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CHAPITRE IV

NÉPHRITES INTERSTITIELLES

La néphrite interstitielle ou sclérose du rein n'est point une maladie et sa place légitime, dans ce livre, serait au chapitre des affections du rein. Mais comme cette néphrite a été longtemps confondue avec la maladie de Bright, nous avons jugé utile d'en placer l'histoire immédiatement après cette dernière.

La néphrite interstitielle est caractérisée anatomiquement par la formation, dans la charpente conjonctive des reins, d'éléments embryonnaires analogues aux corpuscules lympha-

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tiques. Ces éléments se transforment en tissu fibrilaire et déterminent la sclérose des reins.

Les symptômes qui accompagnent cette lésion sont la soif avec polyurie, le passage dans les urines de l'albumine en quantité très-variable , l'absence ou le faible degré de l'œdème , et enfin des troubles cardiaques divers dont le plus caractéristique est l'hypertrophie du cœur.

Cette affection ainsi constituée par une lésion et des symptômes bien déterminés, se rencontre le plus souvent dans la goutte. Nous avons signalé dans nos leçons cliniques sa fréquence dans l'aortite chronique, qui est elle-même si souvent une affection goutteuse. Mais le rapport de la sclérose du rein avec la lésion de l'aorte a encore été affirmé par M. Lancereaux, qui rapporte un certain nombre de cette affection à un rétrécissement congénital de l'aorte. D'autres auteurs ont considéré la lésion rénale comme primitive et Qnt voulu expliquer par elle les autres lésions concomitantes et entre autres les artérites et l'hypertrophie du cœur. L'obstacle apporté au cours du sang dans les artères rénales par l'état scléreux du rein amènerait une augmentation de pression considérable dans le système artériel, d'où son inflammation chronique et l'hypertrophie du cœur. Cette opinion est renversée par les cas très-fréquents où l'observation clinique démontre la préexistence des lésions cardo-aortiques.

En résumé, la sclérose du rein est une affection goutteuse.

L'empoisonnement chronique par le plombjproduit souventla sclérose du rein et des lésions artérielles concomitantes. Nous retenons ce fait, très-important au point de vue de la thérapeutique. „

Lé début de la néphrite interstitielle est extrêmement obscur. Habituellement, le médecin est trompé par les signes d'une affec tion cardo-aortique ou dyspepsique. Les malades se plaignent de palpitations et surtout d'étouffements. D'autres accusent des vomissements fréquents. Tous sont véritablement affaiblis et anémiques. A ce moment déjà le sphygmagraphe permet de constater une tension artérielle exagérée.

La soif et la polyurie se montrent bientôt et amène le médecin

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à l'examen du rein. Il observe alors une douleur sourde dans les lombes, douleur qui n'augmente ni par le mouvement ni par la pression; des urines extrêmement abondantes, pâles et souvent un peu troubles, d'une densité très-faible, qui oscille de 1002 à 1010. Les réactifs ordinaires font reconnaître habituellement la présence de l'albumine dans les urines. Nous disons habituellement parce que nous avons observé des malades chez lesquels la présence de l'albumine était passagère, La quantité d'albumine est le plus souvent peu considérable ; mais nous avons observé le contraire. L'œdème qui n'est jamais aussi prononcé que dans la maladie de Bright, peut manquer tout à fait.

La pâleur, la diminution des forces animales, font des progrès lents, mais constants. La dyspnée, les vomissements, la diarrhée; les symptômes cérébraux: céphalée, amaurose, attaques éclampliques ou comateuses deviennent de plus en , plus fréquentes. Il est rare qu'un même malade présente â la fois les symptômes cardiaques, cérébraux, gastriques ou intestinaux. La prédominance de l'une de ces affections donne à chaque cas individuel une physionomie particulière propre à égarer le diagnostic. Les uns se présentent avec de la dyspepsie et des vomissements habituels et font penser à un cancer de l'estomac; les autres ont des étouffements, des palpitations, et tous les signes de la cardo-aortite; d'autres ont des diarrhées incoercibles et ressemblent à des tuberculeux; enfin, ceux qui ont des accidents cérébraux, apoplexie ou convulsions, constituent encore une variété symptomatique qui a sa physionomie à part.

L'amaurose, ordinairement incomplète, les furoncles, les anthrax, les érysipèles, les phlegmons, les gangrènes, joints à la soif et à la polyurie, donnent à quelques-uns de ces malades l'aspect de diabétiques, et cette erreur de diagnostic a été faite quelquefois.

La sclérose du rein se termine ordinairement par la mort. Seulement la" marche de cette affeclion est très-lente et peut présenter, sous l'influence du traitement, des temps d'arrêt

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considérables. La durée de la maladie est donc toujours fort longue, de cinq à dix ans, et quelquefois plus encore.

La mort arrive quelquefois par l'épuisement du malade. Mais le plus souvent elle a lieu rapidement, par des accidents dyspnéiques ou cérébraux de nature urémique; elle peut être subite et déterminée par une syncope.

Anatomie pathologique. — A côté des signes de l'artérite chronique, des lésions du cœur et de l'aorte, des arthrites et des anciennes lésions de la goutte, on trouve une lésion spéciale qui caractérise la néphrite interstitielle.

Dans la première période de la lésion, le rein est légèrement augmenté de volume et congestionné ; la capsule se détache facilement et laisse à découvert une surface rougeâtre sur laquelle on remarque quelquefois des espaces plus pâles et blanchâtres.

