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CANCER

Définition, — Le cancer est une maladie caractérisée: l°par l'évolution dans un ou plusieurs points de l'économie du tissu cancéreux; 2° par la facile reproduction des affections qui ont été enlevées ou détruites ; 3° par le développement fréquent d'une cachexie particulière.

Le tissu cancéreux est un produit morbide sans analogue, organisé, s'étendant par la désorganisation et la transformation en sa propre substance des tissus voisins et s'ulcérant indéfiniment.

On reprochera peut-être à notre définition du cancer et du tissu cancéreux d'être purement clinique et de ne pas avoir de sens histologique précis. Nous répondrons que c'est tant pis pour l'histologie si elle n'est pas un complément de la clinique et si elle est devenue une sorte de science à part, n'ayant aucune application pratique. Nous ajouterons que lorsque les études micrographiques seront moins imparfaites, l'histologie reprendra son rôle légitime et utile dans l'histoire des lésions. Avec notre définition du cancer, il est impossible de confondre cette maladie avec aucune autre, et avec notre définition du tissu cancéreux, on distingue nettement ce tissu de tous les autres produits pathologiques. Nous les maintenons donc dans leur intégrité.

Dans notre examen critique de la théorie cellulaire, nous avons dit ce que nous entendions par tissu homologue et tissu hétérologue* Nous n'y reviendrons pas ici.

Division. — Le cancer présente à étudier quatre formes bien

distinctes et qui, de tout temps, ont attiré l'attention des médecins : la forme commune, la forme aiguë, la forme chronique et la forme bénigne, ou noli mé tangere.

I. Forme commune. — La forme commune du cancer est caractérisée par la succession des périodes suivantes : 1° tumeur ou engorgement pouvant rester s ta tionnaire pendant un temps plus ou moins long; 2o ulcération, puis marche rapide de cette tumeur; 3° cachexie et production de tumeur cancéreuse dans divers points de l'économie.

Cette forme est parfaitement tranchée ; c'est elle qui a servi à faire l'histoire du cancer en général, et c'est sur la succession de ces symptômes que les auteurs ont basé leurs descriptions et leurs théories.

Première période. — Le premier symptôme qui annonce l'invasion du cancer, lorsque cette maladie se localise sur un organe accessible au toucher, est l'apparition d'une tumeui circonscrite ou d'un engorgement. La tumeur cancéreuse, au début, est petite, dure, mobile, inégale, rénitente, insensible à la pression et rarement douloureuse spontanément. L'engorgemen est plus ou mains diffus, il occupe tout un organe ou seulement une partie de cet organe, il en augmente habituellement le volume ; mais quelquefois cependant il le diminue dans certains points qui acquièrent alors une dureté excessive. L'engorgement cancéreux présente, du reste, les mêmes modifications de consistance, de forme et de sensibilité que la tumeur cancéreuse. La tumeur comme l'engorgement cancéreux contracte rapidement des adhérences avec les téguments ; c'est là un signe diagnostique d'une grande valeur.

Lorsqu'au contraire l'affection 'cancéreuse qui marque le début de la maladie siège sur un viscère, elle se révèle par des symptômes divers, tels qu'hémorrhagies, douleurs, etc., ou bien encore par le trouble des fonctions de l'organe malade; mais ces désordres varient avec les affections cancéreuses, et ne peuvent être déerits qu'avec elles.

Ces engorgements et ces tumeurs constituent la première période du cancer ; période dont la durée, fixée habituellement

à trois ou quatre ans, est quelquefois plus considérable et peut s'étendre à dix, douze et quinze ans et plus. Pendant tout ce temps, il n'existe pas d'autres symptômes que la tumeur ou l'engorgement cancéreux, et la santé des malades semble parfaite.

Cependant nous devons excepter les cancers des viscères et ceux de l'estomac en particulier dont la première période est infiniment plus courte et qui s'accompagnent quelquefois d'un commencement de cachexie dès le début de la maladie ; mais ce sont là des exceptions, et on peut dire, d'une manière générale, que la première période de la forme commune du cancer est caractérisée par un symptôme unique, la présence de la tumeur ou de l'engorgement que nous avons décrit plus haut.

2e période. — C'est habituellement sous l'influence de l'âge, d'une inflammation ou d'une fluxion de l'organe affecté et aussi sans cause appréciable que débute la deuxième période. La tumeur se développe, augmente de volume, devient inégale, bosselée, pesante, douloureuse, s'entoure de veines volumineuses, et revêt enfin tous les caractères de l'affection que les anciens appelaient cancer occulte.

