COQUELUCHE
La coqueluche est une maladie épidémique et contagieuse ; elle est caractérisée, à sa période d'état, par des accès de toux quinteusc, composés d'un nombre considérable de petites expi-
rations, suivies d'une inspiration longue et sonore, et terminées par un effort de vomissement. Cette maladie est contagieuse; elle n'atteint qu'une seule fois le même individu pendant sa vie, elle est presque toujours épidémique.
Les médecins se sont surtout préoccupés des modifications imprimées à la coqueluche par l'influence épidémique plutôt que de l'étude des formes de cette maladie, en sorte que nous n'avons pas les éléments nécessaires pour décrire les formes de la coqueluche.
Nous avons observé fréquemment une forme bénigne, caractérisée par le petit nombre des quintes, et par une guérison rapide de la maladie. Existe-t-il une forme maligne? Nous ne pouvons trancher cette question, et les preuves nous manquent pour la discuter. Nous nous contenterons d'avoir mentionné la forme bénigne et nous décrirons la forme commune de cette maladie.
Forme commune. — Cette forme présente habituellement trois périodes : période d'invasion, période d'état et période de déclin.
Période d'invasion ou de bronchite. — La coqueluche débute comme le catarrhe pulmonaire aigu : toux sèche et incessante, coryza, larmoiement, enrouement; mouvement fébrile plus ou moins fort, revenant quelquefois sous le type tierce, puis la toux devient moins fréquente, en même temps qu'elle prend de plus en plus le caractère des quintes ; le mouvement fébrile tombe, et les malades arrivent à la deuxième période.
Cette première période a une durée habituelle de quinze jours; elle peut se prolonger plus d'un mois ou ne durer qu'une semaine; elle peut manquer complètement. Sa durée est d'autant moins longue que les enfants sont plus jeunes.
2e période. Période convulsive. — La quinte devient complète avec ses inspirations sonores et prolongées qui ne permettent pas de méconnaître la maladie quand on l'a observée une fois.
La quinte complète se compose de plusieurs accès séparés par cette inspiration, et elle ne se termine définitivement que lorsqu'elle a déterminé, dans un effort violent, un vomissement de crachats, de bile ou d'aliments. Pendant la quinte les enfants se redressent dans leur lit, se cramponnent aux objets ou aux personnes qui les entourent ; leur face rougit fortement. Dans les fortes quintes les lèvres deviennent violacées, les yeux pleurent, le sang s'échappe par le nez, et il peut se produire des ecchymoses sous-conjonctivales. Après la quinte, l'enfant reste un instant accablé, puis il se remet complètement. Presque toujours les quintes sont annoncées par un sentiment de malaise, un chatouillement dans la gorge et quelquefois un râle trachéal perceptible à distance.
Les quintes durent un quart, une demi-minute, et jusqu'à deux minutes ; leur nombre varie beaucoup; il y en a souvent vingt ou trente en vingt-quatre heures. J'ai observé un enfant qui avait des quintes tous les quarts d'heure; elles sont tantôt plus fréquentes la nuit, tantôt plus fréquentes le jour.
Quand la maladie commence à décroître, les quintes s'éloignent; elles décroissent en nombre, mais elles augmentent d'intensité; la toux devient plus grasse; les malades; vomissent des crachats très-épais ; puis les quintes deviennent moins fortes : elles s'éloignent encore, et les malades arrivent insensiblement à la troisième période. Cette période convulsive dure de six semaines à trois mois.
La 3e période est caractérisée par une toux catarrhale avec expectora lion de crachats épais. Dans beaucoup de cas, elle se prolonge plusieurs mois, et alors il n'est pas rare devoir reparaître de loin en loin de véritables quintes de coqueluche. Quelques enfants, qui ont été fortement atteints, reprennent des quintes de coqueluche pendant plusieurs années toutes les fois qu'ils sont enrhumés. Telle est la marche de la coqueluche lorsqu'elle est exempte de complication. Sa terminaison est la guérison. Cependant, on cite quelques cas où la mort a eu lieu subitement pendant une très-forte quinte.