La substance corticale est brunâtre, parsemée de points gris, de dilatation vasculaire et de points rouges formés par les glomérules de Malpighi dilatés; la substance médullaire est violacée et très-hyperémiée. Dans une période plus avancée, le rein diminue de volume, son tissu se rétracte, la capsule devient adhérente à la substance corticale qui présente des granulations dans toute son étendue. Ces granulations, grosses comme un grain de millet ou de chènevis, sont régulières, d'une couleur jaunâtre. La substance corticale diminue de plus en plus d'épaisseur, on trouve des kystes séreux sedéformant et se rétractant par place, tandis que la substance médullaire participe très-peu à l'atrophie de l'organe.

Dans le degré le plus avancé, les reins réduits au volume d'un petit œuf, sont en grande partie transformés en tissu fibreux. Les artères rénales présentent les caractères de Tarte* rite chronique.

L'examen histologique démontre que la lésion siège dans le tissu conjonctivo- vasculaire des canalicules contournés et des corpuscules de Malpighi. Ce tissu est infiltré de cellules arrondies, analogues aux corpuscules lymphatiques. Ces cellules lym* phoïdes s'allongent, forment des corps fusiformes qui, à leur

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tour, sont transformés en tissu fibrillaire (Lancereaux) . Cette lésion rétracte et atrophie, comme un tissu de cicatrice, les régions du rein dans lesquelles elles se développent; et, comme elles sont disséminées dans la substance corticale, les parties saines s'hypertrophient, deviennent saillantes et constituent les granulations qui caractérisent le rein sclérosé.

Les èpithèliums des tubuli sont atteints secondairement et subissent la dégénérescence granulo-graisseuse, colloïde en certain-point, d'où la destruction de ces éléments, la formation de kystes et les lésions si variées qui viennent compliquer la néphrite interstitielle.

Étiologie. — Nous ne reviendrons point sur les rapports de la sclérose du rein avec la goutte, l'artérite et l'empoisonnement saturnin. Quant aux circonstances qui peuvent favoriser le développement de celte affection , elles sont fort mal connues. L'abus des alcools signalé par la plupart des médecins est nié par M. Lancereaux. Le froid et surtout le froid humide a une influence considérable sur la production de la maladie de Bright. Cette cause joue-t-elle le même rôle dans le développement de la néphrite interstitielle? Nous ne le savons pas. L'abus du thé et du café qui augmente la pression artérielle, les boissons abondantes qui surexcitent les fonctions rénales, jouent certainement un rôle dans la production de cette affection.

Traitement. — La nature même de la lésion, qui caractérise la néphrite interstitielle, nous donne la raison de l'incurabilité habituelle de cette maladie. Comment arrêter un processus qui conclut fatalement à l'atrophie et à la destruction d'un organe, et comment refaire cet organe, quand il est réduit à un tissu de cicatrice? Nous indiquerons néanmoins les médicaments qui s'adressant aux symptômes, ont au moins l'avantage de retarder considérablement la marche fatale de la maladie.

Ce que iiqus avons dit au paragraphe de Tétiologie indique suffisamment les soins hygiéniques nécessaires à la néphrite interstitielle; nous n'y reviendrons pas.

Nux vomicaest le médicament principal quand la dyspepsie Jousset, 2° édit. ?

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et les vomissements tiennent le premier rang dans l'expression symptomatique; nous avons vil sous son influence les digestions se rétablir, les vomissements s'éloigner, la soif et la polyurie diminuer, les forces revenir. Nous avons employé constamment là 12° et la 30e dilution, deux doses par jour, pendant quatre jours ; repos quatre jours et recommencer.

Plumbum qui semble si indiqué par l'ensemble de la maladie et par les symptômes gastriques, ne nous a pas réussi dans le trop petit nombre de cas où nous l'avons employé. Nous le signalons néanmoins à l'attention des médecins, car c'est certainement le médicament le plus parfaitement homoeopathique à la maladie tout entière, puisque l'empoisonnement chronique par le plomb produit la néphrite interstitielle. Nous ne l'avons prescrit qu'à des dilutions élevées, la 12e et la 30e.

Arsenic est indiqué par trois symptômes qui se rencontrent fréquemment dans la sclérose du rein, la diarrhée, la soif, les urines abondantes et pâles. L'amaigrissement, la perte des forces, la cachexie imminente, confirment encore le choix de ce médicament, et cependant il a échoué entre nos mains ; il ne nous a donné que des améliorations passagères et sans importance. Nous l'avons employé à toutes doses, de la 3e trituration à la 30° dilution .

Phosphori acidum est indiqué par les mêmes symptômes qu'arsenicum. Avec ce médicament, les urines abondantes sont claires comme de l'eau et forment, par le repos, un dépôt blanchâtre (Hahnemann, § 430 et 432), ce qui est très-caractéristique.

On rapporte quelques observations de guérison du diabète insipide par phosphori acidum. Or beaucoup de cas de diabète insipide doivent être rapportés à la sclérose des reins.

Nous avons employé ce médicament à toutes doses, sans grands succès.

Dans un état pathologique aussi rebelle, on devra essayer les médicaments indiqués par le diabète et par la maladie de Bright. - .

On ne doit pas perdre de vue les accidents urémiques qui terminent si fréquemment la néphrite interstitielle et qui sont annoncés par la légèreté spécifique des urines, coïncidant avec

leur diminution de quantité, les troubles de la vue et la céphalalgie. Le régime lacté et les autres moyens indiqués à propos de la maladie de Bright devront être employés.

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