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SCROFULE:. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE

IV. Forme fixe primitive,— Elle se caractérise par une seule affection habituellement très-grave et qui constitue toute la maladie. La tumeur blanche, le mal de Pott, la carie d'un os, le carreau, les tubercules du cerveau, l'albuminurie, la maladie d'Addisson, le lupus, la méningite de la base; les pleuré*sies et les péritonites suppurées ; l'ophthalmie profonde avec perte de l'œil; peut-être l'angine couenneuse, mais surtout la phthisie pulmonaire, constituent la forme fixe primitive. Quoique l'existence isolée d'une seule affection constitue bien réellement cette forme, il n'est pas rare de voir apparaître, surtout pendant la cachexie, différentes affections scrofuleuses et en particulier des pleurésies, des péritonites, et principalement des diarrhées tuberculeuses.

Cette forme présente de nombreuses variétés suivant la lenteur ou la rapidité de sa marche. La phthisie pulmonaire qui peut tuer en quelques semaines, durer deux ou trois ans ou se prolonger presque indéfiniment, est un exemple des profondes différences que nous offre la forme fixe primitive.

Anatomie pathologique. — Les lésions de la scrofule peuvent se rattacher à l'hypertrophie, à l'ulcération et à la suppuration qui sont des inflammations chroniques et au tubercule. Ces lésions, qui ont pour caractère la chronicité, se suppléent quelquefois et alternent les unes avec les autres. Ainsi les eczéma et les impétigo alternent avec les ophthalmies ; la méningite peut remplacer les écrouelles, etc.

Les hypertrophies scrofuleuses s'observent principalement dans les ganglions lymphatiques, où elles sont constituées par l'augmentation de l'élément cellulaire (hyper plasie). Ces hypertrophies sont susceptibles d'une résolution complète.

L'ulcération qui s'observe principalement à la peau, mais quelquefois aussi sur les muqueuses, se combine le plus souvent avec l'hypertrophie des tissus ulcérés et se complique facilement de phagédénisme.

Les suppurations scrofuleuses produisent le plus souvent un pus séreux et contenant des grumeaux de matière caséeuse.

L'ulcération et la suppuration reçoivent le nom de cane dans

le système osseux. La carie scrofuleuse se présente sous trois aspects : carie simple, cane avec séquestre, carie tuberculeuse. La première est constituée par l'infiltration sanguine du tissu osseux, avec raréfaction de ce tissu et hypertrophie de la membrane médullaire. L'infiltration purulente succède à l'infiltration sanguine, et il résulte de ces désordres un état fongueux des os, qui sont ramollis, ulcérés, et laissent échapper une suppuration sanieuse, noirâtre, et contenant de petits débris osseux.

La carie avec séquestre ou fausse nécrose se distingue de la précédente parce qu'elle s'accompagne de la mortification d'une portion osseuse très-notable et présente ainsi la réunion de la carie et de la nécrose.

La carie tuberculeuse est déterminée par le dépôt de matière tuberculeuse dans le tissu osseux. Cette matière tuberculeuse est collectée en un point ou infiltrée dans le tissu osseux. Dans ce dernier cas elle s'accompagne d'une hypertrophie interstitielle qui constitue une sorte d'éburnation et se termine par la nécrose.

Le spina ventosa est une lésion propre aux os longs et cylindriques, elle est constituée par l'hypertrophie de la membrane médullaire et l'amincissement considérable de la partie compacte du cylindre osseux.

Lii tubercule est un produit morbide caractéristique de la scrofule. Dans un grand nombre de cas cette lésion est tellement prédominante que Tessier l'a considérée comme formant la lésion spéciale d'une maladie qu'il a appelée la diathèse tuberculeuse. Cette opinion est adoptée aujourd'hui par un trèsgrand nombre de médecins; cependant nous nous sommes décidée faire du tubercule une affection scrofuleuse : 1° parce que les scrofuleux engendrent des phthisiques et réciproquement les phthisiques engendrent des scrofuleux; 2° parce que les phthisiques en très-grand nombre ont été atteints d'affections scrofuleuses bénignes clans leur enfance ; 3° parce que les cas dans lesquels la phthisie ne présente aucun signe de scrofules antécédentes ou concomitantes peuvent rentrer dans la forme maligne au même titre que la méningite tuberculeuse,

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ou dans la forme fixe primitive comme le mal de Pott ou la tumeur blanche. Enfin le caractère de chronicité qu'on a voulu attribuer à la phthisie scrofuleuse est entièrement faux. Les scrofuleux peuvent présenter et présentent en effet toutes les formes de la phthisie depuis la plus aiguë jusqu'à la plus chronique.