La complication la plus fréquente de la coqueluche est la
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bronchite grave ou pneumonie tabulaire. Elle se développe le plus souvent pendant la seconde période, et, en dehors du traitement homœopathique, elle se termine souvent par la mort. Cette bronchite est d'autant plus grave que les enfants sont plus jeunes et qu'ils ont eu la rougeole quelque temps avant la coqueluche.
Cette complication se reconnaît facilement au mouvement fébrile, aux modifications de la toux qui devient d'autant moins quinteuse que la bronchite est plus grave; enfin, aux signes fournis par l'auscultation.
Le spasme de la glotte et Fédampsie sont encore deux complications de la coqueluche. C'est presque toujours dans la deuxième période qu'on les observe; elles sont extrêmement graves; Rilliet et Barthez disent qu'il est très-rare de sauver un enfant au-dessous de deux ans atteint de convulsions dans le cours de la coqueluche.
L'épistaxis pendant les quintes constitue rarement une complication sérieuse ; ce fait s'est néanmoins produit quelquefois.
L'anasarque a été observée dans certaines épidémies. Sa marche et ses symptômes ressemblent à ceux de l'anasarque scarlatineuse ; on n'a pas examiné les urines.
La coqueluche, comme la rougeole, est souvent suivie de phthisie, de méningite tuberculeuse ou d'une autre affection scrofuleuse.
Etiologie. — La coqueluche est contagieuse et souvent êpidémique; elle règne fréquemment en même temps que la rougeole et que les oreillons ; elle suit souvent, ou précède la rougeole chez le même malade; comme les fièvres éruptives et les oreillons, elle ne sévit qu'une fois chez la même personne. La coqueluche peut se développer à tout âge; cependant, c'est une maladie presque exclusivement propre à l'enfance. J'en ai vu un cas chez un enfant de 15 jours. Rilliet l'a observée le jour même de la naissance ; mais la mère avait la coqueluche. Très-rare jusqu'à 6 mois, cette maladie est surtout fréquente depuis 1 an
jusqu'à 5. La prédisposition à la coqueluche n'est pas aussi fréquente que la prédisposition à la rougeole ; aussi beaucoup d'enfants échappent à la contagion , même étant frères et sœurs. Toutes les causes de rhumes peuvent être l'occasion du développement de la coqueluche.
La coqueluche est contagieuse tant que les quintes persistent.
La dentition est une circonstance fâcheuse, parce que c'est presque toujours chez les enfants en dentition que la coqueluche se complique de convulsions.
Traitement. — 1re période. — Aconitum, belladona et ipéca, sont les trois principaux médicaments de celte période. On trouvera leur indication au traitement de la bronchite.
2e période. — Cina, drosera, belladona, x>eratrum,sulfur%cuprum et coccus cacti, sont les médicaments de cette période. Cina est celui qui m'a le plus souvent réussi ; il est indiqué chez les enfants gros, rouges, scrofuleux par des quintes bien complètes et par un prurit nasal très-marqué. Drosera convient dans les mêmes circonstances ; les épistaxis pendant la quinte et les vomissements alimentaires excessifs feront préférer ce médicament. Belladona convient pour des quintes moins franches, quand le malaise qui précède la quinte est extrêmement marqué ; le médicament trouve surtout son emploi dans la période intermédiaire entre la première et la seconde. Je me suis souvent bien trouvé de donner belladone la nuit et cina le jour. Veratrum correspond à des quintes bien développées chez des enfants pâles et cachectiques ; la diarrhée précise encore l'indication de ce médicament. Sulfur a été vanté par un certain nombre de médecins homœopathes. Cuprwn est un excellent médicament dans la coqueluche ; il convient aux quintes excessives avec menace d'asphyxie. Il m'a toujours réussi contre les complications convulsives si graves dans la coqueluche. Cocus cacti est indiqué par le caractère extrêmement spasmodique des quintes et par des urines pâles, claires et sans dépôt. On a encore préconisé conium, ambra, eoràlia, sepia et stlicea.