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CHAPITRE II

DIPHTHÉRIE

C'est une maladie épidémique et contagieuse, caractérisée par une inflammation pseudo-membraneuse. Cette inflammation siège le plus souvent sur la membrane muqueuse respiratoire ; mais elle peut s'étendre aux autres muqueuses et à la peau.

Cette maladie comprend l'angine couennewe et le croup. Elle s'offre à l'observation sous quatre formes distinctes : forme commune, forme bénigne, forme putride et forme ataxique. Ces deux dernières correspondent aux formes malignes des auteurs.

I. Forme commune. — Elle est caractérisée par la succession de deux périodes : période angineuse et période croupale.

Période angineuse. — Elle est ou non précédée de prodromes. Elle débute par un mouvement fébrile peu intense, et un mal de gorge avec gonflement des ganglions sous maxillaires.

L'angine se développe rapidement ; elle présente la succès* sion des symptômes suivants : rougeur générale du pharynx, tuméfaction habituellement d'une seule amygdale, sur laquelle apparaît une tache blanchâtre bien circonscrite. Cette tache, formée d'abord d'un mucus demi-transparent, puis d'une fausse membrane peu adhérente, constitue au bout de quelques heures une plaque saillante, convexe, et fortement adhérente. Cette fausse membrane s'agrandit rapidement, elle envahit la luette de son côté; puis, se propageant comme l'érysipèie malin par des îlots et des traînées, elle envahit l'autre amygdale, préala-

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blement tuméfiée ; et, au bout de vingt- quatre à quarante-huit heures, elle occupe l'isthme du gosier dans sa totalité, Cette évolution est d'autant plus rapide que les enfants sont plus jeunes; chez eux, elle peut commencer par les deux amygdales.

Le gonflement ganglionnaire est considérable et en proportion du développement de la fausse membrane. Les ganglions sont durs et extrêmement douloureux; ce sont les bubons de cette peste pseudo-membraneuse. ,

Les jours suivants, la fausse membrane s'épaissit; elle se colore diversement, en jaune, brun ou noir, et simule la gangrène. La bouche des malades exhale une odeur fade, caractéristique.

Le mouvement fébrile est très-variable. Jamais il n'est bien intense, et le thermomètre atteint rarement 39 degrés. La température baisse à mesure que l'état s'aggrave, quand les malades succombent à l'asphyxie.

Seconde période ou croupale. — Caractérisée par l'extension de la fausse membrane au larynx, cette période s'annonce par une toux sèche et de l'enrouement. La toux et la voix deviennent rauques et sourdes; et de plus en plus sourdes a mesure que l'affection fait des progrès. La gêne de la respiration apparaît ensuite, et le sifflement laryngo-trackéal s'établit. C'est un bruit qui imite assez bien celui de la scie à pierre. Il est plus fort dans l'inspiration, parce que les lèvres de la glotte se rapprochent et diminuent l'espace resté libre.

La toux s'éloigne et s'éteint, la voix disparaît, les accès de suffocation commencent. Ce sont d'abord des accès de dyspnée; ils reviennent toutes les trois ou quatre heures, et sont plus fréquents la nuit. Bientôt la dyspnée arrive jusqu'à la suffocation. Le malade s'asseoit brusquement, la tête renversée en arrière, labouche largement ouverte, les muscles inspirateurs contractés, la face rouge, l'anxiété extrême. Ces accès durent de deux à cinq minutes, et sont suivis d'un calme relatif pendant lequel continue le sifflement laryngo-trachéal,

Quand la maladie doit se terminer par la mort, les accès se

rapprochent, deviennent plus intenses; bientôt ils sont continus avec exacerbation et rémission. L'état des malades devient alors réellement épouvantable; ils étranglent. Enfin, un coma mêlé d'asphyxie s'établit ; la face devient pâle, bouffie, livide ; l'anesthésie et le froid asphyxique dominent; il y a un calme relatif; les accès de suffocation disparaissent, et la mort survient lentement. Plus rarement, les malades succombent dans un violent accès de suffocation. Souvent cette scène d'agonie ne marche pas d'une manière continue; l'expulsion d'une fausse membrane, ou un changement dans l'innervation des muscles respiratoires, rétablissent la respiration et donnent un mieux inespéré. Puis la fausse membrane se reforme, les muscles se contracturent ou se paralysent de nouveau, et les accidents reparaissent.

