II. Forme apYréTiquk. — Cette forme est caractérisée par
le retour à période irrégulière d'accès d'éclampsie , par l'absence de fièvre; par une durée relativement longue, qui atteint souvent deux et trois semaines, et exceptionnellement plusieurs mois.
Le plus souvent, le même sujet présente, pendant le cours de la maladie, plusieurs variétés d'accès : grandes convulsions, petites convulsions et accès incomplets.
Les grandes convulsions ressemblent à celles que nous avons décrites dans la forme commune, seulement elles ne s'accompagnent point de fièvre.
Les petites convulsions sont bornées à un membre, le plus souvent à la face, mais toujours il a spasme de la glotte; d'où teinte violacée des lèvres et quelquefois écume à la bouche. Dans un degré même avancé, la connaissance est conservée; enfin, quelquefois tout se borne à quelques tressaillements convulsifs dans un membre.
Les accès avec conservation de la connaissance prennent le nom d'accès incomplets.
Cette forme d'éclampsie est compatible avec les apparences de la santé; elle se transforme quelquefois par degrés insensibles en véritable épilepsie.
Anatomie pathologique. — On trouve les signes de la mort
par asphyxie lente ou par suffocation. Les lésions propres à Téclampsie ne sont pas encore bien déterminées. La physiologie expérimentale indiquerait une lésion de la moelle allongée; congestion ou anémie. Le plus souvent on rencontre une forte congestion des membranes et de la face convexe des hémisphères; avec œdème du cerveau, quelquefois une hémorrhagie arachnoïdiennc. Cette hémorrhagie constitue un kyste siégeant le plus souvent au niveau de la face pariétale; ce kyste, plus ou moins adhérent au feuillet pariétal de l'arachnofde, peut toujours en être séparé (Ozanam) en laissant la séreuse, ou plutôt la couche épithéliale qui la rempl&ce, parfaitement intacte. Le sang de ce kyste subit les transformations habituelles, remplacé d'abord par de la sérosité, il est résorbe complètement après un temps variable.
Etiologie. — Les enfants d'une même famille sont sujets aux convulsions. Les mères hystériques ont souvent des enfants atteints d'éclampsie.
L'éclampsie survient surtout pendant la première dentition, rarement pendant, la seconde. Les filles y sont plus exposées que les garçons.
L'éclampsie puerpérale se manifeste pendant l'accouchement, mais elle peut éclater dans tout le cours de la grossesse, J'en ai observé un cas, suivi de mort, pendant le premier mois.
L'insolation, les émotions morales, même celles de la nourrice, les indigestions surtout, sont des causes occasionnelles puissantes de l'éclampsie.
Traitement. — Prophylaxie. La prophylaxie consiste à éviter les causes prédisposantes et les causes occasionnelles.
Parmi les causes prédisposantes, les seules sur lesquelles nous ayons quelque action sont le choix de la nourrice et le sevrage. On devra rejeter avec soin les nourrices qui présentent quelques symptômes d'hystérie, celles qui ont été sujettes à la chorée ou qui présentent actuellement des tics ou des signes évidents d'une névrose quelconque.
Le sevrage prématuré a aussi sur la production de l'éclampsie une influence fâcheuse, soit par la cessation de l'alimentation naturelle à cet âge, soit parce qu'il conduit à donner aux enfants en bas âge une nourriture trop forte, qui devient l'occasion d'indigestions fréquentes.
Il est peu de maladies dans lesquelles les causes occasionnelles jouent un rôle aussi important que dans l'éclampsie. Les enfants et les femmes en état de grossesse et de parturition devront donc être entourés de toutes sortes de précautions, afin de leur éviter l'action de ces causes. Ces précautions devront, pour l'enfant, s'étendre jusque sur la nourrice, puisqu'elle peut, par l'intermédiaire de son lait, communiquer à son nourrisson l'influence des causes de l'éclampsie. On doit se rappeler que, pour les enfants surtout, les causes occasionnelles principales sont les indigestions et les douleurs. L'inso- Jousset. 2° édit. 29
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lation et les émotions morales sont des causes communes aux femmes grosses et aux enfants.