L'augmentation de volume de la tumeur ou de l'engorgement cancéreux se fait suivant deux modes bien distincts : ou bien cet accroissement est peu considérable, se fait lentement, et s'accompagne d'une dureté plus grande delà tumeur, ou bien, au contraire, l'accroissement est plus rapide, le volume énorme, la consistance variable dans les différents points. Dans ce dernier cas, la tumeur est généralement molle, élastique et comme fluctuante ; mais toujours ces tumeurs cancéreuses sont fort pesantes pour leur volume, ce qui les fait distinguer des lipomes et tumeurs solides avec lesquels elles pourraient être confondues. Le développement rapide de la tumeur s'accompagne souvent de tous les signes d'une congestion locale.Quelquefois l'accroissement de volume se fait tout à coup, et la tumeur présente alors plusieurs points fluctuants. L'anatomie pathologique de ces tumeurs démontre que ces subites augmen-

tations de volume sont dues à des hémorrhagies interstitielles,

Les bosselures sont un des caractères les plus constants du cancer à cette époque de son développement. Elles sont toujours inégales dans leur volume et dans leur consistance.

En même temps que la tumeur augmente de volume, elle contracte des adhérences avec les parties voisines ; elle cesse d'être mobile. La peau, envahie dans sa région profonde, rougit d'abord, et prend bientôt une teinte violacée plus ou moins sombre. Cependant certaines tumeurs , qui grossissent assez rapidement, distendent la peau plutôt qu'elles ne l'envahissent, et ne contractent d'adhérence que fort tard.

Ces progrès de l'affection cancéreuse s'accompagnent presque toujours de douleurs spontanées qui, d'abord fugaces, deviennent plus tard presque permanentes. Elles sont souvent lancinantes , mais elles peuvent revêtir les autres caractères de la douleur ; quelquefois elles sont atroces ; elles sont très-variables dans leur intensité et s'irradient habituellement dans diverses directions.

Si la tumeur est le siège de mouvements fluxionnaires ou inflammatoires, les ganglions lymphatiques voisins se .tuméfient et deviennent douloureux. Cette tuméfaction peut diminuer ou même disparaître, mais elle ne tarde point à revenir. Les ganglions forment alors des tumeurs en chapelet ou agglomérées, qui subissent plus ou moins rapidement la transformation cancéreuse. Lorsqu'au contraire la marche des accidents ne s'accompagne ni d'inflammation ni de congestion , les ganglions ne se prennent pas.

Les progrès des tumeurs cancéreuses qui siègent sur des viscères situés profondément se révèlent à l'observation par des douleurs, des hémorrhagies, par des troubles non-seulement dans les fonctions de l'organe lésé , mais aussi dans celles des organes voisins qui se trouvent comprimés par la tumeur ou rendus immobiles par des adhérences nouvelles. C'est à cette période, par exemple, que les fonctions de la vessie sont trou-r blées par le cancer de l'utérus chez la femme, du rectum chez l'homme. C'est alors que les cancers de l'estomac se propagent au foie ou au péritoine et déterminent des ictères , des hydro-

pisies, des douleurs abdominales, des inflammations adhési* ves des intestins entre eux ou avec d'autres organes , et des troubles fonctionnels en rapport avec ces lésions.

Tels sont les phénomènes qui caractérisent la deuxième période du cancer pendant les premiers mois de sa durée. Puis tous ces symptômes peuvent se suspendre et le médecin espérer que la maladie va redevenir stationnaire, mais au bout d'un certain temps, elle reprend sa marche fatale. Il peuty avoir ainsi plusieurs rémissions avant l'ulcération de la tumeur. Cette marche périodique n'est pas constante, et quelquefois les symptômes se succèdent d'une manière continue.

Arrivée au point où nous l'avons laissée, la tumeur ou l'engorgement cancéreux ne tarde point à s'ulcérer. Cette ulcération se produit de deux manières différentes : rapidement et par une large ouverture , ou au contraire lentement et presque d'une manière insensible. Dans le premier cas, il se forme dans la tumeur, soit des crevasses hémorrhagiques, soit des foyers inflammatoires et des suppurations partielles. Les téguments déjà adhérents à la tumeur se perforent , et il s'écoule de la tumeur tantôt un liquide puriforme sanguinolent, et contenant des débris plus ou moins reconnaissables de tissu cancéreux, tantôt un sang pur plus ou moins abondant.

L'autre mode d'ulcération des affections cancéreuses est le plus fréquent : il s'observe surtout dans les engorgements et dans les tumeurs de petit volume qui revêtent une dureté considérable ; mais on peut aussi l'observer sur des tumeurs grosses, molles et rapidement développées. Il a lieu lentement et par une sorte d'exulcération qui se fait à la peau dans l'endroit le plus altéré et qui ne s'étend et ne se propage que fort lentement.

Arrivée à ce point, l'affection locale ne rétrograde plus, l'ulcération fait des progrès incessants qui ne se bornent jamais spontanément. L'ulcération envahit peu à peu , et quelquefois rapidement, d'autres parties delà tumeur, tandis que celle-ci se propage aux tissus voisins , tant en profondeur qu'en largeur, les convertit en sa propre substance et les dispose à l'ulcération; aucun tissu, aucun organe ne borne l'envahissement

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