DIARRHÉE
La diarrhée est une affection caractérisée par des selles liquides et fréquentes. Cette affection se rencontre dans un grand nombre de maladies : fièvres continues, éruptives, intermittentes; diathèses; maladies constitutionnelles; cachexies ; elle joue le plus souvent le rôle d'un symptôme. D'autres fois elle constitue une crise favorable dans les maladies. Cette affection offre un grand nombre de variétés : diarrhée séreuse, stercorale, bilieuse, muqueuse, sanguinolente, lientérique; ces variétés sont en rapport avec les maladies dont la diarrhée est un symptôme, et elles constituent l'un des chapitres les plus importants de la séméiotique.
En outre, la diarrhée constitue une maladie essentielle, qui tient à la fois des phlegmasies et des flux; et est habituellement rangée dans l'ordre des catarrhes. C'est le catarrhe intestinal de la plupart des auteurs.
La diarrhée présente à étudier cinq formes : la forme bénigne, la forme commune, la forme grave, Informe cholériforme, la forme chronique.
I. Forme bénigne. — Elle débute par du malaise stomacal et intestinal, un sentiment de nausée, quelquefois un vomissement ; des coliques, des borborygmes, des selles liquides, jaunes, foncées, verdâtres, écumeuses, brûlantes, bilieuses. L'évacuation soulage les coliques qui se reproduisent bientôt et sont suivies de nouvelles évacuations. Les vomissements ne se reproduisent pas. Le premier jour, on observe : anorexie, langue blanche, goût pâteux et fade ou amer; mais ces symptômes
se dissipent promplemenl; moins cle vingt-quatre heures a puès le début, l'appétit renaît, le malaise disparaît; les évacuations s'éloignent, cessent, sont remplacées par quelques jours de constipation; et la maladie est terminée en vingt-quatre ou quarante-huit heures, trois jours au plus.
IL. Forme commune. — Les vomissements du début sont plus nombreux et il y a un mouvement fébrile très-marqué. Le malaise, l'anorexie, la courbature, sont par conséquent plus considérables que dans la forme bénigne. Il y a de l'affaiblissement, de la pâleur, et chez les petits enfants, un amaigrissement rapide et très-notable. Les selles plus nombreuses offrent des caractères divers ; vert foncé chez l'adulte, elles sont le plus souvent glaireuses chez l'enfant, et présentent l'apparence d'herbes vertes hachées, au milieu d'un mucus jaunâtre. La maladie se prolonge un, deux et trois septénaires, elle détermine un éry thème de la région anale.
III. Forme grave. — Assez rare, cette forme est caractérisée par une fièvre continue, une adynamie considérable, une fympanite excessive avec de petites selles liquides et répétés. Les vomissements sont fréquents, l'anorexie complète. Les forces s'en vont cle plus en plus; le ballonnement du ventre augmente ; il survient quelquefois du délire, souvent de la somnolence, du coma, et le malade succombe dans le second septénaire.
IV. Choléra infantilis. — Cette forme est exclusivement propre aux enfants, depuis leur naissance jusqu'à la fin de la première dentition. C'est la diarrhée du sevrage, la maladie d'été.
Le choléra infantilis, malheureusement trop fréquent, est caractérisé par des vomissements incessants, des selles entièrement séreuses, une soif inextinguible, un dépérissement extrêmement rapide. Il est souvent mortel en quelques heures.
Cette forme débute ordinairement par une simple diarrhée. Cette diarrhée, siercorale ou bilieuse, se prolonge pendant un temps variable, mais qui ne dépasse pas un septénaire. Alors
DIARRHÉE. — CHOLÉRA INFANTILIS. 161
les accidents éclatent tout à coup et la maladie revêt l'allure foudroyante qui lui est particulière.
