ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC
Cette maladie a été confondue jusque dans ces derniers temps avec le cancer de l'estomac, et son histoire nosographique est une conquête toute récente de la médecine contemporaine.
L'ulcère simple de l'estomac est une maladie caractérisée anatomiquement par l'ulcération circonscrite et perforante des membranes de l'estomac. Elle s'accompagne d'une dyspepsie douloureuse, de vomissements, d'hématémèses, et peut se terminer par la perforation de l'estomac.
Les histoires particulières que nous possédons sur cette maladie ne permettent pas encore de décrire des formes définitives. Cependant, nous avons cru pouvoir essayer d'établir une forme commune, une forme hé?norrhagique, une forme latente et une forme aiguë; l'observation ultérieure ratifiera ou modifiera cette classification.
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h Forme commune. — Elle débute par de l'inappétence et de la dyspepsie; le dégoût pour les aliments va croissant en même temps que la digestion de ceux qui sont ingérés devient de plus en plus difficile ; bientôt cette digestion s'accompagne d'une douleur aiguë, brûlante, siégeant dans un espace circonscrit .vers l'appendice xiphoïde. Cette douleur augmente considérablement par la pression, par le mouvement, oblige le malade à garder le repos dans une attitude qui varie avec le siège de la lésion. Cette douleur correspond en arrière, à la première vertèbre lombaire et aux dernières dorsales. Elle a pour caractère d'être réveillée ou augmentée par le repas, de durer autant que la digestion stomacale, et de disparaître ou de diminuer après le vomissement ou lorsque les a'iments ont franchi le pylore.
Quand la douleur a atteint un certain degré, la maladie s'accompagne de vomissements; vomissements d'abord alimentaires, ayant lieu une ou deux heures après les repas ;. quand la maladie est plus avancée, les vomissements deviennent glaireux et se produisent quand l'estomac est vide. Souvent les matières vomies présentent de petits flocons noirâtres qui indiquent une exsudation sanguine à la surface de l'estomac malade.
( L'inappétence, les douleurs, les vomissements, produisent plus ou moins vite un état de maigreur considérable, mais le teint reste bon pendant très-longtemps.
Arrivée à ce point, la maladie peut guérir par la cicatrisation de l'ulcération; alors, les symptômes disparaissent peu à peu et dans l'ordre inverse de leur apparition. Au lieu de guérir, la maladie peut s'aggraver progressivement et amener la mort par inanition ; mais le plus souvent on observe des accidents qui accélèrent singulièrement, la terminaison fatale ; ces accidents sont l'hémorrhagie et la perforation.
L'hémorrhagie, que nous verrons dans un instant constituer le symptôme habituel d'une forme particulière de l'ulcère simple, survient presque toujours à titre d'accident dans la forme commune; elle est très-abondante', quelquefois mortelle ; elle est suivie de mélaena.
La perforation arrive dans le huitième des cas ; c'est un aevi-
dent plus ou moins rapidement mortel. Quand la perforation se fait directement dans la cavité du péritoine, une douleur brusque, l'affaissement des traits, la pâleur, le froid, annoncent le début d'une péritonite suraiguë, mortelle en quelques heures. Quand la perforation est limitée par des adhérences, il en résulte une inflammation qui se propage aux organes voisins, suivant des lois exposées en anatomie pathologique, et détermine dos pleurésies et surtout des péritonites généralisées.
II. Forme hémorrhagique. — Cette forme débute d'emblée par une hématémèse ; si le vomissement de sang a été précédé de souffrances gastriques, elles n'ont rien de déterminé, et souvent passent inaperçues. Les hémorrhagies se répètent.à intervalles plus ou moins éloignés tous les huit jours, tous les mois; d'abord éloignées, elles deviennent plus fréquentes, à mesure que la maladie fait des progrès. Dans les intervalles, les malades éprouvent à des degrés divers l'inappétence et la douleur que nous avons décrites précédemment. Ils présentent en plus tous les signes de l'anémie, et la décoloration de la peau augmente encore la ressemblance de cette forme de l'ulcère simple avec le cancer.
A sa période d'état, la maladie est constituée par des vomissements noirs revenant, fréquemment, et par la douleur xipho'idienne. Les vomissements habituels d'aliments sont rares dans cette forme, nous ne les avons jamais observés.
La maladie peut guérir, alors les hémorrhagies ne reparaissent plus ; la douleur diminue et disparaît, l'appétit renaît, et la convalescence est assez rapide ; mais il faut savoir que la maladie peut récidiver avec la même forme après quelques années. Le plus souvent, la maladie se termine par la mort, soit par épuisement, soit par perforation, soit à la suite d'un.' hémorrhagie foudroyante.