Quand la trachéotomie a été pratiquée, la mort n'arrive point par suffocation dans la forme commune , mais par quelques complications de pneumonie ou de bronchite pseudo-membraneuse.

Si la maladie doit se terminer par la guérison, les accès de suffocation s'éloignent; la toux devient plus grasse, et une expectoration muqueuse, jaunâtre, contenant des débris de fausse membrane, s'établit.

Variétés. — Croup d'emblée. — La première période manque; la maladie débute par la toux et l'enrouement; la fièvre est peu intense; le gonflement des ganglions fait défaut; quelquefois la fausse membrane remonte, et n'apparaît dans le pharynx qu'à la fin de la maladie, cette variété en particulier à la première enfant.

II. Forme bénigne. — La maladie reste incomplète et n'atteint pas le larynx ; elle reste bornée à l'arrière-gorge, et quelquefois même aux gencives.

Trousseau a soutenu qu'une simple angine érythémateuse suffisait à caractériser une forme bénigne delà diphthérîe; il fonde son opinion sur l'observation d'angines érythémateuse* observées sur des personnes exposées à la contagion ; angines

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érythémateusés qui à leur tour auraient développé l'angine couenneuse chez d'autres personnes.

III. Forme putride. — Elle est caractérisée par la prostration des forces, par la tendance aux hémorrhagies et à la gangrène, par la multiplicité des localisations diphthéritiques: c'est V angine gangreneuse des anciens, Y empoisonnement diphthéritique des modernes.

Elle débute fréquemment par des vomissements, un .aouvement fébrile modéré, la tuméfaction des ganglions sous-maxillaires et une douleur de gorge qui passe souvent inaperçue.

Les amygdales se gonflent considérablement et se recouvrent de fausses membranes épaisses, jaunâtres et putrides ; les ganglions se gonflent plus que dans toute autre forme. La diphthérie, souvent précédée d'épistaxis, envahit les fosses nasales. La prostration, une anorexie invincible, la pâleur et la bouffissure de la face se montrent dès les premiers jours.

La maladie arrivée à sa période d'état se caractérise gar une prostration complète; une indifférence pour toute chose, un mouvement fébrile modéré, avec tendance au refroidissement ; une angine intense avec des fausses membranes épaisses, grisâtres, noirâtres, ramollies, exhalant l'odeur de gangrène. Les ganglions et le tissu cellulaire, énormément tuméfiés et indurés, présentent une rougeur érysipélateuse; il existe un jetage avec ulcération de la lèvre supérieure. C'est à ce moment que les localisations diphlhéritiques se muUiplient. Celle du larynx a cela de particulier qu'elle ne s'accompagne dans cette forme ni de toux ni d'accès de suffocation ; l'enrouement et la dyspnée sont, dans ce cas, les seuls signes du croup.

lïophthalmie diphthéritique est caractérisée par un larmoiement corrosif, avec gonflement luisant des paupières; la conjonctive rouge et saignante est recouverte d'une couenne épaisse; un mucus séro-purulent abondant remplit la gouttière oculo-palpébrale; un sillon rougeâtre, douloureux, couenneux, marque te trajet des larmes; quelquefois la cornée est envahie et l'œil perforé. Cette localisation coïncide toujours avec le coryza et jamais avec la laryngite.

La vulve et le prépuce sont assez souvent envahis par la production couenneuse.

