‹ Éléments de littératureChapitre 32 sur 50 · INSINUATION · texte numérisé non relu

INSINUATION

il s'agit , dispose d'abord les esprits à ne pas en être blessés , et les amène insensiblement à le voir d'un œil favorable. Cicéron recommande cette méthode toutes les fois que celui qui est en cause, ou la cause elle-même, présente un aspect odieux. Insinuatione utendum est quum animus audUoris infensus est. Et il indique les moyens d'user à' insinuation. Si causx turpitudo contrahit ojfensionem ; aut pro eohomine in quo offenditiir j alium hominem qui diligitur interponi oporfet ; aut pro re in qua offenditur, allam rem quse probatur; aut pro re hominem, aut pro homine rem; ut ah eo quod odit ad id qiiod dilicjlt auditoris animus traducatur. Par exemple, il s'agit d'un fils dont l'imprudence et la témérité ont besoin d'indulgence , et dont la défense directe révolterait les juges : on parle des vertus et des services de son père, et on le peint accablé de douleur de Tégarement de son fils. Il s'agit d'une action odieuse et punissable qu'un homme de mérite a commise dans quelque malheureux moment : on commence par rappeler les actions louables qui ont honoré le reste de sa vie , et l'on demande comment il est possible qu'un caractère honnête, un heureux naturel se soit tout à coup démenti.^ Deinde , quum jam mitior factus erit auditor ., ingredi pedetentim in defensionem , et dicere, ea quse indignantur adversarii , iibi quoque indigna videri : deinde quum lenieris eiim qui audiet, demonstrare nihil eorum adte pertinere.

Ce n'est pas seulement dans l'exorde de ses harangues que Cicéron emploie cet artifice; il y revient quand il s'agit d'émouvoir, de gosner les juges : et on le voit dans ses péroraisons, tantôt se présenter lui-même à la place de l'accusé (/3?-o5e^^/o; pro Plancio); tantôt faire parler Faccusé à sa place {piro Milone); tantôt introduire à la place de l'accusé ses parents, ses amis, sa femme, ses enfants {pro Flacco, pro Cœlio, pro Murena ) , ou quelque personne sacrée, comme la vestale dans la péroraison du plaidoyer pour Fonteius; tantôt appeler à son secours le peuple, les chevaliers, les centurions, les soldats, dont l'accusé a mérité l'estime , comme dans la péroraison du plaidoyer pour Milon , où il épuise toutes les ressources de l'éloquence pathétique, f^oyes Péroraison.

292 ÉLÉMENTS DE LITTÉBATUBE.

Le discours de Phénix à Achille pour l'adoucir , au neuvième livre de V Iliade, est rempli d,' insinuation : sa propre histoire, les leçons de Pelée lorsqu'il lui confia son fils , l'aventure de Méléagre , l'allégorie des prières , sont autant de détours pour arriver au même but.

U insinuation s'emploie de même à rejeter sur l'adversaire ce que la cause a d'odieux , et à détourner d'une partie à l'autre l'indignation de l'auditoire. Mais il faut y mettre , dit le même orateur, beaucoup de prudence et d'adresse, faire semblant de ne vouloir que se justifier soi-même , et n'attaquer qu'avec beaucoup de précaution ceux à qui l'auditoire paraît s'intéresser. Negare te quidquam de adversariis esse dicturum : ut neque aperte Isedas eos qui diliguntur , et tamen id obscure faciens, quoad possis , aliènes ah eis auditorum voluntatem.

On voit par-là que les raffinements de l'art de nuire ne sont pas nouveaux ; et dans les oraisons de Cicéron , nos gens de cour pourraient eux-mêmes en trouver des exemples dont ils seraient jaloux. Mais il n'y en a pas un, dans le plus insinuant des orateurs , qui approche de celui que nous en a donné Racine, dans la scène de Narcisse avec Néron, au quatrième acte de Britannicus.

I^TÉBÈT. Affection de l'âme qui lui est chère et qui l'attache à son objet. Dans un récit, dans une peinture, dans une scène, dans un ou\Tage d'esprit en général, c'est l'attrait de l'émotion qu'il nous cause, ou le plaisir que nous éprouvons à en être ému de curiosité, d'inquiétude, de crainte, de pitié, d'admiration, etc.

J'ai déjà distingué ailleurs Vintérêt de l'art et celui de la chose.

L'art nous attache, ou par le plaisir de nous trouver nousmêmes assez éclairés, assez sensibles pour en saisir les finesses, pour en admirer les beautés, ou par le plaisir de voir dans nos semblables ces talents, cette âme, ce génie, ce don de plaire, d'émouvoir, d'instruire, de persuader, etc. Ce plaisir augmente à mesure que l'art présente plus de difficultés, et suppose plus

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