‹ Éléments de littératureChapitre 40 sur 50 · LYRIQUE · texte numérisé non relu

LYRIQUE

nuit, paraissez ! Quelque lumière ne meguidera-t-elle pas vers le lieu où repose mon amant, fatigué des travaux de la chasse, son arc détendu à ses côtés , et ses chiens haletants autour de lui ?... Je suis obligée de m'arréter ici seule , sur le rocher couvert de mousse, qui borde ce ruisseau. J'entends le murmure des vents et des flots ; mais je n'entends point la voix de mon amant.

« Pourquoi ne viens-tu point, ô mon Shalgar! pourquoi le fils de la colline tarde-t-il à remplir sa promesse ? Voici l'arbre , le rocher, le ruisseau murmurant. Tu m'avais promis d'être ici

avant la nuit Ah! où est allé mon Shalgar! pour toi j'ai

quitté la maison de mon père ; je voulais fuir avec toi. Nos familles ont été longtemps ennemies ; mais Shalgar et moi nous ne sommes point ennemis.

« 0 vent ! cesse un moment . Ruisseau , suspends un instant ton murmure ! Que ma voix se fasse entendre sur la bruyère ; qu'elle frappe les oreilles du chasseur que j'attends. Shalgar ! c*est moi qui t'appelle ; voici l'arbre et le rocher. Shalgar ! ô mon amant ! me voici : pourquoi tardes-tu à paraître ? Hélas ! rien ne me répond.

« Enfin la lune paraît , les eaux brillent dans la vallée , les rochers sont grisâtres sur la surface de la colline ; mais je ne le vois point sur le sommet : ses chiens, en le devançant, ne m'annoncent point sa présence ; resterai-je donc ici solitaire et abandonnée ?

« Mais quels objets aperçois-je couchés devant moi sur la bruyère ?.... Serait-ce mon amant et mon frère.'.... Parlez-moi, mes amis... Hélas! ils ne me répondent point lia crainte glace

mon cœur Ah! ils sont morts! leurs épées sont teintes de

sang. O mon frère! mon frère! pourquoi as-tu tué mon Shalgar?... pourquoi, ô Shalgar ! as-tu tué mon frère ? vous m'étiez si chers l'un et l'autre! Que dirai-je pour célébrer votre mémoire ! Tu étais beau sur la colline dans la foule de tes compagnons; il était terrible dans le combat.... Parlez-moi, écoutez ma voix, enfants de ma tendresse.... Mais, hélas! ils se taisent pour toujours ; le froid habite dans leur sein.

« O vous ! ombres des morts , faites-vous entendre du haut de ce rocher , du sommet de la montagne des vents ; parlez , et je

ne serai point effrayée... Où êtes-vous allées vous reposer? dans quelle caverne de la colline vous trouverai-je.? Mais le vent ne m'apporte point de réponse ; je ne distingue point , dans les orages de la colline, les sons faibles de la voix des morts.

« Je vais m'asseoir ici dans ma douleur ; j'attendrai le matin dans les larmes. Élevez un tombeau, ô vous ! amis des morts; mais ne le fermez pas avant que j'arrive. Je sens ma vie s'échapper de moi comme un songe. Pourquoi resterais-je après mes amis? il vaut mieux que je repose avec eux sur le bord de ce ruisseau. Quand la nuit descendra sur la colline , quand le vent soufflera sur la bruyère, mon ombre s'assiéra sur les nuages, et déplorera la mort de mes amis. Le chasseur écoutera du fond de sa cabane ; il craindra ma voix , mais il l'aimera , parce que ma voix sera douce pour mes amis ; car ils étaient chers à mon cœur.»

Si telle était l'éloquence des bardes, il ne faut pas s'étonner qu'un tyran les eût fait détruire ; le courage et l'élévation d'âme que ces poètes inspiraient aux peuples s'accordaient mal avec le projet qu'il avait de les asservir. Ce trait de prudence et d'atrocité d'Edouard I^"" fait le sujet d'une ode de Gray , la plus belle peut-être dont l'Angleterre se glorifie, et dans laquelle, faisant parler un barde échappé au glaive , le poète semble inspiré par le génie d'Ossian.

J'ai dit que l'on trouvait le grand caractère de l'ode antique dans les poésies des Hébreux , parce que l'enthousiasme en est sincère , et que l'objet en est sérieux et sublime; ce n'est point un jeu de l'imagination , que les cantiques de Moïse et que ceux de David; ils chantaient l'un et l'autre avec une verve que l'on appellerait génie ^ si ce n'était pas l'inspiration même de l'esprit divin. C'est cette inspiration et les élans rapides qu'elle donnait à leur âme que les poètes allemands ont imités de nos jours. Ils se sont efforcés de ployer leur langue aux formules des vers latins, et de la cadencer sur les mêmes nombres; leur oreille en est satisfaite; et cest un plaisir qu'aucune nation n a droit de leur disputer ; mais le vague de leurs peintures , l'allégorie continuelle de leur style, les détails recherchés de leurs descriptions , font trop voir que leur enthousiasme est simulé.

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