‹ Éléments de littératureChapitre 41 sur 50 · LYRIQUE · texte numérisé non relu

LYRIQUE

Le seul de ces poètes qui ait donné à l'ode le caractère antique , c'est le célèbre M. Gleim , dans ses chants de guerre prussiens. On Ta appelé avec raison le Tyrtée de son pays; on Ta comparé aux bardes des Germains et aux scaldes des anciens Danois.

Gleim est prussien ; il parle en homme persuadé de la justice des armes de son roi , et le rôle qu'il a pris est celui d'un grenadier plein de génie et de courage.

« Le mérite de ces chants de guerre, disent les auteurs du Journal étranger, consiste dans une extrême :simplicité unie à beaucoup de verve , d'harmonie et de force, a Les traits suivants, quoique affaiblis par la traduction, en peuvent donner une idée.

lis sont pris du chant de victoire après la bataille de Lowositz.

« Le héros, assis sur un tambour , méditait sa bataille , ayant le firmament pour tente et la nuit autour de lui. En méditant, il dit : Ils sont en grand nombre; mais, fussent-ils encore plus nombreux , je les battrai.

(' Il vit l'aurore , et il vit nos visages enflammés de désirs : ah! combien le bonjour qu'il nous donna était ravissant!

« Libre, comme un dieu, de crainte et de terreur, plein de sensibilité , il est là, et distribue les rôles de la grande tragédie.

« Cependant le soleil se montra tout à coup sur la carrière du firmament , et tout à coup nous pûmes voir devant nous.

« Et nous vîmes une armée innombrable qui couvrait les montagnes et les vallées , et (ce qui est bien permis à des héros ) nous fumes étonnés pendant un clin-d'œil, et nous reculâmes la tête de l'épaisseur d'un cheveu ; mais pas un seul pied ne recula.

« Car aussitôt nous pensâmes à Dieu et à la patrie : soudain , soldats et officiers furent remphs du courage des lions.

« Et nous nous approchâmes de l'ennemi à grands pas égaux. Halte! cria Frédéric , halte ! et ce ne fut qu'un même pas.

« Il s'arrête; il considère l'ennemi , et ordonne ce qu'il faut faire. Aussitôt , comme le tonnerre du Très^Haut , on vit la cavalerie s'élancer, etc. »

L'ode française a de la pompe , du coloris , de l'harmonie ; mais elle est peu rapide , et encore moins passionnée : c'est que jamais nos poètes lyriques n'ont été animés d'un véritable enthousiasme. Quel moment que la mort de Henri IV , si Malherbe avait eu l'âme de Sully , et si , frappé comme il devait l'être de ce monstrueux parricide , il avait fait éclater sa douleur , ou plutôt celle de la patrie , qui voyait massacrer so» père dans ses bras! Malherbe, Racan, Rousseau lui-même, ont voulu être élégants, nombreux , fleuris ; ils n'ont presque jamais parlé à l'âme. Leurs odes sont froidement belles; et on les lit comme ils les ont faites , c'est-à-dire sans être ému. Foy. Ode.

Les modernes ont une autre espèce de poème lyrique que les anciens n'avaient pas, et qui mérite mieux ce nom, parce qu'il est réellement chanté ; c'est le drame appelé opéra. Foy, Opéra.

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