L'histoire anatomique des tubercules sera mieux placée à propos de la phthisie pulmonaire.

Rapports de la scrofule avec d'autres maladies. La scrofule et la syphilis marchent séparément sur le même individu ; seulement elles s'aggravent réciproquement. La scrofule favorise le phagédénisme, et la syphilis est souvent l'occasion d'adénites qui deviennent le point de départ d'affections scrofuleuses.

La goutte et le rachitisme excluent habituellement la scrofule. Quant à la teigne faveuse, décrite si longtemps comme une affection scrofuleuse, elle est rangée aujourd'hui parmi les affections parasitaires; seulement les scrofuleux offrent un terrain trèsfavorable à son développement.

Étiologie. — L'hérédité de la scrofule est incontestable; mais elle n'est pas fatale, et il y a des individus qui échappent à cette influence. La consanguinité ou l'âge avancé des époux favorise l'action de cette cause. Sont-ce les enfants qui ressemblent au producteur scrofuleux qui héritent plus facilement de la maladie? Sont-ce les premiers ou les derniers nés?

La scrofule n'est pas contagieuse , ou tout au moins elle ne semble pas inoculable, puisque les tentatives faites dans ce sens sont restées infructueuses.

Nous devons cependant tenir compte de l'inoculation du tubercule aux animaux; ce fait a une importance considérable dans l'étiologie de la scrofule.

En traçant l'évolution de la scrofule, nons avons dit tout ce qu'il était utile de dire relativement à Vâge où la scrofule se développe. Le sexe féminin est plus sujet à la scrofule que le sexe masculin.

Quant au tempérament, ce sont surtout, d'après Bazin, les

individus bruns, aux formes sèches et grêles, qui, en France, présentent le plus grand nombre de scrofuleux. L'opinion qui attribue à la race blonde une grande disposition à la scrofule est un préjugé physiologique. La race blonde est certainement la plus forte et la plus énergique de toutes les races humaines.

La scrofule est une maladie de la zone tempérée; elle est aussi fréquente en Espagne qu'en France et en Angleterre; elle est inconnue en Islande et paraît aussi complètement étrangère à la zone torride.

L'habitation dans les grandes villes, les logements humides, obscurs, mal aérés, sont des causes occasionnelles très-énergiques de la scrofule. L'alimentation insuffisante ou trop exclusivement animale, les excès vénériens, les grossesses trop rapprochées, et principalement les allaitements trop prolongés, sont encore des causes dont il faut tenir grand compte. La fièvre typhoïde, la coqueluche, mais principalement la rougeole, prédisposent à la scrofule.

Traitement. — La prophylaxie est très-importante dans le traitement de la scrofule. L'allaitement prolongé, le séjour à la campagne, surtout au bord de la mer, l'habitation dans un appartement bien aéré, en plein soleil, une nourriture abondante et variée, les exercices du corps, les bains etles lotions froides, sont les meilleures conditions pour éviter le développement de cette maladie.

Traitement de la forme commune. Comme nous devons revenir, en 'faisant l'histoire des affections scrofuleuses, sur le traitement de ces affections, nous n'exposerons ici que les indications des principaux médicaments qui sont indiqués dans les scrofules»

Dulcamara, viola tricolor conviennent dans la première période; ils correspondent aux dartres humides, siégeant particulièrement à la tête et à la face avec gonflement des ganglions cervicaux. J'emploie toujours ces médicaments à la 3° dilution et je les alterne souvent.

Conium maculatum convient dans les mêmes cas ; mais dans

une période plus avancée il correspond aux écrouelles indurées, avec gonflement ganglionnaire; au goitre; à l'eczéma humide, avec prurit considérable ; aux affections des yeux, avec photophobie excessive; à l'otorrhée. Sa sphère d'action s'étend même à la troisième période de la scrofule, puisqu'il correspond à la carie des phalanges et à celle du sternum.

Dans la scrofule arrivée à sa troisième période, les principaux médicaments sont : silicea, sulfur, hepar sulfuris, iodium et calcarea.

