SYPHILIS. — FORME MALIGNE OU PHAGÉDENIQUE
Cette forme siège presque constamment sur les parties génitales ; cependant elle peut se développer à la face. Malgré le caractère excessivement contagieux du pus de la syphilis bénigne, cette forme ne se transmet presque jamais â l'enfant pendant l'accouchement.
II. Forme* maligne ou phagédénique. — Caractérisée par le phagédénisme de l'ulcération primitive, par l'absence à peu près complète d'affections consécutives et par une cachexie très-considérable.
Cette forme débute d'une irçanière insidieuse; il n'existe d'abord qu'un chancre sans caractère particulier, et qui se cica'trise rapidement quand il ne doit pas devenir lui-même le point de départ de phagédénisme. Dans ce cas, c'est le bubon suppuré qui devient le siège de l'ulcération serpigineuse. Néan-* moins, quel que soit son point de départ, l'ulcère s'allonge, ses lèvres s'amincissent, se frangent, se contournent, bordées d'un limbe diffus, sombre et livide; le fond mollasse, saignant, grisâtre ou parsemé de crêtes fongueuses, de détritus pultacé, et baigné dans ses anfractuosités d'une sanie de mauvaise nature. Quand il a acquis une certaine étendue, il continue à s'ac* croître seulement par une de ses extrémités, tandis que l'autre présente, des rudiments de cicatrisation. C'est ainsi que, rampant de proche en proche et contournant sous forme de spire les régions sur lesquelles il est placé, cet ulcère sordide détruit des portions considérables du gland, perfore l'urèthre, et, sur les membres, dénude quelquefois les os et les tendons. De temps en temps une tendance à la cicatrisation se manifeste 4 celle-ci même est quelquefois presque complète. Puis le travail d'ulcération recommence, détruit la cicatrice et continue sa marche envahissante. Ces ulcérations sont excessivement douloureuses et accompagnées de la formation d'un pus qui reste indéfiniment inoculable. Sous l'influence des douleurs et d'une ulcération qui dure des années, la cachexie se prononce avec des œdèmes, des hémorrhagies, et la mort est assez souvent la terminaison de cette forme de la syphilis; d'autres fois elle guérit après des années, et laisse au malade des cicatrices
indélébiles, et souvent des infirmités. Quelquefois on voit apparaître, après des années, quelques accidents secondaires insignifiants ; mais le plus souvent toute la maladie se trouve concentrée dans l'évolution de l'ulcère primitif.
III. Forme commune. — Elle présente révolution complète de la maladie; c'est la syphilis classique. On a divisé la succession de ses symptômes en trois périodes : accidents primitifs, secondaires et tertiaires. Ajoutons un état cachectique qui peut se développer pendant le cours des accidents constitutionnels.
Le point de départ constant de la forme commune est le chancre. Ce chancre, qui apparaît le plus souvent quelques semaines après l'infection, commence par une rougeur bientôt papuleuse ou pustuleuse, remplacée par une ulcération qui, dans les premiers jours, n'offre pas de caractères spéciaux.
Quand le chancre est produit par l'inoculation d'accidents secondaires, l'incubation est bien plus longue : elle est souvent de quatre semaines, et l'ulcération débute habituellement par une véritable papule.
Dans les semaines qui suivent, le chancre subit très-souvent des modifications importantes : il ^induré ou se transforme en plaques muqueuses, en même temps que la pléiade ganglionnaire s'engorge. Induration, plaques muqueuses, engorgement ganglionnaire, sont des signes certains de syphilis constitutionnelle.
h1 induration peut être profonde, induration huntérienne : elle donne la sensation d'une lentille doublant l'ulcération; elle peut être superficielle, parcheminée, annulaire, sous forme d'un bourrelet; enfin elle peut manquer complètement au coi de l'utérus et à l'anus. Cette induration manque fréquemment chez la femme , où la transformation suivante est plus fréquente.
Plaques muqueuses. — Le chancre, pendant sa période de cicatrisation, devient plus saillant, s'entoure d'un bourrelet lisse et rose, tandis que le centre grisâtre et non cicatrisé présente encore les caractères du chancre. Enfin la cicatrisation,
marchant de la circonférence au centre, transforme le chancre en une saillie tuberculeuse, régulière, recouverte entièrement d'une pellicule rosée et suintante.
