‹ Éléments de médecine pratique [electronic resource]Chapitre 255 sur 350 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

AMÉNORRHÉE

L'aménorrhée est constituée par l'absence complète ou incomplète des règles. Dans l'aménorrhée incomplète tantôt le sang revient chaque mois, mais se borne à une simple apparition ; tantôt il n'apparaît qu'à de très-longs intervalles, deux ou trois fois par an ; et dans ce cas l'écoulement peut être assez abondant.

L'aménorrhée est presque toujours un symptôme. Cependant elle peut exister indépendamment de tout autre état morbide déterminé et constituer une maladie.

L'aménorrhée essentielle présente trois formes : Y aménorrhée absolue, Y aménorrhée de forme commune et Y aménorrhée bénigne ou accidentelle.

Aménorrhée absolue. — Dans cette forme les règles ne sont jamais veDues et ne viendront jamais ; la fonction manque complètement. Cet état s'accompagne de souffrances nombreuses et principalement d'une anémie plus ou moins considérable.

A l'âge ordinaire, les sens se développent, les signes extérieurs de la puberté se manifestent; mais les règles n'apparaissent pas. Chez un certain nombre de malades les souffrances qui précèdent les règles se montrent chaque mois, et l'écoulement sanguin est remplacé par un flux leucorrhéique abondant. Chez d'autres, aucun trouble périodique ne se produit du côté des organes génitaux. Le plus souvent ces femmes se développent bien, mais restent pâles, bouffies, sujettes aux douleurs d'estomac, et de tête, et profondément anémiques. Dans presque tous les cas que j'ai observés le sens génital faisait absolument défaut et la stérilité était complète.

Cependant il n'en est pas toujours ainsi, car j'ai donné des soins à une femme entretenue qui n'avait jamais eu ses règles cette femme n'avait pas l'apparence chlorotique habituelle à cette maladie.

Cette maladie, qui tient à l'absence de développement des

AMÉNORRHÉE. — TRAITEMENT. 465

ovaires, est complètement incurable ; on peut néanmoins soulager les malades en combattant les symptômes les plus douloureux par un traitement approprié. Les indications delà chlorose se retrouvent ici pour la plupart.

Forme commune. — Elle est bien plus fréquente; elle peut se développer à propos de la suppression des règles par une émotion ou par un refroidissement; souvent elle est due à un changement de climat ou à l'action consécutive des bains de mer ou des eaux thermales; mais, le plus souvent, elle s'établit dès le début de la puberté, sans cause apparenLe, et elle est presque toujours incurable.

Le symptôme le plus conslant de l'aménorrhée est l'apparition d'un flux muqueux habituellement leucorrhéique ou d'une hémorrhagie supplémentaire. Ce flux muqueux et cette hémorrhagie reviennent périodiquement à la place des règles. Les hémorrhagies supplémentaires sont le plus souvent des épistaxis, des hémoptysies, des hématémèses; puis plus rarement des hématuries ou des hémorrhagies par les points lacrymaux ou par la cicatrice ombilicale.

Quelquefois ces hémorrhagies sont trop fortes et finissent par amener une anémie profonde qui rapproche beaucoup cet état de la chlorose. La stérilité n'est point absolue dans cette forme de l'aménorrhée.

Forme bénigne uu accidentelle. — C'est celle qui survient à l'occasion d'une cause extérieure évidente : émotion, refroidissement, indigestion; elle guérit très-facilement. Les principaux symptômes sont des congestions vers la tête et la poitrine; quelquefois des hémorrhagies ou des phlegmasies; souvent un accès fébrile qui éclate au moment de la suppression. A l'époque suivante les règles reparaissent et sont beaucoup plus abondantes; elles sont supplémentaires. Quelquefois, cependant, la guérison se fait attendre deux ou trois mois; alors à chaque époque la femme éprouve les souffrances de la congés Mon utérine.

Traitement. - - PulsaliUa, causlicum, natrum muriaticum et Jousset, 2« édit. ^ |j 3Q

466 MALAD. DES ORGANES GENITO-UR1NA1RFS. — MATRICE.

sulfur, sont les principaux médicaments. Il l'aut y ajouter les bains de mer et certaines eaux minérales ; celles de Saint-Sauveur m'ont procuré quelques succès. Une indication capitale se tire de L'existence d'hémorrhagies supplémentaires, qui, lorsqu'elles sont très-fortes, demandent un traitement particulier.

Le principal médicament dans l'aménorrhée accidentelle est aconitum; il suffît habituellement à calmer les accidents et à faire revenir les règles. Si la maladie se prolongeait, il faudrait choisir entre pulsalilla, natrum murialicum cl causticum.

Senecio aureus, connu vulgairement sous le nom de « régulateur des femmes » et de «fausse valériane » noms qui indiquent la nature de son action, paraît avoir donné de bons résultats dans quelques cas d'aménorrhée.

lodium a paru combattre l'aménorrhée chez certaines scrofuleuses ou tuberculeuses, mais il est probable que c'est en améliorant la constitution du sujet, plutôt que par une action élective sur le système utéro-ovarien, qu'il s'est montré favorable.

Page 1