Des vomissements incessants, des selles séreuses, une soif que rien ne peut apaiser, marquent le début de cette période. Les vomissements, d'abord alimentaires, ne contiennent plus bientôt que les boissons, que les petits malades réclament incessamment avec des cris pitoyables ; les selles, entièrement séreuses, ressemblent à de l'eau très-légèrement teinte en jaune et contenant quelquefois de petits flocons verdâtres. Ces selles sont tellement liquides, qu'elles sont souvent prises pour des urines par les mères inexpérimentées; tandis, qu'au contraire, les urines sont habituellement supprimées. Dès les premières évacuations cholériformes, le faciès s'altère, la peau se refroidit et l'amaigrissement marche avec une rapidité incroyable. Le pouls est petit et fréquent. Le plus souvent les maiades sont agités et anxieux ; le ventre est plat, les parois ont perdu toute élasticité, en sorte que, si on les pince entre les doigts, le pli reste longtemps marqué. Si les petits malades doivent succomber dans cette période, l'agitation cesse ; l'enfant indifférent à tout n'a plus qu'un sentiment, celui de la soif; et, si affaibli qu'il soit, il se précipite avec avidité sur la cuiller ou sur la tasse qu'on lui présente. Les vomissements cessent; la diarrhée devient involontaire et incessante ; le refroidissement fait des progrès; l'amaigrissement est considérable; les traits sont tirés ; les yeux creux, la peau plombée ; les lèvres et les ongles légèrement bleuâtres ; les évacuations se suspendent quelquefois tout à fait; et les enfants succombent, soit dans le coma, soit dans une syncope. Si le malade ne meurt pas dans la période algide, la réaction s'établit, la peau se réchauffe, le regard s'anime, le pouls reprend de la force, les vomissements cessent, le ventre se ballonne, la diarrhée devient bilieuse, les urines reparaissent et la soif diminue. Dans les cas heureux, la réaction se maintient et la guérison s'opère encore assez facilement.
D'autres fois, la réaction est incomplète, et tous les symptômes de la première période reparaissent, el avec eux le danger extrême. Dans certains cas, la maladie oscille ainsi pendant Jousset, 2° édit. t, II, — H
six, huit, dix et quinze jours; elle peut encore se terminer par la guérison et la mort. D'autres fois, elle se prolonge ainsi et arrive à une période toute différente, à Yétal chronique.
Période chronique. — Les vomissements ont cessé, il n'y a plus de refroidissement; la diarrhée n'est plus constamment séreuse, elle est lientérique; l'amaigrissement est extrême, la faiblesse considérable; il survient de l'œdème, des pétéchies; la soif persiste; il y a tantôt du dégoût, tantôt de la voracité ; et les malades succombent au bout de quelques semaines, si l'art n'intervient pas efficacement : la mort arrive, soil par un retour à l'état aigu, soit dans l'état cachectique.
V. Forme chronique. — La clinique ne permet pas de dire si, dans un certain nombre de cas, cette forme ne débute pas par un état aigu; elle est surtout fréquente dans la première enfance: elle se rattache étroitement à la première dentition et au sevrage. La diarrhée chronique est souvent symplomalique d'une diathèse, d'une maladie constitutionnelle, d'une cachexie. Elle est surtout fréquente dans la maladie scrofuleuse. Trousseau, clans sa Clinique, rapporte un exemple d'une diarrhée syphilitique. Pour mon compte, je l'ai observée plusieurs fois chez les diabétiques et les albuminuriques.
La diarrhée chronique essentielle est une affection rare dans l'âge adulte, elle semble liée à une alimentation vicieuse.
La diarrhée chronique peut être bilieuse, stercorale, muqueuse, sanguinolente; mais son caractère le plus constant est la lientér/e, c'est-à-dire que les aliments passent dans les selles incomplètement digérés, et plus ou moins rcconnaissables. Les selles ne sont pas aussi fréquentes que dans les autres formes; elles surviennent habituellement clans la matinée, d'autres fois immédiatement après les repas; elles sont très-souvent indolentes.Cette diarrhée s'accompagne de voracité qui alterne avec de l'anorexie ; la soif existe presque toujours à un certain de* gré ; l'amaigrissement, la perte des forces sont des symptômes constants clans la période avancée. Cependant, chez l'adulte, a diarrhée chronique est compatible avec un état de santé re-