Enfin Y engorgement ganglionnaire est le compagnon obligé du chancre, et il lui survit; ces engorgements suppurent bien plus rarement que dans la forme bénigne.
Symptômes secondaires. — Ils se divisent naturellement en trois périodes : prodromes, éruptions et lésions organiques. Les prodromes consistent en malaise, mouvement fébrile indéterminé, lassitude, céphalalgie, alopécie ; la peau est terne, flétrie; le visage vieilli; puis les éruptions commencent de la sixième semaine au troisième mois, depuis le chancre primitif, par la roséole; éruption exanthématique apparaissant d'abord sur la poitrine, et se généralisant bientôt. Le lichen^ caractérisé par des papules isolées; \&varicelle, dont la lésion est une vésicule ombiliquée ou non, et entourée d'un cercle livide, sont des éruptions contemporaines. Signalons encore, dans cette période,- le mal de gorge , avec plaques muqueuses ; les croûtes du cuir chevelu, avec chute des cheveux et développement* des ganglions de la nuque et du cou ; la mentagre, mais surtout la couronne de Vénus, éruption siégeant au front et constituée à la fois par. un exanthème, des papules et des vésicules.
A une époque plus éloignée du début appartiennent : les éruptions squameuses de la paume des mains et delà plante des pieds, analogue au psoriasis; les syphilides pustuleuses , et en particulier Yecthyma, pustules ou groupe de pustules reposant sur un fond violacé, déterminant une ulcération profonde et des cicatrices indélébiles; Yecthyma siège habituellement aux membres inférieurs; les syphilides tuberculeuses de la peau ou des muqueuses, constituées par des noyaux intra-épidermiques de la peau ou des muqueuses, terminées par des ulcérations profondes avec destruction des parties ; quelquefois dénudation et carie des os : c'est le lupus syphilitique. A cette période appartiennent encore Yonyxis, affection de la matrice de l'ongle; Yiritis, avec son anneau vascul^ire caractéristique ; enfin le sarcocèle syphilitique, dû à l'épaississement inégal et comme
Iousset, 2e édit. 4-
noueux du tissu des testicules; plus tard, cette altération se généralisant, transforme le testicule en une tumeur dure, uniforme, qui peut se ramollir et suppurer par places; les deux testicules sont habituellement pris successivement ou simultanément.
Les symptômes secondaires de la syphilis sont contagieux* Ce fait a été mis hors de doute et par des faits cliniques incontestables et par des inoculations.
Symptômes tertiaires. — Plus tardifs quelles précédents, plus profonds et plus graves, ils ne sont plus contagieux.
La peau ne présente guère qu'une affection à cette époque : c'est le rupia avec ses croûtes coniques, épaisses, concentriques et verdâtres. La lésion la plus fréquente siège da'ns le tissu cellulaire : c'est la gomme syphilitique, tumeur arrondie de la grosseur d'une cerise à celle d'une noix, suppurant lentement, difficilement, et donnant lieu à des ulcérations interminables. Le système musculaire est le siège des contractures; ces contractures peuvent siéger aux sphincters. Le système osseux est atteint directement dans cette période : ce sont d'abord les douleurs ostéocopesi aggravées par la chaleur du lit; des périostoses, des exostoses, des caries, des nécroses. Parmi les principales affections produites par l'ostéite syphilitique, citons la perforation de la voûte palatine , la carie du vomer% des os propres du nez} de Yapophyse montante An maxillaire supérieur, de la voûte orbitaire, du bord alvéolaire des maxillaires, d'où naissent des infirmités incurables.
A une époque plus avancée apparaissent des affections viscérales dont chacune constitue des maladies graves : c'est la phthisie laryngée et la phthisie pulmonaire, dont la lésion est constituée par des ulcérations et des gommes syphilitiques; les tumeurs syphilitiques du cœur, du foie, des reins, des ovaires, des vésicules séminales ; puis des scléroses du tissu nerveux qui, suivant leur siège, déterminent des symptômes d'ataxielocomorice, d'aliénation mentale, des accidents choréiformes et épileptif ormes.
La cachexie survient plus ou moins tardivement, quelquefois