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SCROFULE

Sous le nom de strumeê, les anciens ne décrivaient que les écrouelles. L'espèce scrofule a été constituée par Sauvages et Kortum. Perdue par l'école organicienne, elle a été rétablie parTessier et Milcent. Bazin n'a fait que copier et amplifier ce dernier auteur,

Définition* — De Tordre des maladies constitutionnelles, la scrofule est constituée par des affections multiples ayant pour caractères principaux : la tendance à la chronicité, à l'ulcération, ft la suppuration et à la formation de matières tuberculeuses, principalement dans les ganglions lymphatiques. Les principales affections scrofuleuses sont : les écrouelles, les ophthalmies, les caries, les tumeurs blanches, les affections cutanées et la phthisie pulmonaire.

Division. — La scrofule présente quatre formes à étudier: la forme commune, la forme bénigne, la forme maligne et la forme fixe primitive. Nous rejetons la forme larvée de Bazin, attendu que les cas qui la constitueraient rentrent dans la forme maligne ou n'appartiennent à aucun titre à l'histoire de la scrofule.

I. Forme commune. — Elle est caractérisée par l'évolution complète de la maladie, par une marche chronique à longue période, par la multiplicité des affections.

On décrit généralement un tempérament scrofuleux pouvant faire prévoir le développement ultérieur de cette maladie. Bazin, dans un tableau où la fantaisie a sa bonne part, dit que les scrofuleux présentent quelque chose d'excessif : ils sont trop grands ou trop petits, trop intelligents ou imbéciles, trop

gras ou trop maigres, trop rosés ou blafards, sujets à la boulimie ou à l'anorexie, enclins à l'amour ou trop froids. La forme commune présente trois périodes (Milcent).

I™ période — Invasion. La scrofule débute habituellement pendant la première dentition, très-rarement avant ; quelquefois après sept ans, mais presque toujours alors à l'occasion d'une rougeole ou d'une influence étiologique considérable.

Cette période est caractérisée par des affections superficielles siégeant à la peau ou sur les muqueuses.

Les éruptions cutanées de la période d'invasion (scrofulides de Bazin) sont sèches ou humides. A ces dernières appartiennent les eczéma, les achores, les impétigo, siégeant particulièrement à la face, au cuir chevelu, et connus du vulgaire sous le nom de croûte de lait. Aux éruptions sèches se rattachent les érythèmes, le prurigo, le lichen, le psoriasis et l'acné. Toutes ces éruptions ont pour caractère spécifique le développement des ganglions de la sphère cutanée atteinte.

Les affections des muqueuses sont : le coryza habituel lié à l'impétigo des narines et de la lèvre supérieure, affections qui déterminent le gonflement de ces parties et la formation du mufle scrofuleux ; des otorrhées, rebelles, séro-purulentes, et encore sans carie ; des blépharites et des orgeolets fréquents ; Tophthalmie scrofuleuse encore bénigne, des pharyngites granuleuses avec hypertrophie des amygdales, des bronchites catarrhales, des diarrhées, des balanites; des leucorrhées et des vulvites chez les petites filles. Les enfants scrofuleux sont quelquefois très-gros, souvent ils sont malingres. Ondit que leur dentition est tardive et difficile et qu'ils marchent tard. Ces deux derniers caractères, suivant nous, appartiennent au rachitisme, maladie essentiellement différente de la scrofule.

2e période. — Les affections deviennent plus graves. Les écrouelles annoncent habituellement le début de cette période ; elles sont d'abord constituées par la tuméfaction douloureuse et par l'induration des ganglions lymphatiques du cou ; ces ganglions se ramollissent, suppurent et restent ulcérés indéfiniment : les ganglions lymphatiques de l'aisselle, de l'aine,

peuvent présenter des lésions identiques. Les affections de la peau sont plus profondes que dans la première période. Elles présentent plusieurs variétés : la scrofulide inflammatoire, ou impétigo rodens; la scrofulide pustuleuse, ou ectkyma; la scrofulide fibro -plastique, le lupus, les tubercules de la peau. Les ophthalmies de cette période sont très-graves : elles s'accompagnent d'ulcères de la cornée et sont suivies de taies plus ou moins épaisses et de la perte de la vue. La faciès est pâle, triste, indifférent ; les malades sont mous, apathiques, paresseux. Les abcès froids, les tumeurs lacrymales avec carie de l'os unguis, les caries des phalanges, servent de transition f avec la troisième période.

