‹ Éléments de médecine pratiqueChapitre 38 sur 200 · DIABÈTE · texte numérisé non relu

DIABÈTE

Le diabète est une maladie caractérisée par la présence de la glycose dans les urines, et par une cachexie particulière dont le caractère principal est une tendance à la tuberculisation et à la gangrène.

Le diabète et la glycosurie. On est d'accord pour distinguer le diabète de la glycosurie. La glycosurie est un symptôme caractérisé par la présence de la glycose dans l'urine, mais sans aucune tendance à la cachexie. Ce symptôme s'observe dans certaines affections cérébrales, après une contusion du foie, dans l'empoisonnement par le sulfure de carbone, le curare, le chloroforme et l'éther. Des médecins ont signalé la glycosurie dans les névroses, l'hystérie et l'épilepsie, par exemple; dans les maladies qui gênent la respiration : l'asthme, la phthisie, etc. On l'observe exceptionnellement dans certaines conditions physiologiques : l'état de grossesse et l'allaitement, la vieillesse, l'état fœtal ; après l'ingestion d'une quantité considérable de sirop ou de miel; après des émotions morales violentes, etc.

Division. — Le diabète se présente à l'observation sous cinq formes : forme commune , forme bénigne, forme aiguë, forme consomptive, forme irrégulière.

I.Forme commune. La forme commune du diabète débute le plus souvent de 40 à 50 ans, chez des personnes d'une constitution très-forte en apparence. Gros, gras, sanguins, avec un système musculaire puissant et une charpente osseuse bien développée, les prédisposés au diabète paraissent doués d'une santé qui semble devoir être inaltérable. La maladie présente deux périodes bien distinctes: une première, généralement assez longue, compatible avec l'intégrité de la plupart des fonctions et les apparences de la santé ; une ultime, courte et rapide,

caractérisée par le développement de tous les symptômes de la cachexie.

La maladie débute par l'augmentation de la soif, l'altération des urines, la diminution des facultés viriles et l'apparition successive d'abcès et de furoncles; en même temps, il survient une courbature habituelle, de la somnolence diurne, et, malgré un accroissement considérable de l'appétit, un certain degré d'amaigrissement. Il est rare que dès le début le caractère ne subisse pas un changement notable; les malades deviennent colères jusqu'à la violence, soupçonneux et hypochondriaques.

L'urine est très-abondante, plus que les boissons; elle est moins colorée, se trouble par le refroidissement, elle ressemble alors à de Peau miellée, et a perdu l'odeur urineuse. Quoique claire elle est lourde et pèse de 1027 à 1060 ; à l'analyse chimique, elle présente une quantité de glycose qui varie d'un 30° à un 7°.

Procédé pour reconnaître la glycose dans l'urine. Bouillie avec de la potasse et surtout du lait de chaux, l'urine prend une coloration brun foncé.

Mise avec une portion dépotasse caustique et un morceau de deutosulfate de cuivre dans une éprouvette, l'urine des diabétiques réduit à froid, et en moins de vingt-quatre heures, le sel de cuivre, et donne lieu à un précipité d'un jaune rougeâtre plus ou moins foncé. Le même phénomène se produit instantanément en faisant bouillir l'urine diabétique avec le liquide cupro-potassique (liqueur de Bareswill). Enfin, examinées au polarimètre, ces urines dévient le rayon rouge à droite. Les urines des diabétiques contiennent une quantité normale et quelquefois un excès d'acide urique.

Le diabète peut persister à ce degré pendant un temps extrêmement long, et, avec des précautions hygiéniques suivies très-peraévéramment, cette maladie est compatible avec une très-longue existence. Cependant il faut savoir que le diabétique est sujet à des accidents qu'il ne lui est pas toujours possible d'éviter et qui changent singulièrement ce pronostic.

La gingivite expulsive, des éruptions pruriantes et squa-

HO CACHEXIES.

meuses, siégeant principalement aux mains; l'absence de transpiration, une grande sensibilité au froid alternant avec un état tout contraire ; le prurit vulvaire ; l'impuissance avec phé-: nomènes de pertes séminales ; l'inflammation du canal de Purèthre, une sorte de blennorrhagie, la balano-posthite, le phimosis ; ces affections comme le prurit vulvaire, dues à la production d'un champignon, le ponicillium glaucum, dans l'urine chargée de sucre qui séjourne dans le sac préputial ; la presbytie, l'amaurose, la cataracte, sont des affections fréquentes chez les diabétiques et qui rentrent dans le tableau symptomatique de la maladie; mais ces accidents ne compromettent pas la vie du malade et diffèrent en ce point de *eux qui nous restent à décrire.

Ces accidents graves sont les abcès, les gangrènes et les affections cérébrales.

Les abcès surviennent à périodes irrégulières ; ils ne sont pas accompagnés d'une grande inflammation et se terminent par la formation d'un pue rosé-sanguinolent tout particulier. La formation de ces abcès est accompagnée d'une grande faiblesse et d'amaigrissement sensible. Quelquefois ils sont petits, mais très-multipliés, et des malades en présentent des successions pendant des mois et même des années.

