle de Cicéron, celle d'Anténor. Voyez Ovide sur la mort de Tibulle , Properce sur la mort d'Achille, etc.

Les Anglais n'ont mis sur le tombeau de Dryden que ce mot pour tout éloge :

Dryden.

et les Italiens sur le tombeau du Tasse : Les os du Tasse.

Il n'y aguèrequeles hommes de génie qu'il soit possible de louer ainsi.

Parmi les épitaphes épigrammatiques , les unes ne sont que naïves et plaisantes, les autres sont mordantes et cruelles. Du nombre des premières est celle-ci , qu'on ne croirait jamais avoir été faite sérieusement, et qu'on a vue cependant gravée dans une de nos églises :

Ci gît le vieux corps tout usé Du lieutenant civil rusé, etc.

Lorsque la plaisanterie ne porte que sur un léger ridicule , comme dans l'exemple précédent, et que l'objet en est indifférent, on la pardonne, l'on en peut rire; mais les épitaphes insultantes et calomnieuses , telles que la rage en inspire trop souvent, sont de tous les genres de satire le plus noir et le plus lâche. Il y a quelque chose de plus infâme que la calomnie ; c'est la calomnie contre les morts. L'expression des anciens, trouble?^ la cendre des morts , est trop faible. Le satirique qui outrage un homme qui n'est plus ressemble à ces animaux carnassiers qui fouillent dans les tombeaux pour se repaître de cadavres, /^oz/e:; Satire.

Quelquefois l'eyoitoj^^e n'est que morale, et n'a rien de person-

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