COMPARAISON DES PHÉNOMÈNES
Quand nous parions corps , nous entendons les objets, quels qu’ils soient, qui excitent en nous certaines sensations; et le pouvoir d’exciter ces sensations est ce que nous nommons propriété' ou qualité.
2. — Reconnaître par l’observation les propriétés des corps,; tel est le premier pas dans l’étude de la nature. En ce sens, l’homme commence à s’occuper de philosophie naturelle du moment qu’il éprouve des . sensations et des perceptions. Le premier âge de da vie est une - époque oü la curiosité est excitée continuellement. Une suite d’olyets nouveaux et merveilleux attirent sans cesse nos observations et notre attention : la mémoire,; ouverte à' toutes les impressions , se meuble d’une foule de faits et' d’images qui doivent devenir plus tard les matériaux abondants de toutes 'nos connaissances. Un goût vif de découvertes , que' la nature a mis dans l’esprit humain pour des fins plus élevées, est alors dans un état de stimulation continoelle , qui laisse les autres facultés engourdies ; l’activité de l’observation ne permet pas à la réflexion ni au jugement de se développer. Mais vient ensoite une autre époque où les phénomènes les plus habituels cessent de nousftapper par leur nouveauté. L’attention , moins absorbé par la découverte des objets nouveaux , se livre à l’examen des objets qui lui sont déjà famiUers; Fesprit se replie sur lui-même*^ et l’observation calme qui caractérise l’âge mM* commence à succéder à l’empressement fébrile de l’enfonce. Nous passons alors en revue cette masse confuse de phénomènes que nous a fait connaître
noire expérience antérieure ; nous entamons le grand œuvre de la comparaison. La mémoire fournit les matériaux , et la raison les combine. Plus tard nous tentons les premiers essais de généralisation , qui sont le commencement de la science.
' Comparer, classer, généraliser, semblent être autant de penchants instinctifs propres à l’homme, et qui mettent un intervalle immense entre lui et les animaux inférieurs. Il faut voir dans ces facultés la source des plus éminents attributs de l’intelligence, et dans le juste emploi qui en est fait la cause de tous les progrès des sciences. Privés de ces facultés , nous ne verrions dans les phénomènes naturels qu’un amas confus de faits qui surchargeraient la mémoire sans profit pour l’intelligence. La comparaison et la généralisation sont en quelque sorte les organes à l’aide desquels l’esprit digère scs aliments, extrait une nourriture substantielle de matériaux bruts ; et si nous en étions privés, vainement emploierions-nous l’observation la plus persévérante , l’attention la moins relâchée , le système de nos connaissances n’en recevrait aucune acquisition réelle et fructueuse.
3. — Lorsqu’on passe en revue les propriétés des coriis qui affectent le plus habituellement nos sens, on remariiuc que très-peu d’entre elles paraissent essentielles à la matière , sans pouvoir en être détachées. La plupart sont des qualiuh particnlièrés qui se trouvent dans quelques corps et non dans les autres. Ainsi la propriété d’attirer le fer est particulière à l’aimant, et ne s’observe pas dans les autres substances. Tel corps excite en nous la sensa-