EXPLICATION DES EFFETS DES MACHINES
viennent successivement frapper contre un obstacle, on produira une suite de percussions beaucoup plus intenses que celles que produirait le poids même , en frappant autant de fois contre l'obstacle. Si cet obstacle est un corps mobile auquel les chevilles puissent imprimer une vitesse horizontale, ce corps sera projeté d’autant plus loin que la roue aura un plus grand diamètre, et beaucoup plus loin qu’il ne pourrait l’être par un corps de même masse que le poids W et animé de la même vitesse. Il y aura donc « un mouvement effectif que la puissance ne tirera pas de son propre fonds » , ou plutôt elle tirera du môme fonds un plus grand mouvement effectif à l’aide de la machine. Sans doute les supports de la machine éprouveront des percussions d’autant plus intenses que les mouvements imprimés seront plus grands. La force de résistance que la machine oppose à ces percussions, et qu’elle met à la disposition de l’homme, est une force passive comme celle qu’elle oppose aux pressions dans l’état d'équilibre nu de mouvement continu ; cependant il est vrai de dire qüc dans un cas la machine n’augmente pas l’effet dynamique , tandis qu’elle l’augmente dans l’autre.
Et il faut bien qu’il en soit ainsi ; car autrement, en voulant lever un paradoxe, on tomberait dans un - autre qui choquerait davantage les notions du bon sens. Chacun sait bien qu’il y a telle masse qu’un homme peut mouvoir avec une machine, et qu’il ne déplacerait pas d’un millimètre sans machine, quèlque temps que ses efforts se prolongeassent. Dans ce cas, la résistance du frottement empêche tout
mouvement de se produire, tant que la tension du câble qui tire le fardeau n'a pas atteint une limite à laquelle l'homme ne peut la porter par la seule énergie de sa force musculaire. Il n'y a pas moyen de dire ici que l'on perd sur le temps ce que l'on gagne sur la force. L'emploi de la machine donne manifestement à l’homme une puissance dynamique qu’il ne possédait pas.
413. — Revenons à la théorie du mouvement des machines, dont oetle digression philosophique nous a peutrêtre trop écartés. Jusqu'à présent nous faisions, pour simplifier, abstraction des frottements et des autres résistances qui naissent du jeu des parties de la machine. On peut les appeler résistances intérieures, afin de les distinguer des résistances appliquées aux pièces actives de la machine, à celles qui produisent l’effet utile. Nous nommerons celles-ci les résistances extérieures. Au bout d’un temps donné, compté depuis l’instant où les forces motrices ont commencé d’agir, la quantité de travail accumulée dans la machine sera égale à la quantité de travail engendrée par les forces motrices, moins la quantité consommée par les résistances extérieures, et moins encore la quantité consommée par les résistances intérieures. Plus cette dernière consommation sera faible relativement, et plus la machine sera parfaite. Il y a certaines machines hydrauliques qui n’utilisent pas plus du tiers du travail moteur : tout le surplus est consommé par les résistances intérieures, ou absorbé par des ébranlements qui ne concourent en rien à l'effet utile, ainsi que nous allons l’expliquer.