ÉCLAMPSIE
L'éclampsie est une névrose caractérisée par des attaques qui diffèrent de l'épflepsie par une plus grande prédominance des convulsions cloniques et habituellement par une marche plus aiguë et une durée beaucoup moins longue.
L'éclampsie a été confondue avec Tépilepsie par un grand nombre de médecins et décrite sous le nom à'épilepsie aiguë.
Cette confusion s'explique facilement si l'on considère que la forme apyrétique, quand elle se prolonge, est très-difficile à distinguer de l'épilepsiè et qu'elle se transforme quelquefois en cette maladie.
Des convulsions tout à fait analogues à celles de l'éclampsie se développent comme affections symptomatiques dans un grand nombre de maladies : méningite de la première enfance; encéphalite circonscrite du cerveau ; paralysie générale ; démence ; empoisonnement par le plomb, l'aethusa, lecoriaria,etc, et enfin, dans toutes les maladies caractérisées par la présence de l'albumine dans Turine et dans lesquelles on observe les rétentions de l'urée dans le sang. Peut-être sera-t-il démontré, un jour, que Yéclampsie essentielle, c'est-à-dire celle qui survient pendant la dentition et la grossesse, tient à une modification de l'organisme très-analogue à l'albuminurie.
Nous devons donc nous demander s'il existe véritablement une éclampsie essentielle et si les convulsions des enfants en dentition et celles des femmes enceintes, ne seront pas rattachées un jour à un état de l'organisme semblable à celui qui est caractérisé par la présence de l'albumine dans les urines et l'absence d'urée? Peut-être tous ces accidents convulsifs pourront être rapportés un jour à une seule. cause pathologique.
Aujourd'hui l'explication qui a prévalu est celle qui rend compte des accidents convulsifs et comateux de l'éclampsie par la rétention dans le sang de l'urée en nature, urémie ; ou de ce sel décomposé en carbonate d'ammoniaque, ammoniémie. Cette explication n'est encore qu'une hypothèse, et l'auteur de l'article éclampsie du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales a établi que des analyses exactes démontraient plutôt une diminution qu'une augmentation de l'urée et de l'ammoniaque dans le sang.
Les expérimentations faites sur les animaux ont prouvé de plus que l'injection d'urée et du carbonate d'ammoniaque dans les veines ne produisait pas d'éclampsie.
Division. — L'éclampsie présente deux formes : la forme commune et la forme apyrètique.
I. Forme commune. — Elle est caractérisée par un mouvement fébrile fort intense qui précède et accompagne les convulsions; elle présente deux variétés .-éclampsie des enfants; éclampsie des femmes pendant Yétat puerpéral.
1° Eclampsie des enfants. — Un enfant en travail de dentition est pris de. malaise, de céphalalgie et de vomissements; presque aussitôt la lièvre s'établit, caractérisée par une chaleur considérable, un pouls très-fréquent et vibrant. Après quelques heures de ce mouvement fébrile, les convulsions éclatent, précédées quelquefois d'un cri initial : le regard devient fixe; la face rougit, les yeux et la bouche sont pris de convulsions cloniques, les membres sont le siège de mouvements violents et alternatifs de flexion et d'extension entremê-
lés de pronation exagérée. Les convulsions chniques interviennent irrégulièrement ; elles immobilisent la face dans une contraction horrible; fixent l'œil dans le strabisme; entraînent la tête dans la flexion ou la rotation ; maintiennent dans une extension forcée les membres inférieurs ; dans la flexion, mais surtout dans la pronation exagérée, les membres supérieurs, la main fermée, le pouce incarcéré dans la paume de la main. En même temps, les muscles du tronc sont pris des mêmes désordres : les convulsions cloniques produisent la respiration précipitée, Técume à la bouche; les convulsions toniques immobilisent le thorax, ferment spasmodïquement la glotte, produisent l'asphyxie commençante et la turgescence de la face. Les convulsions toniques, les spasmes, dominent toujours sur les muscles respirateurs. Le grand caractère des convulsions éclamptiques, c'est d'être beaucoup plus prononcées d'un* côté du corps, ce sont des hémi-convulsions.
Pendant l'accès convulsif, le pouls s'acbélère de plus en plus, devient très-petit, et finit par disparaître. La respiration est pénible, suspirieuse, accompagnée de plaintes saccadées pendant l'expiration.
Les pupilles se dilatent, comme dans l'épilepsie, au début de l'accès ; elles se contractent ensuite et restent contractées tout le temps de sa durée ; mais, si les symptômes asphyxiques sont très-prononcés, elles se dilatent.
Après l'accès convulsif, le malade tombe dans le coma. Le pouls est encore agité, la respiration plainlive; de loin en loin quelques mouvements convulsifs isolés, dans un muscle de la face ou des membres ; grande agitation ; quelquefois hallucination effrayante et délire.
Le plus souvent, la maladie est constituée par un accès," l'esprit s'éveille peu à peu, le pouls tombe, la peau devient fraîche et tout est fini. D'autres fois, la connaissance revient complètement, mais le mouvement fébrile continue et le malade a un second et même un troisième accès, à quelques heures de distance.
A un degré plus élevé, les accès se succèdent à intervalles très-courts, recommençant toujours par la fixité du regard ef
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les convulsions des muscles de la face. L'attaque est alors constituée de la manière suivante : convulsions, coma, retour de la connaissance, puis retour de la convulsion. Les accès sont subintrants.
Dans un degré encore plus élevé, les malades ne reprennent pas connaissance dans l'intervalle des accès ; il y a succession continue de convulsions et de coma ; c'est Y état de mal éclamptique. Quelquefois-, dans l'intervalle des grandes convulsions, on voit apparaître des accès incomplets, de petites convulsions.
La durée de la maladie est de quelques heures à quelques jours, en comptant depuis le début de la fièvre. La durée de l'accès convulsif varie de cinq minutes à une demi-heure.
La terminaison est presque toujours heureuse ; quelquefois il reste une hémiplégie habituellement passagère ; mais cependant persistante, dans quelques cas rares; plus rarement encore, les facultés intellectuelles restent diminuées.
La mort arrive par asphyxie lente, par suffocation quand il y a spasme de la glotte; par syncope. Très-rarement une hémôrrhagie méningée amène la mort par compression cérébrale.
2° Eclampsie des femmes eh état puerpéral, — Elle diffère descelle que nous venons de décrire par une plus grande intensité et par la rapidité du début. Cette variété es habituellement annoncée par des prodromes extrêmement importants et que les médecins ne doivent pas perdre de vue. La céphalalgie, le trouble de la vision, l'angoisse épigastrique et un certain degré de dyspnée.
L'affaiblissement de la vue est, de tous ces signes, le plus important, et il annonce presque à coup sûr une attaque d'éclampsic. Souvent un vomissement annonce le début de la maladie..
Vétat de mal est habituel dans l'éclampsie puerpérale. Cette variété est extrêmement grave; elle se termine fréquemment par la mort. Le professeur lmbert-Gourbeyre a tiémontré que l'éclampsie puerpuérale était toujours liée à l'existence d'une néphrite parenchymateuse»