III. Forme latente. — Il existe des observations dans lesquelles on a trouvé, à l'autopsie, des ulcérations de l'estomac sans qu'il ait existé pendant la vie autre chose qu'un peu de dyspepsie. Ainsi l'hématémèse, la douleur xiphoïdienne, les
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vomissements habituels d'aliments peuvent manquer pendant In plus grande partie de la durée de V ulcère de l 'estomac, qui n'est reconnu qu'à l'autopsie, quand la mort survient à l'occasion d'une autre maladie. Cette forme peut se terminer brusquement par une perforation que rien n'avait fait prévoir, ou par la guérison des ulcérations dont plus lard on retrouve Les cicatrices dans l'estomac.
IV. Forme aiguë. — Quelques cas observés chez les enfants, avant l'âge de 2 ans, permettraient de décrire une forme aiguë de l'ulcère simple. La maladie s'annonce -tout d'abord par un état grave, mouvement fébrile, vomissements incessants, affaissement des traits, amaigrissement rapide et mort par une perforation, souvent après quelques jours de maladie.
Anatomie pathologique. — L'ulcère de l'estomac siège le plus souvent, non pas au pylore, mais dans la moitié de l'estomac qui avoisine le pylore; plutôt sur la face postérieure, et vers la petite courbure; la forme de l'ulcère est circulaire ; elle peut atteindre et dépasser la grandeur d'une pièce de cent sous. Le fond est grisâtre, les bords sontcoupésà pic et tuméfiés; les parties voisines sont d'un rouge blanchâtre, et le siège d'une inflammation évidente. Cet ulcère est perforant, il détruit successivement les tuniques de dedans au dehors ; le plus souvent il est unique; il peut être multiple et à des degrés divers d'évolution.
L'hémorrhagie se fait par exsudation sur la muqueuse enflammée ; mais elle se fait le plus souvent par l'érosion des vaisseaux artériels plus ou moins volumineux, et dont on retrouve les orifices béants au fond de l'ulcère.
Étiologie. — L 'ulcère simple de l'estomac est une maladie fréquente dans le norddel'Europe et on particulier en Allemagne. Il est déjà fréquent de 20 à 30 ans, ce qui n'a pas lieu pour le cancer; on l'observe dès les premiers mois de la vie et jusque dans La plus extrême vieillesse, mais principalement de 20 à GO ans.
Pendant la puberté, les femmes sonl beaucoup plus sujettes que les hommes à l'ucère de l'estomac. Les hémorrhoïdairessonl aussi très-exposés à cette maladie.
Les causes occasionnelles sont l'abus de boissons alcooliques et les excès de table.
Cette maladie a été longtemps confondue avec le cancer de l'estomac, et l'ulcère simple décrit comme ulcération cancéreuse. Les hémorrhagies très-abondantes, la douleur xiphoïdienno, le soulagement par la vacuité de l'estomac, l'absence des signes de la cachexie cancéreuse, l'absence de tumeur, permettenthabituellement de distinguer l'ucère simple du cancer; mais, il y a des cas où le diagnostic devra rester douteux ; d'après Trousseau, Vulcère serait une maladie antagoniste du cancer. Quant au pronostic, il ressort suffisamment de l'histoire des symptômes et de la marche de la maladie.
Traitement. — La clinique homœopathique nous fait complètement défaut pour tracer l'histoire du traitement de Vulcère simple, parce que sa distinction est toute récente, etque, jusqu'à ces derniers temps, son histoire se trouve confondue avec celle du cancer et des dyspepsies.
Les médicaments indiqués par la matière médicale sont : arsenicum, hjcopodium, mezereum, phosphorus, nitri acidum, plumbum, opium, carbo vegetabilis, nux vomica et graphites administrés comme dans le traitement de la dyspepsie rendent aus-i des services au commencement de la maladie.
Arsenicum, indiqué par la lésion, convient contre la douleur brillante, augmentée par l'ingestion des aliments ; il est indiqué par les vomissements pituiteux, et surtout par les vomissements noirs. L'anxiété et l'agitation appartiennent encore à ce médicament.
Lycopodium. Douleur de pesanteur qui augmente par la pression, en se tenant assis, parles aliments qui semblent tomber sur une partie à vif; par des rapports aigres et brûlants, le pyrosis, les vomissements d'aliments et surtout les vomissements de sang caillé.
Mezereum.. Douleur brûlante d'estomac augmentant par la
CANCEK DU PYLORIÏ. FORME COMMUNE. ÎOD
pression et les aliments ; pesanteur de longue durée après le repas. Vomissements énormes tous les jours ; vomissements de sang extrêmement abondants.
Phosphorus correspond à la douleur xiphoïdienne augmentant ou se manifestant seulement pendant le repas, augmentant par la pression ; il correspond encore aux vomissements d'aliments et aux vomissements noirs.
Plumbum, nitri acidum, veratrum, carbo vegetabilis, correspondent aussi aux vomissements noirs.
Opium à doses pondérables a donné de bons résultats contre les douleurs.
Régime. — Le régime lacté est celui qui réussit le mieux. Souvent nous avons pu faire digérer au malade des jaunes d'œufs crus mélangés au lait. Un certain nombre de malades se trouvent soulagés par les boissons très-chaudes.