Comme médication prophylactique, nous conseillons pour les enfant l'usage fréquent des bains tièdes, la liberté du ventre et l'usage de la chamomille à la 6* dilution.
Pour les femmes enceintes, les bains ont aussi une certaine influence préservatrice. On doit y joindre un exercice modéré; un régime qui exclut les excitants, le café et principalement le vin ; il faut éviter la constipation. La belladone à dose homœopathique remplace ici la chamomille.
Le régime lacté est le meilleur traitement prophylactique de Yéclampsie puerpérale et vrémique, quand l'albumine et l'œdème permettent de prévoir les convulsions, la femme doit être mise à l'usage exclusif du lait jusqu'à la disparition de l'albumine.
Traitement de la forme commune.— Période de prodromes. — Les médicaments principaux sont : aconitum, chamomilla, belladona, ipéca, xthusa, ignatia,cina.
Accès convulsifs isolés. — Belladona, hyosciamus, stramonium, seihusa, ignatia, cina.
Convulsions continues ou état du mal éclamp tique. — Les précédents et, de plus, le chloroforme, la compression des carotides.
Coma trop prolongé, — Opium et zincum; quelquefois les révulsifs prompts et énergiques, comme le marteau de Mayor.
Traitement de la forme apyrétique. — Accès complet.— Les mêmes que précédemment, de plus calcarea carbonica, cuprum, mercurius, stannum, tarentula. Accès incomplet, c'est-à-dire convulsions partielles avec conservation de la connaissance. — Cina, platina, stramonium.
Aconitum est indiqué avant les convulsions contre le mouvement fébrile avec forte chaleur. Pouls grand et fréquent; forte soif et agitation.
Belladona, hyosciamus ^ stramonium et xthusa conviennent pendant les prodromes fébriles, contre les accès isolés et pendant
l'état de mal. Ils répondent à l'insolation comme cause occasionnelle, aux hallucinations effrayantes et à la dilatation des pupilles comme symptômes accessoires, aux convulsions épileptiformes avec perte de connaissance.
Belladona convient mieux si la face est très-rouge et si les carotides battent fortement.
Hyosciamus est indiqué par une salivation abondante, par les convulsions qui changent de côté, par les secousses isolées dans les membres pendant l'intervalle des attaques, par l'état de mal avec pâleur de la face.
Stramonium est indiqué par la prédominance des convulsions toniques, la difficulté de la parole et de la déglutition ; une chaleur ardente, un pouls petit, vite, fréquent et irrégulier ; une soif qui fait boire beaucoup à la fois.
Ces trois médicaments sont encore indiqués lorsque les convulsions sont rappelées par un simple attouchement, par la vue d'un objet brillant, par l'action de boire. C'est surtout hyosciamus quiestindiquédans les convulsions rappelées par l'action de boire, et c'est stramonium qui convient le mieux quand les convulsions sont excitées par un simple attouchement. Ce caractère des convulsions du stramonium joint à la prédominance des spasmes toniques rapproche beaucoup ce médicament de Yignatia, dont il sera question un peu plus loin.
ASthusa cynapium est indiqué par une face bouffie et marbrée de rouge, par le ballonnement du ventre, un pouls petit, dur et fréquent, la peau conservant sa température naturelle. Les convulsions de Vxthusa diffèrent de celles produites par les solanées, parce qu'elles ne semblent pas être provoquées par le contact, la vue des objets brillants, et l'action de boire; mais ce point de la pathogénésie de Yœthusa est encore douteux.
La coriariamyrtifolia, qui est encore très-peu étudiée, doit être rapprochée deVxthusa cynapium; elle serait indiquée principalement dans l'état de mal éclamptique avec prédominance des spasmes toniques ; par une sorte de tétanos, mais avec perte de connaissance.
Le chloroforme se rapproche beaucoup des médicaments pré-
cédents. Il convient seulement dans l'état de mal et est indiqué par un pouls très-fréquent» très-petit ou insensible.