La peau, principalement derrière les oreilles, mais surtout la surface des vésicatoires, sont des localisations habituelles dans la forme putride. La plaie devient douloureuse ; elle laisse suinter une sérosité corrosive ; une fausse membrane grisâtre envahit le centre de la plaie, tandis que les hords s'élèvent et rougissent. Cette fausse membrane se propage au moyen de Tinflammation résultant du contact avec la peau, de la sérosité qu'elle sécrète ; la propagation s'avance par des îlots, des dentelures qui envahissent la peau voisine et forment de larges plaques ramollies et putrides.

A ces symptômes viennent se joindre des hémorrhagies, principalement des épistaxis, des ecchymoses et des pétéchies ; des gangrènes de la gorge, de la vulve, de la peau; des éruptions très-diverses : rubéoliques, scarlatiniformes, miliaires, ortiées, des bulles de pemphygus.

Enfin, les malades, plongés dans une prostration complète, indifférents à tout, pâtes, bouffis, livides, refusant toute alimentation, avec un pouls faible, tremblant, souvent ralenti, lie refroidissent graduellement et meurent par syncope ou par asphyxie lente.

La guérison s'annonce surtout par le désir de prendre des aliments, le retour des forces, le bon aspect des plaies et l'élimination des fausses membranes.

Variété. — Il existe une variété de la forme putride, dans laquelle l'affection locale est tout à fait insignifiante : c'est une fausse membrane derrière les oreilles ou à la vulve, par exemple. Il n'y a pas d'angine, et les symptômes se développent comme dans les cas précédents, seulement avec une extrême lenteur, la maladie mettant souvent plusieurs septénaires à parcourir ses périodes; elle se termine presque constamment par la mort.

IV. Forme ataxique. — Caractérisée par l'incohérence des symptômes, par une marche irrégulière et imprévue, par la

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prédominance des symptômes nerveux; elle présente plusieurs variétés.

1° Variété à marche très-rapide. — Elle débute par un léger mal de gorge avec quelques plaques blanches dans le pharynx. Les symptômes locaux, peu intenses, coïncident avec un mouvement fébrile considérable qui s'aggrave de moment en moment; la diphthérie envahit les fosses nasales; le délire éclate, et les malades succombent le troisième ou le quatrième jour. C'est ainsi que moururent Valleix et le fils de Blache.

2° Variété spasmodique. — Cette variété revêt les allures de la forme commune ; seulement il y a toujours diphthérie des fosses nasales. Quand les fausses membranes ont envahi le larynx, le croup s'accompagne d'accès de suffocation violents, hors de proportion avec l'épaisseur et l'étendue des fausses membranes. Le spasme des muscles de la glotte, puis leur paralysie, la paralysie du diaphragme, jouent ici un rôle important dans les accès de suffocation. C'est pourquoi cet accident persiste, malgré la trachéotomie, et alors qu'il n'existe aucun obstacle laryngé au passage de l'air. Souvent la malignité de la maladie est annoncée par des paralysies prématurées, soit du voile du palais, soit des paupières. La convalescence est troublée par des paralysies consécutives extrêmement graves, et la mort subite par syncope n'est pas rare dans cette forme, soit pendant la maladie, soit pendant la convalescence.

Affections consécutives et complications. — La pneumonie; Ventérite, chez les très-jeunes enfants ; Vérysipète> sont des complications très-graves et qui augmentent beaucoup les chances de mort. Vatbuminurie est un symptôme concomitant et quelquefois une affection consécutive; elle est d'un fâcheux pronostic. Nous avons vu une anorexie invincible survivre à la disparition complète des fausses membranes et entraîner la mort par inanition.

La paralysie est tantôt limitée, tantôt généralisée. Dans le premier cas, elle reste bornée au siège même de la fausse membrane, c'est-à-dire au pharynx ; elle produit le nasonnement ;

la chute et l'inertie du voile du palais; la difficulté quelquefois considérable de la déglutition; elle peut amener la mort par le passage du hol alimentaire dans le larynx.

