CHAPITRE XI
MALADIE D'ADBieOn
(maladie bronzée)
On a donné ce nom, depuis quelques années, à une affection, habituellement de nature scrofuleuse, caractérisée par une coloration brune, plus ou moins foncée, étendue à tous les téguments et par la dégénérescence caséeuse des capsules surrénales. On a observé une affection analogue dans l'alcoolisme chronique,, à la suite des couches, et surtout pendant la cachexie cancéreuse. La maladie dCAddison existe- t-elle comme espèce morbide ? Les nombreuses observations que nous avons lues ne nous permettent pas d'affirmer ce fait, pour lequel nous laissons un point d'interrogation.
La coloration bronzée de la peau peut se manisfe^ter sans lésion des capsules surrénales. Les cas s'observent principalement chez les scrofuleux et chez les cancéreux. De même, on Jousset, 2e édit. 11
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observe quelquefois la dégénérescence scrofuleuse ou cancéreuse et d'autres altérations des capsules, sans coloration morbide de la peau. Mais ce sont là des faits exceptionnels, et la relation établie par Addison est vraie en général.
La maladie bronzée est caractérisée, en outre de la coloration des téguments et de la lésion des capsules surrénales, par une perte croissante des forces animales. Ce symptôme est constant ; ' il existe dès le début et précède l'amaigrissement de plusieurs mois ; et quand il se montre d'une manière persistante, sans causes évidentes, il doit faire songer à la maladie dAddison. Les vomissements, les douleurs des reins, les syncopes, un refroidissement très-marqué, sont des symptômes fréquents de la maladie.
La coloration de la peau a pour caractère d'être générale ; elle est plus marquée au visage, aux mains et aux parties qui ont été le siège d'une lésion, à la place d'un vésicatoire, par exemple. Jamais elle n'apparaît par taches séparées, elle est générale ou se généralise vite; elle est uniforme ; pour la teinte elle rappelle la coloration des mulâtres.
Cette affection a une marche habituellement chronique et même toujours longue quand elle débute chez une personne bien portante; sa marche peut être rapide, au contraire, et sa durée courte, quand elle apparaît au milieu d'un état cachectique.
Les capsules surrénales subissent l'évolution tuberculeuse à la manière des ganglions lymphatiques. Infiltration grise avec hypertrophie de l'organe ; transformation de l'infiltration grise en matière jaune, laquelle se ramollit : d'où suppuration, abcès tuberculeux, dépôts crétacés, etc.
Les capsules surrénales ont une structure qui rapproche beaucoup ces organes des ganglions nerveux ; elles sont en rapport très-intime avec les ganglions semi-lunaires et les branches abdominales du grand sympathique. Souvent on a observé dans la maladie dAddison la destruction plus ou moins complète de ces filets nerveux et des gariglions semi-lunaires. Lésion extrêmement importante pour l'explication des vomissements et des lipothymies, si fréquents dans cette affection,
et qui permettra peut-être un jour d'expliquer la formation si abondante de matière pigmenleuse qui donne lieu à la coloration bronzée.
Traitement. — La pathogénésie et la clinique sont également muettes sur le traitement de cette maladie. Le quinquina, le fer et les toniques, administrés à haute dose, n'ont empêché la terminaison funeste chez aucun des malades traités par l'allopathie; mais l'homœopathie n'a pas non plus enregistré de succès dans cette affection.
La nature scrofuleuse de la lésion, la cachexie si prompte à se manifester dans cette affection, indiquent sulfur, calcarea, ar~ senicum; peut-être silicea. Bœninghausen signale antimonium, nitri acidum, secale cornutum, spigelia, parmi les médicaments qui produisent une coloration noirâtre de la peau. Ce. renseignement serait excellent, mais je dois dire que vérification faite dans la matière médicale de Hahnemann et de Roth, je n'ai rien trouvé dans l'histoire de ces médicaments qui se rapporte à la coloration bronzée de la peau dans la maladie dAddison; tout est donc encore à faire sur ce point.