Phlegmon diffus. — Quelquefois l'abcès diabétique revêt la forme du phlegmon diffus, et s?accompagne de la mortification d'une quantité plus ou moins considérable de tissu cellulaire.

Abcès anthracoïde (de Marchai, deCalvi). — Les abcès diabétiques se présentent encore sous une autre forme, forme toute spéciale à cette maladie. L'affection débute par un petit point comparable à une pustule d'acné. Sous cette pustule un anthrax se développe, un gonflement énorme survient, gonflement qui se termine par un énorme phlegmon. D'autres fois, le tissu cellulaire enflammé et suppuré reste très-induré, et la résolution est extrêmement longue à se faire. Ces grands abcès gangreneux se terminent souvent par la mort ; dans tous les cas, ils donnent une mauvaise impulsion à la maladie et la précisent vers la cachexie*

DIABETE. — FORME COMMUNE. 111

Gangrène diabétique. — La gangrène diabétique. a été surtout étudiée par Marchai (de Calvi). C'est un accident très-fréquent et qui revêt des formes bien diverses : anlhrax, gangrène du poumon, gangrène des extrémités, gangrène de la peau, ulcératioii gangreneuse phagédénique.

L'anthrax est la forme la plus commune. Cette affection se développe le plus souvent à la nuque ou au dos; la destruction des tissus est considérable, et quoique la plupart du temps les malades échappent à cet accident, ils ir'en restent pas moins fort affaiblis et ayant fait un pas considérable vers la cachexie.

La gangrène de la peau procède par plaques irrégulières plus ou moins étendues, siégeant habituellement aux membres inférieurs et détruisant toute l'épaisseur du derme.

La gangrène des extrémités comprend le sphacèle des orteils, du pied ou d'un membre inférieur dans sa totalité ; le diabète revendique une bonne part de gangrènes dites gangrènes senties. Un caractère presque constant de la gangrène diabétique, c'est de procéder par inflammation. Ainsi, la gangrène des membres est toujours précédée dans sa marche envahissante d'un cercle inflammatoire qui annonce et prépare la moitification. Ce symptôme est un bon signe diagnostique pour différencier la gangrène diabétique de la gangrène sènile.

Lïulcère gangreneux phagédénique diabétique est un accident rare, d'une persistance désolante et qui détruit peu à peu des parties considérables.

La gangrène du poumon est un accident mortel qui peut survenir à toutes les périodes de la maladie. C'est plutôt une sorte de ramollissement qu'une gangrène véritable, car, dans la plupart des cas, la partie n'exhale pas d'odeur spécifique.

Dans quelques cas nous avons observé une congestion chro~ nique du foie qui a eu sur la marche de la maladie une influence très-funeste.

La vie des diabétiques, alors même qu'ils sont encore bien loin de la période cachectique, est donc sans cesse menacée par les accidents aigus les plus graves. Une écorchure, une ampoule peuvent devenir le point de départ de gangrènes mortelles ; un excès, un refroidissement peuvent déterminer des

112 CACHEXIES.

abcès, des .pneunomies, des gangrènes pulmonaires ou des bronchites, qui ne sont qu'une première étape vers un,e phthisie ultime .

Enfin, si la mort immédiate n'est pas toujours la suite de ces divers accidents, elle en est toujours la conséquence indirecte par le développement de la période cachectique.

Période cachectique. — Deux nouvelles affections annoncent la cachexie diabétique : la phthisie pulmonaire et Yalbuminurie, ces deux affections qui peuvent exister séparément, se montrent habituellement réunies dans la période de cachexie. Si la phthisie diabétique devient la scène pathologique, l'amaigrissement fait des progrès rapides, les forces s'en vont tout . à fait ; l'appétit baisse et surtout les digestions se troublent ; la toux, les hémoptysies répétées, la fièvre hectique, les évacuations colliquatives amènent une mort plus ou moins rapide.

Quand les malades doivent succombera Y albuminurie on constate des œdèmes diverses, la bouffissure du visage, la diminution progressive des urines, la céphalalgie, les troubles de la vue, puis des attaques d'éclampsie qui terminent brusquement la vie des malades.

ÏI. Forme consomptive. — C'est la forme qui a été connue la première et qui pendant longtemps a servi de type à la description de la maladie ; elle est caractérisée par une marche plus rapide, une durée qui ne dépasse pas deux années ; la cachexie est apparente dès les premiers mois de la maladie.

La maladie débute par une soif excessive, une boulimie marquée et un amaigrissement qui fait des progrès chaque jour. Les affections diabétiques de la forme commune sont rares dans la forme consomptive; la phthisie pulmonaire est ici l'affection dominante, elle apparaît souvent avant la- fin de la première année, et elle marche avec une effrayante rapidité.

Cette forme de diabète n'attaque pas, comme la précédente, les constitutions fortes, les individus bien nourris ; elle sévit de préférence sur des constitutions affaiblies par des excès, des pertes, des privations. C'est le diabète des pauvres.

Page 1