Paralysie généralisée. — Elle débute comme la précédente, s'accompagne bientôt de faiblesse dans les jambes et d'une paraplégie progressive avec amaurose, paralysie plus rare de la vessie et du rectum; elle atteint fréquemment le diaphragme et détermine la mort par asphyxie. Au lieu d'une paralysie vraie, on observe quelquefois une ataxie locomotrice. Le strabisme, la diplopie, la dilatation de la pupille ne sont pas rares.

La paralysie atteint les membres inférieurs avant de toucher les bras, et, quand les muscles de la nuque doivent être pris, ils sont pris les premiers.

Nous rappelons encore que, dans le cours de la forme ataxique, on observe des paralysies prématurées du diaphragme et des muscles de la glotte. Ces paralysies ont pour caractère d'être intermittentes et de produire des accès de suffocation souvent mortels.

Les paralysies diphthéritiques déterminent l'atrophie musculaire et la dégénérescenca graisseuse. Les paralysies diphthéritiques sont mobiles et guérissables ; elles durent rarement plus de deux mois et disparaissent sans laisser de trace.

Anatomie pathologique. — On trouve les signes de la mort par asphyxie lente ou par asphyxie rapide. Quelquefois le sang est diffluent, brun, sembtable à de la sépia; il peut contenir des globules blancs en excès ou des bactéries; souvent il est normal. La fausse membrane, dont nous avons déjà.décrit l'aspect physique, présente à l'examen microscopique de la fibrine amorphe ou finement striée. Cet exsudât renferme de nombreuses cellules de pus, des globules du sang, des granulations grais* seuses, des nucléoles indéterminés et des champignons.

Etiologie. — La diphthérie est excessivement contagieuse; elle sévit souvent épidémiquement; elle peut atteindre le même sujet plus d'une fois dans sa vie. L'âge des malades a une in-

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fluence sur la localisation laryngée ; le croup est plus commun chez les enfants, il est aussi plus grave à cause de la conformation de la glotte.

Le refroidissement est la cause occasionnelle la plus commune. Viennent ensuite l'encombrement et les logements insalubres. Les gros enfants scrofuleux m'ont semblé plus prédisposés a la diphthérie.

Traitement. — Nous pourrions intituler ce paragraphe le chapitre des illusions. Ces illusions viennent des erreurs de diagnostic qui font confondre, par un grand nombre de médecins

Y angine couenneuse et Y angine pultacée, la laryngite striduleuse et le croup.

i™ période. - Angine couenneuse. — Nous avons six médicaments principaux : belladone, mercurius^ lachesis, bary ta carbo* nica, bromum, bryonia; tous correspondent à l'angine avec tuméfaction des ganglions.

Beiladona est indiquée dès le début, avant la fausse membrane, par la sécheresse de la gorge et la douleur d'oreille. On doit donner la teinture mère de 2 à 10 gouttes dans une potion de 200 grammes, une cuillerée toutes les heures.

Mercurius est indiqué par la fausse membrane déjà formée avec stomatite concomitante, salivation. Baryla carbonica dans le même cas, mais avec gonflement énorme des amygdales et des ganglions sous-maxillaires.

Lachesis. Angine avec fausse membrane; sentiment de sécheresse et de brûlures; sentiment d'une peau dans la gorge. Quelques médecins préfèrent apis à lachesis. Au début, nous préférons beiladona (T. M.) et lachesis (3° tril.), que nous alternons toutes les heures.