3° période. — Elle est caractérisée par les affections graves des viscères et des os et par la production de tubercules : c'est la période des écrouelles énormes, ulcérées, tuberculeuses ; des tumeurs blanches, du mal de Eptt, des caries du sternum et des cotes, du spinosa ventosa, des tubercules du cerveau, des méningites ultimes, de la phthisie ganglionnaire, du carreau, des pleurésies et des péritonites tuberculeuses, des diarrhées chroniques, des tumeurs de l'ovaire, des tumeurs mixtes du foie, du pancréas, des mamelles et des testicules ; du mal de Bright, de la maladie d'Addison.

k* période.— Cachexie. Dans la forme commune, la cachexie n'arrive qu'après la troisième période ; elle a des caractères tout à fait spéciaux : faciès pâle, décoloré, terreux, bouffi ; peau molle, flasque, pendante ; pas d'amaigrissement excessif; infiltration séreuse ; la fièvre hectique avec sueur colliquative est très-rare, à moins d'une phthisie pulmonaire coexistante ; la peau est sèche et aride; l'appétit se conserve longtemps; le flux colliquatif le plus habituel de la scrofule est la diarrhée; les forces diminuent chaque jour; les malades sont dans une indifférence profonde et très-souvent meurent par syncope.

En résumé, voici l'évolution de la forme commune. Pendant la dentition un enfant présente des achores ou croûtes de lait et se rétablit parfaitement ; vers 7 ans, il est pris d'ophthalmie et d'écrouelles qui guérissent à la puberté; de 18 à 20 ans,

ophthalmie grave ; de 25 à 30 ans, phthisie, tumeur blanche , mal de Pott et caries diverses.

Mais cette évolution régulière et complète ne se rencontre pas constamment. Une période peut manquer complètement, et c'est habituellement la première qui fait défaut ; enfin des circonstances étiologiques puissantes peuvent modifier l'évolution type que nous avons donnée, soit en faisant éclore la scrofule dans un âge plus avancé, soit, ce qui est plus important, en imprimant à la marche des accidents une rapidité inaccoutumée.

II. Forme bénigne. —Elle est constituée par des affections superficielles, guérissant parfaitement, et ne revenant qu'à de longs intervalles. On n'observe dans cette forme ni tubercules, ni affections viscérales ; des croûtes de lait, des blépharites, des ophthalmies légères; des écrouelles qui ne suppurent pas ou qui guérissent facilement constituent toute la maladie. A la puberté ces malades guérissent complètement et offrent toutes les apparences d'une forte constitution. Seulement les hommes ne supportent pas la fatigue, les femmes sont sujettes à l'avortement, à la dysménorrhée, à la leucorrhée et vieillissent de bonne heure. Les uns el les autres sont sujets aux catarrhes, aux engelures, à l'acné, etc., mais surtout ils engendrent des enfants plus sujets que les autres à la méningite tuberculeuse et à la phthisie pulmonaire.

III. Fobme maligne ou scrofule aiguë. — Elle se caractérise par la production de tubercules, et surtout par une marche très-rapide. -

La scrofule aiguë est constituée par le développement rapide et presque simultané des affections scrofuleuses les plus graves et revêt jusqu'à un certain point les allures du farcin. Ce sont des abcès multiples ; des écrouelles énormes suppurées ou non; des caries rapides et simultanées de plusieurs pièces du squelette; puis des phthisies, des méningites, des péritonites, des pleurésies à marche rapide.

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