Chamomilla est indiqué surtout pendant la dentition et à la suite d'une colère. C'est un médicament des prodromes et des convulsions isolées, les joues pâles, ou une joue rouge et l'autre pâle ; la diarrhée semblable à des œufs brouillés caractérise son action.
Ignatia répond aux suites d'un chagrin. Les convulsions sont surtout toniques avec beaucoup de tremblement. Le spasme de la glotte est très-prononcé. Elles sont excitées par l'attouchement, le changement de position, le bruit, la surprise; elles s'accompagnent d'accès fréquents de chaleur et de rougeur de la face.
Ipéca convient à la suite d'indigestion, au début de la maladie surtout, lorsque la peau reste froide.
Opium, à la suite d'une peur; mais surtout contre le coma prolongé, avec faciès rouge, tuméfié, respiration stertoreuse, apparence apoplectique ; il convient surtout chez les femmes en couche.
Zincum dans les mêmes cas, mais plutôt chez les enfants et si le coma est interrompu par des cris aigus (Jahr).
Plumbum, encore mal étudié, nous semblerait convenir dans cette période comateuse.
Calcarea convient davantage dans la forme apyrétique causée par une dentition laborieuse et retardée; les accès surviennent surtout la nuit et ressemblent à ceux de l'épilepsie.
Mercurius convient dans la forme apyrétique. Il est indiqué par une diarrhée verdâtre, le ballonnement du ventre, le prurit du nez. La clinique de Trousseau contient un cas remarquable de guérison par calomelas à dose excessivement faible.
Cina, platina, stramonium et tarentula conviennent aux accès ncomplets. Le premier est surtout indiqué par les convulsions partielles de la face, par les symptômes vermineux, par la toux convulsive, la colique avec diarrhée.
Platina répond à des convulsions plus étendues avec prédominance du trismus et de spasmes toniques, pâleur après
l'accès, conservation de la connaissance pendant les convulsions.
Stannum, dans des cas analogues, mais avec rougeur de la face et chaleur brûlante de la peau. Tarentula^ tremblement; mouvements choréiformes.
Ces médicaments doivent être administrés à dilution moyenne 3 à 12, dissous dans l'eau, par cuillerée, tous les quarts d'heure, toutes les demi-heures, ou à des intervalles plus éloignés, suivant Tintensité des accidents.
Le chloroforme sera administré par inhalation, de la manière suivante. Un flacon débouché est maintenu sous les narines pendant quelques inspirations, puis éloigné et rapproché de nouveau. L'effet produit par l'inhalation sert de guide pour sa durée ; si les convulsions sont diminuées ou augmentées, on doit interrompre un instant ; si elles ne sont pas modifiées, on doit élever la dose, c'est-à-dire la durée de l'inhalation. On suspend le chloroforme quand l'accès est passé. On y renonce s'il est sans effets sur les convulsions.
Je dois à ce moyen des succès très-nombreux.
La compression des carotides se fait du côté opposé à celui où prédominent les convulsions ; ce moyen ne doit pas être prolongé au delà d'une minute. On peut y revenir souvent, mais il faut y renoncer s'il ne suspend pas les convulsions.
L'affusion froide sera donnée doucement sur la tête, le reste du corps étant plongé dans un bain tiède. Quelques médecins donnent une affusion froide sur tout le corps. On pourrait tenter ce moyen quand il y a encore les chances d'une bonne réaction et que Yétat convulsif résiste aux autres moyens. Le marteau de Mayor doit être appliqué dans l'état de coma prolongé avec asphyxie croissante, quand l'hydrothérapie n'est plus praticable et que les médicaments sont restés sans effet.
L'éclampsie. développée à la fin de la grossesse présente une indication particulière : l'accouchement prématuré et la délivrance rapide.
L'incision des gencives pourra être tentée quand la douleur causée par une dent près de sortir S'era la cause de l'éclampsie.
La chambre des malades doit être aérée, la température fraîche. La boisson se compose d'eau fraîche, les vêtements et les maillots doivent être complètement relâchés ; les malades sont tenus à une diète absolue tant que l'état convulsif persiste. Dans la forme prolongée, qui peut durer plusieurs semaines, il faut se contenter d'une alimentation légère.