Bromum et bryonia sont indiqués, parce qu'expérimentalement ils produisent des fausses membranes dans la gorge. Nous retrouverons ces deux médicaments à propos du croup. Un médicament récemment indiqué par le docteur Beck est le cyanure de mercure. C'est certainement le médicament le plus efficace

de tous ceux que nous connaissons, tant contre l'angine couen- Jousset, w2ecdit. 10

neuse que contre le croup. On le prescrit depuis la troisième jusqu'à la sixième dilution, une dose toutes les heures. Ce médicament est indiqué par les symptômes suivants : fausses membranes épaisses, adhérentes, blanches ou jaunâtres, quelquefois teintes de sang, se propageant au larynx, aux fosses nasales, à la bouche, aux gencives ; couleur rouge foncé de la membrane muqueuse, dans les points où il n'y a pas de fausse membrane; symptômes de la forme putride, adynamie, faciès bouffi, odeur infecte de l'haleine et des sécrétions, jetage des fosses nasales, diminution et suppression des urines, albuminurie, paralysies prématurées, prostration extrême, défaillance rapide, hoquet continuel, anorexie invincible.

Spongia. Ce médicament a été longtemps, avec hepar sulfuns, la base du traitement du croup; mais, encore une fois, la confusion si généralement commise au commencement de ce siècle entre le croup et l'angine striduleuse ne permet pas d'accorder au spongia toutes les guérisons dont on lui fait honneur. Néanmoins les succès du brome et de l'iode ne nous permettent pas d'oublier totalement la spongia dans le traitement du croup. Voici quelles sont les indications de ce médicament : enrouement, voix faible, toux creuse et sèche, inspiration sifflante, dyspnée avec accès de suffocation, douleur dans le larynx.

Hepar sulfuris était indiqué après spongia, et quand la toux devenait plus grasse. Voici ses indications : voix faible et rauque, toux sourde et rauque, respiration sifflante, accès de suffocation avec tête renversée en arrière, douleur du larynx. Il existe quelques cas de guérison par hepar sulfuris, et le docteur Drury deLeadom le place en tête des médicaments de la diphthérie.

Bromum, préconisé par Hering, Ozanam, Meyhoffer, a été très à la mode. Richard Hughes Ta toujours trouvé infidèle. Cependant il existe des observations authentiques de guérison par ce médicament. Meyhoffer dit qu'il est indiqué contre la diphthérie généralisée. Voici des indications plus précises : épistaxis, écoulement de mucosités jaunâtres et tenace avec excoriation des narines ; inflammation du pharynx avec fausses membranes, gonflement des amygdales, engorgement des

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glandes du cou, aphonie, toux rauque et sèche, sibilante, dyspnée et accès de suffocation, douleur du larynx. Dans les expériences sur les animaux, production de fausses membranes dans le pharynx et dans le larynx. On emploie les basses dilutions.

2° période. Croup. — Ici les indications présentent deux grandes divisions : indications tirées de la fausse membrane, indications tirées du spasme et de la paralysie des muscles de la glotte.

* Phosphorus, bryonia^ hepar sulfura, iodiurn, bromum et spongia répondent à la première indication.

Moschus et sambucus répondent à la seconde ; la trachéotomie est indiquée dans les deux cas.

Hepar sulfura convient quand la toux est rauque et convulsive; éternument après la toux; respiration et voix rauque, pas d'aphonie complète ; dyspnée plutôt qu'accès de suffocation.

Phosphorus. Accidents spasmodiques plus prononcés, réveil la nuit avec accès de suffocation ; angoisse, sentiment de constriction du larynx; il existe quelques cas de guérison incontestable par ce médicament. Phosphorus répond en outre aux symptômes de paralysie.

Bryonia a donné de bons résultats; on u'a pu encore déterminer les signes qui indiquent spécialement ce médicament, et son emploi est encore un peu empirique; leD'Guriea développé des fausses membranes du larynx et de la trachée chez les animaux avec la bryone.

Les observations cliniques démontrent l'efficacité de moschus et de sambucus contre les accès de suffocation par spasme de la glotte. Moschus correspond à la constriction subite du larynx, suffocation avec désespoir ; sambucus est indiqué par l'angine, la toux rauque, les accès de suffocation avec gonflement bleuâtre de la face et du cou. Il ne faut pas hésiter à prescrire ces deux médicaments a doses massives.

