DIVISIBILITÉ DE LA. MATIÈRE
Or , s’il en est ainsi , quelle ne doit pas ôtre l’inconcevable pelilesse de certaines parties de ces ap-« pareils? • . • •
16. — Ces phénomènes et beaucoup d’autres, observés tant dans les produits immédiats de la nature que dans ceux de nos arts chimiques et mécaniques, nous prouvent que les corps sont formés d'éléments susceptibles d'être réduits à un degré de petitesse qui échappe à nos sens et même à nos calculs. En faut-il conclure que la matière est divisible à l’infini, et qu’elle n’est pas formée d’atomes primordiaux, de grandeur et de figures déterminées, le^ quels ne comporteraient plus de division?' Une pareille conséquence paraîtrait tout à fait pfécaire, lors même qu’on se limerait à juger la question d'après les données de l’observation directe. Car à quel propos nous permettrions-nous d’assigner des lois à la nature dans ce qui est au-dessus do nos moyens d'observation? Cependant il, arrive souvent que la raison nous conduit, par l’analyse de certains phénomènes observables , à en découvrir d’autres ♦ qui ne peuvent être directement observés. Ainsi , nous ne saurions apercevoir le mouvement diurne de la terre , parce que tous les corps qui nous entourent participent à ce mouvement et conservent leurs positions relatives : cependant la raison nous enseigne que ce mouvement a Heu, et qu’il produit les phénomènes très-apparents de la succession des jours et des nuits , du lever et du coucher de tous les corps célestes. De même, nous ne pouvons nous placer à une distance de la terre , d’où nous observerions l’obliquité ^ son axe de rotation sur le plaq
DiyiÎL^èfd by CjOOglc
18 ÉLÉMENTS DE MÉCANFQüE, CHAP. II.
dans lequel ellè se meut aulour du soleil -, mais les . Tleissiludes des saisons, qui résultent immédiatement de cette obliquité , se font sentir à nous , et par la connaissance des* effets nous remontons â la cause.
17. — Il en est, jusqu’il un certain point, de même dans le cas actuel. Quoique nous ne puissions prouver parl’observation directe l’existence d’atomes matériels doués d’une figure déterminée, plusieurs phénomènes que nous pouvons observer en rendent l’exifetencc probable. Les plus remarquables de ces’ phénomènes sont ceux qui se produisent dans la cristaîlkiation des sels. Lorsqu’un sel est dissous dans une quantité suffisante d’eau pure, il s’unit à l’eau de manière à disparaître «omplétement à la vue fcommc au toucher-, lè liquidé offre la même transparence, le même aspect qu’avant la dissolution du sel. Toutefois on constatera la présence du sel dans l’eau, en reconnaissant que le poids do mélange représente exactement le poids de l’eau pure et celui * du sel. C’est aussi un fait bien connu qu’un certain degré de chaleur convertit l’eau en vapeur, sans produire un semblable effet sur le sel : si donc on expose à celte température le mélange de sel et d’eau, celle-ci s’évaporera graduellement, ensedégageanl du sel qui lui était uni. Lorsque la quantité d’eau évaporée sera assez grande pour que ce qui reste ne suffise plus a dissoudre tout le sel, une portion de Ce" sel se’ séparera de l’eau et retournera à l’élàl solide. Or, dans ce cas, les particules salines ne sé grouperont pas de' maniéré à former une masse irrégulière r cllés s’assembleront «n figures réguliè-
CRlSTALLtSATlON.
Ks, IcrmiDécs' par des surfaces planes^ les mêmes pour .chaque espèce de sel, mais diilérenles d'une espèce à l'aulrc. Diverses parlicularités de la for- * mation de ceS cristaux mérilcot d’appeler noire attention.
Si Ton détache successivement plusieurs de ces cristaux pour observer les progrès de, leqr formation, on trouvera qu'ils s’accroissent graduellement en conservant leur figure originaire. Puisque l’accroisr sement est causé, par l’accession continuelle de particules salines dégagées au moyen de révaporalion de l'eau, il faut admettre que la forme de ces particules est telle qu'elles peuvent se. déposer successivement sur les faces du, cristal sans allérerja coafiguration de ces faces ni leur inclinaison mutuelle.'
Prenons un cristal dans le liquide pendant l’acte de la cristallisation, et brisons-le de manière à détruire la régularité de sa forme, puis replaçons^ie dans le liquide :.on le verra alors reprendre graduer lemenl sa forme régulière, les atomes do sel nouvellement dégagés venant remplir les cavités irrégulières produites par la fracture. Il suit de lè que les particules salines comprises a la surface du cristal , et celles qui eu composent la masse intérieure, sont semblables, et exercent des attractions similaires sur les atomes abandonnés par l’eau. . . .
Toutes les circonstances de l’acte de la cristallinlion sont autant d’indices d’upe figure déterminée dans les derniers atomes qui constituent les substances cristallisées.. Mais outre les substances suscepti-r blés de cristalliser ainsi artificiellement, il y en ^ beaucoup d’autres qui existent nalurçllemenl é L'état
2û ÉLKMENtS DE MECANIQUE. CHAP. II.
cristallin'. Ces ci'islaux naturels ofTrent certains plans nommés plans de clivage , suivant lesquels ils se * laissent facilement diviser. Les directions des plans de clivage sont toujours les mêmes pour les mêmes substances, mais elles changent d’une substance à l’autre. IjCs surfaces de clivage ne se dessinent pas à l’œil avant 1a division \ mais , après la séparation faite, elles offrent un poli beaucoup plus parfait que celui qu’on obtient par aucun procédé artificiel.
On peut concevoir les substances cristallisées comme formées par l’agrégation régulière d’atomes d’une certaine figure qui détermine la figure de l’agrégat. Les plans de clivage seraient parallèles aux faces des atomes constituants, et leurs directions offriraient en conséquence autant de conditions pour déterminer les figures de ces atomes. Cela posé , il n’est plus dilficile d’assigner les divers modes d’arrangement des atomes , d’oû peuvent résulter tes vartélés de formes des cristaux pour la môme substance. C’est l’objet de la science qu’on appelle cristallographie , et qui doit à Haüy scs plus grands progrès.
18. — Tous les corps solides qui ont été l’objet d’un examen scientifique sc sunl rencontrés dans la nature à l’étal cristallin , ou ont été soumis à la crislallisalion artificielle. Les liquides cristallisent en se congelant, et probablement les fluides aériformes offriraient la même propriété si l’on parvenait à les solidifier. D’après cela, il semble raisonnable d’admettre que tous les corps sont composés d’atomes, dont les dimensions et la figure déterminent les qualités propres à chaque substance y