Silicea est le grand médicament de la scrofule ; il correspond aux pustules avec croûtes, aux ulcères, surtout quand ces affections siègent à la tête et aux extrémités : c'est le médicament des écrouelles suppurées et ulcérées. Il compte parmi ses symptômes le gonflement du ventre et du nez et la marche tardive chez les enfants. Le coryza épais ; les otorrhées avec ou sans carie; la leucorrhée; les diarrhées chroniques; les ophthalmies avec ulcération de la cornée ; les abcès froids ; les suppurations prolongées avec carie des phalanges, des apophyses mastoïdes, des clavicules, des os longs; les tumeurs blanches; laphthisie avec expectoration purulente considérable, indiquent remploi de la silicea. La suppuration des os et des parties molles est la caractéristique de ce médicament.

Sulfur, employé traditionnellement dans le traitement de la scrofule, est indiqué par les symptômes suivants : horreur du mouvement, grande fatigue, frilosité, gonflement du nez et du ventre, éruptions diverses, avec gonflement des glandes, gonflement des os et jointures. Sulfur a guéri bon nombre de caries et de tumeurs blanches.

Hepar sulfuris est indiqué par des éruptions pustuleuses, par les glandes indurées et suppurées, par les affections des yeux, des os, des jointures et des viscères. Les dartres et les indu* rations sont les indications principales de ces deux médica^ ments.

Iodium, si généralement employé aujourd'hui, est avecsilicea le meilleur médicament de la scrofule. Le gonflement et l'induration des glandes, l'amaigrissement avec boulimie, une ten-* dance à la méningite tuberculeuse, sont les signes principaux

qui doivent servir pour choisir ce médicament. Gliniquement il correspond à la carie, aux épanchements pleurétiques, à la phthisie, au tubercule. Il ne faut pas négliger l'action de l'iode dans le traitement des suppurations scrofuleuses avec ou sans carie. Les injections faites avec la teinture d'iode pure ou plus ou moins étendue d'eau, suivant la sensibilité des malades, sont d'un «excellent effet pour empêcher la fièvre hectique, modérer la suppuration et amener des guérisons souvent inespérées.

Les sels des Eaux-Mères, dont le principe actif semble être le bromure de iodium, nous ont paru, depuis quelques années, devoir être substitués à iodium dans le traitement de la scrofule. Nous l'administrons de la lre à la 3e trituration centésimale à la dose de 10 centigrammes en deux fois dans la journée. Nous continuons ce médicament pendant plusieurs mois dans le cas de scrofule arrivé à sa troisième période.

Calcarea correspond surtout aux affections viscérales, à la phthisie avec diarrhées chroniques, quoiqu'il trouve encore son indication dans les caries et les tumeurs blanches.

Dans les cachexies amenées par de longues suppurations des viscères ou des membres, arsenicum rend quelquefois d'incontestables services ; les diarrhées excessives, la lientérie, l'œdème des membres, un amaigrissement et une faiblesse excessive avec angoisse et agitation nocturne, sont les principales indications de l'arsenic.

Aurum, argentum> mezereum, asa fœtida, ont été employés avec succès, surtout dans le traitement des caries scrofuleuses.

Je dois quelques succès à argentum oxydatum, en particulier dans le traitement d'abcès froid et de carie des métacarpiens chez une femme sujette à d'affreuses métrorrhagies.

Hydrastis canadensis nous a donné d'excellents résultats dans des cas de lupus. C'est un médicament qui n'a pas été assez employé en France. Il guérit aussi les ulcères scrofuleux ou scrofulides (Voyez ce médicament au traitement de la syphilis phagédénique).

Les eaux minérales sont très-souvent fort heureusement employées dans le traitement de la scrofule. Les eaux sulfureuses

les eaux chlorurées sodiques et iodées, sont le plus souvent prescrites, mais les indications en sont encore bien vagues.

Les chlorurées sodiques faibles, Bourbonne, Balaruc; Uriage et Saint-Gervais surtout, qui sont en même temps un peu sulfureuses, conviennent dans la première période de la scrofule et comme prophylaxie.

Les bains de mer froids, lorsqu'ils sont bien supportés et qu'ils peuvent être prolongés pendant au moins quinze minutes, constituent la meilleure prophylaxie de la scrofule.

Les eaux sulfureuses des Pyrénées sont principalement indiquées dans la scrofule confirmée avec prédominance des affections cutanées.

Mais les eaux fortement salines administrées sous forme de bains avec addition des Eaux-Mères constituent le meilleur traitement de la scrofule. On trouve ces eaux à Kreuznach, Salins, Salées et dans plusieurs localités de la Suisse. Mais la station du Croisic présente un double avantage de permettre les bains de mer chauds additionnés d'Eaux-Mères très-riches en bromure de sodium et de placer le malade dans l'atmosphère marine qui constitue déjà un des meilleurs traitements de la scrofule.

Jousset, 2e édit.

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