China, qui possède quelques symptômes de laryngisme : — voix et toux rauques, respiration sifflante, dyspnée et accès de suffocation, — agit favorablement sur l'état général et le mou-

vement fébrile. Les allopathes doivent de beaux succès à ce médicament, et J.-P. Tessier a prescrit avec avantage le sulfate de quinine dans quelques cas déterminés. C'est principalement dans la forme putride que nous prescrivons le china. Nous employons 1 à 2 grammes de teinture pour la journée, et nous l'alternons quelquefois avec le cyanure de mercure.

La trachéotomie est indiquée par les accès de suffocation, quelle que soit la période de la maladie : que cette Suffocation soit due à l'obstacle mécanique causé par la fausse membrane, au spasme ou même à la paralysie des muscles de la glotte. La question pratique est celle du moment où il convient de faire cette opération. L'intensité croissante des accès de suffocation . est le signe qui guide le médecin dans cette question difficile : il faut relarder le moment autant que possible, en se rappelant cependant que l'opération réussit d'autant mieux qu'il n'y a pas encore de symptômes d'asphyxie.

Une incision partant du cartilage cricoïde et arrivant presque au bord supérieur du sternum, est pratiquée à la peau. On divise successivement les tissus, couche par couche, en évitant de couper les vaisseaux, et on arrive ainsi sur la trachée. Si à ce moment il existe une hémorrhagie, il faut tâcher de s'en rendre maître en liant ou en tordant les petits vaisseaux divisés. On pénètre dans la trachée avec un bistouri pointu , on divise deux ou trois cerceaux cartilagineux, on remplace le bistouri par le dilatateur, qui, à son tour, sert à introduire la double canule; c'est le temps difficile de l'opération. Un procédé, qui éloigne bien des difficultés, consiste à armer la canule d'une sonde en gomme élastique qui dépasse son extrémité de plusieurs centimètres et dont l'extrémité arrondie et douce s'introduit beaucoup plus facilement dans la plaie de la trachée. La canule est ensuite fixée à l'aide d'un ruban autour du cou du malade ; une rondelle de caoutchouc, passée préalablement sous les oreilles de la canule, protège la plaie contre le contact métallique. Immédiatement après l'opération, des mucosités et du sang s'échappent de la canillc, puis après cet orage, la respiration devient calme et sans bruit; alors on

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recouvre l'ouverture d'une gaze claire, et on entretient, à l'aide d'eau bouillante, une légère humidité dans l'atmosphère.

La canule doit être nettoyée, en retirant la canule intérieure, toutes les fois qu'il se produit des bruits intenses par la respiration. Si les accès de suffocation reparaissent, il faut retirer la canule tout entière et maintenir la plaie béante à l'aide du dilatateur, pour favoriser l'expulsion de l'obstacle qui s'oppose au libre passage de l'air. Autrement, on ne relire la canule pour faire le premier pansement que le troisième jour après l'opération.

Il faut savoir que les accès de suffocation et l'asphyxie peuvent revenir quoiqu'il n'y ait pas d'obstacle mécanique au passage de l'air. Dans ce cas, il survient soit une bronchite pseudo-membraneuse, soit une paralysie du diaphragme. On retire définitivement la canule du sixième au dixième jour. On commence par la retirer quelques heures, et on ne l'enlève définitivement que lorsque les malades respirent suffisamment par le larynx. Chez quelques malades, Fobstruction du larynx persiste quinze jours, trois semaines et plus, et, par conséquent, on est, dans ces cas, obligé de laisser la canule pendant tout ce temps.

