HYMNE
de lui qu'il a voulu les biens et les maux selon les conseils de sa loi, c'est le louer comme un flatteur peut louer un tyran.
Le sublime n'est pas dispensé d'être raisonnable; et le vrai sublime est celui qui est à la fois si simple et si frappant , qu'il saisit tout d'un coup et sans peine tous les esprits. Tel doit être celui ûe Vhymne , car Yhijmne est faite pour la multitude; et en même temps qu'elle doit être religieuse, elle doit être morale : or elle sera l'un et l'autre , si elle donne de l'Être suprême l'idée qu'on en doit avoir, pour Tadorer avec crainte et avec amour ; si en louant les saints , elle est la leçon la plus touchante des vertus qu'ils ont pratiquées; si, en célébrant les mystères, elle y fait voir autant de motifs d'espérance et de reconnaissance que d'objets de culte et de foi.
Les anciennes hymnes de l'église ont le mérite de la simplicité, mais n'ont que celui-là. Il faut en excepter quelques proses, qui ont une beauté réelle , comme le Dies irse , et le J'eni, sancfe Spiritus.
Les nouvelles hymnes donnent , pour la plupart , dans l'excès contraire à la simplicité; elles sont brillantées, ornées jusqu'au luxe , pleines d'imagination, dénuées de sentiment, et, en deux mots, élégantes et froides. Les auteurs pensaient à Horace en les composant ; c'eût été à David , et surtout à Moïse , qu'il eût fallu penser.
La fameuse hymne de Sauteuil , Stupete , cjentes , est un amas d'antithèses qui ne répandent ni chaleur ni lumière : et le compliment à la Vierge ,
Intrare sanctum qukl pavebas, Facta Dei jrrius ipsa templiun ?
est spirituel , mais déplacé : ni l'enthousiasme ni la piété n'ont de cet esprit-là.
Lorsque ïhymne n'est pas sublime, elle doit être onctueuse et touchante; elle doit prendre tour à tour le caractère de Bossuet dans ses élévations d'une àme à Dieu, ou celui de Fénelon et de François de Sales dans leurs œuvres mystiques.
ÉLÉM. DE LITTÉR.
254 ÉLÉMENTS DE LITTÉRATUBE.
Hyperbole. Elle ne doit être sensible que pour celui qui écoute, et jamais pour celui qui parle; et c'est dans ce sens-là queQuintilien a dit qu'elle devait être extra fidem , non extra modum : toutes les fois que l'expression dit plus qu'on ne doit penser naturellement , elle est fausse; elle est juste toutes les fois qu'elle n'excède pas l'idée qu'on a ou qu'on peut avoir. C'est dans cette vérité relative que consiste la précision de Yhyperhole même; car il n'y a point d'exception à cette règle, que chacun doit parler d'après sa pensée et peindre les choses comme il les voit. Celui qui soupirait de voir Louis XîV trop à l'étroit dans le Louvre, et qui disait pour sa raison,
Une si grande majesté
A trop peu de toute la terre ,
le pensait-il? pouvait-il le penser? C'est la pierre de touche de Vhypei^bole.
C'est une maxime bien vraie en fait de goût , qu'on affaiblit toujours ce qu'on exagère; mais exagérer, dans ce sens-là, veut dire, aller au delà , non de la vérité absolue, mais de la vérité relative. Celui qui exprime une chose comme il la sent n'exagère point , il rend fidèlement son sentiment ou sa pensée. L'objet qu'il peint n'a pas tous les charmes qu'il lui attribue; le malheur dont il est accablé n'est pas aussi grand qu'il se l'imagine : le danger qui menace son ami , sa maîtresse , ce qu'il a de plus cher, n'est ni aussi terrible, ni aussi pressant qu'il le croit ; mais ce n'est pas d'après la réalité même , c'est d'après son imagination qu'il les peint, et pour en juger d'après lui et comme lui , on se met à sa place. Ainsi , dans l'excès de la passion , Yhyperhole la plus insensée est elle-même l'expression de la nature et de la vérité.