Traitement de la forme putride» — Elle présente une mortalité énorme. Mercurius hydroscianits, arsenicum, lachesis, carbo vegetabilis, china, correspondent à la malignité, aux hémorrhagies, à la gangrène et aux symptômes d'asphyxie qui caractérisent cette forme. Arsenicum est indiqué par l'angine gangreneuse, la tuméfaction énorme des ganglions lymphatiques, l'écoulement d'un ichor putride par les fosses nasales, la paralysie du pharynx.

Lachesis répond à la gangrène de la gorge, à la suppuration et à la gangrène des ganglions sous-maxillaires, aux hémorrhagies multiples.

Carbo vegetàbilis, à la période asphyxique.

China et secale pourraient aussi être indiqués ; mais le médicament préférable est encore le cyanure de mercure. Nous l'alternons quelquefois avec china.

Traitement de la forme ataxique — Variété à marche rapide. — Nous ne possédons pas de renseignements cliniques. Belladona et slramonium sont indiqués par les symptômes cérébraux ; lachesis conviendrait peut-être contre l'ensemble de la maladie,

La variété spasmodique demande les médicaments du spasme de la glotte et ceux de la paralysie des muscles respiratoires. Nous avons indiqué les premiers dans le traitement de la deuxième période de la forme commune. Phosphorus, plumbum, secale cornutum, arsenicum, sont indiqués par la paralysie. Enfin la faradisation des nerfs phréniques devrait être tentée contre la paralysie prématurée du diaphragme et dans les accès de suffocation souvent mortels qui sont liés à cette paralysie.

Paralysie consécutive. — Rhus toxicodendron est indiqué par la paralysie du pharynx : symptômes d'étranglement en avalant un liquide, engourdissement du bout des doigts, paralysie incomplète et progressive des membres inférieurs, avec refroidissement, fourmillement et tremblement; paralysie du rectum et de la vessie; paralysie des paupières; enfin, il y a des faits cliniques en faveur de ce médicament.

Secale cornutum et plumbum répondent en outreaux symptômes d'atrophie musculaire. Nous citerons encore phosphorus, arsenicum et china, enfin Y électricité, dont l'action favorable ne saurait être contestée.

Dans une maladie aussi grave que la diphthérie, nous croyonsencore devoir signaler quelques moyens empiriques qu'on pourra essayer quand le traitement régulier sera inefficace. Le docteur Triduau a préconisé le copahu et surtout lepotvre cubèbe à très-haute dose; alterner toutes les deux heures une cuillerée de sirop de copahu et une cuillerée de sirop simple contenant de 50 centigrammes à 1 gramme de poivre cubèbe. Il a cité un certain nombre de succès obtenus à l'aide de ce mode de traitement:

Le docteur Abeille vante par-dessus tout les fumigations de cinabre dans la chambre du malade. Dans un vase à large ouverture, contenant de l'eau en ébullition, on projette, toutes

Dysenterie. — forme commune. 295

les deux heures , 2 grammes de cinabre. C'est , en fin de compte, un traitement par mercurius.

Moyens locaux. — La cautérisation qui avait été proposée comme un moyen infaillible, et qui avait été acceptée d'enthousiasme par la généralité des médecins, est aujourd'hui abandonnée par Trousseau lui-même. Cependant, nous croyons que Ton peut retirer quelques avantages de certaines applications externes. Les gargarismes contenant 1 gramme de bromure de potassium, pour 200 grammes d'eau (docteur Emery) ; l'insufflation d'une poudre composée de sucre de lait et d'acide arsénieux dans la proportion d'un dix-millième ; les onctions sur la peau du cou avec la teinture d'iode et l'onguent mercuriel peuvent rendre quelques services dans le cours d'une maladie, dont le traitement régulier n'est point encore définitivement arrêté.

Soins hygiéniques. — Il est fort important d'alimenter les malades atteints de diphthérie et de maintenir dans leur chambre une chaleur douce et rendue un peu humide par l'eau tenue en ébullition. L'usage du vin ou de l'alcool, surtout pour les malades qui ne veulent pas manger, est conseillé par la plupart des médecins.

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