SCARLATINE. — FORME MALIGNE
lro variété. Sans prédominance d'affection locale.— Dans cette variété, le mouvement fébrile est énorme, le pouls audessus dé 140; la chaleur atteint 44 degrés : il y a des vomissements incessants, et la mort peut arriver au bout de douze heures, avec refroidissement, lipothymie et coma. Si le malade résiste plus longtemps, l'éruption apparaît; elle est quelquefois très-abondante et générale, d'autres fois bornée aux poignets ou à quelques portions de la peau du tronc et des membres. La fièvre continue aussi intense ; il survient du déliré, des évacuations énormes ; le malade succombe presque toujours vers le troisième ou le quatrième jour dans le coma, quelquefois dans une attaque d'éclampsie. Si le malade résiste jusqu'au septième jour, il y a des chances de guérison.
2° variété. Hémorrhagique. — Comme dans la rougeole, des hémorrhagies à siège multiple, une éruption de purpura et de larges ecchymoses mêlées à la scarlatine, caractérisent cette variété. La mort peut être déterminée par l'abondance des hémorrhagies ou par la malignité de la fièvre.
3° variété. Gangreneuse. — Il y a des épidémies où on l'observe plus fréquemment; elle est caractérisée par l'apparition de gangrène de la bouche, de la vulve ou des amygdales, survenant au milieu d'un état fébrile analogue à celui de la première variété ; une grande prostration, la tendance au refroidissement accompagnent la formation de ces gangrènes presque toujours mortelles.
4e variété. Diphthéritique. — Dans cette variété, la maladie s'annonce avec une bénignité apparente; la fièvre n'est pas trop violente: l'angine ne dépasse pas ses limites ordinaires, l'éruption se fait bien, puis, du quatrième au neuvième jour, quand il y a déjà une amélioration, prélude de la]convalescence, lorsque la desquamation a commencé , éclate une angine diphthéritique habituellement mortelle. Le mouvement fébrile reparaît ; en même temps il survient un gonflement énorme des ganglions sous-maxillaires, avec formation de fausses membranes sur les amygdales. Cette lésion qui. au début,
prédomine d'abord d'un seul côté, s'étend à toute la gorge, aux fosses nasales, et détermine la mort soit dans la prostration absolue des forces, comme dans la diphthérie maligne, soit par asphyxie et suffocation par extension de la maladie au larynx.
Forme anomale. — Quelquefois l'anomalie est caractérisée par l'absence de l'éruption; alors toute la maladie est caractérisée par l'angine scarlatineuse; d'autres fois la maladie se limite à la production d'anasarque: ainsi, pendant des épidémies de scarlatine, j'ai observé des cas nombreux d'anasarque, ayant la marche et les caractères de l'anasarque scarlatineuse, chez des enfants qui n'avaient offert ni éruption ni desquamation apparentes.
D'autres fois l'anomalie est constituée par une sorte de métissage entre la rougeole et la scarlatine. La rougeole commence d'abord, puis la scarlatine vient s'y joindre.
On a observé que, lorsque l'éruption rubéolique dominait, l'angine scarlatineuse était plus intense que la bronchite; et qu'au contraire la bronchite était plus importante lorsque l'éruption scarlatineuse prédominait.
Anatomie pathologique. — Injection de la peau et des muqueuses, gonflement des glandes de Peyer et de Brunner, hémorrhagies diverses ; souvent congestion et hémorrhagies des reins; en même temps, desquamation et oblitération des tubuli. Le sang, d'après Andral, présente une diminution des globules. Il est diffluent comme dans toutes les fièvres malignes.
Etiologie. — Maladie contagieuse et épidémique, la scarlatine a été inoculée une seule fois, à l'aide du sang scarlatineux, par Miquel d'Amboise. Cette maladie sévit principalement au printemps et en été; elle est plus fréquente de 3 à 10 ans, mais elle peut survenir à tout âge. Rochoux dit qu'elle est inconnue aux Antilles.
Traitement. — Prophylaxie.— La belladone est un bon moyen prophylactique, mais il n'est pas infaillible, 5 gouttes de tein-
ture dans i litre d'eau , une cuillerée à bouche tous les deux jours aux grandes personnes, et une cuillerée à café aux enfants. L'usage de cette potion donne quelquefois lieu à une éruption scarlattniforme.
Traitement de la forme commune. — Stramonium, belladona et hyosciamus sont indiqués pendant les deux premières périodes de la forme commune. D'après mon expérience personnelle, stramonium (3°) convient le plus souvent; il correspond à l'ensemble de la maladie, et est plus spécialement indiqué par le tremblement des membres, la fureur, le mutisme avec un air joyeux.
Belladona est préféré par la plupart des médecins et dans des circonstances analogues.
Opium m'a rendu de grands services quand il y a de la somnolence, du coma avec pupilles contractées.
Traitement de la forme angineuse. — Belladona échoue presque constamment, c'est aconitum (3e) quiconvientaudébut, dans cette forme; mais, dès le deuxième ou le troisième jour, aconitum doit être remplacé par solubilis et baryta carbonica (3°) alternés, contre l'angine.
Baryta carbonica convient seul toutes les fois qu'il y a une tuméfaction notable d'une ou de deux amygdales. C'est un excellent médicament et qui est bien supérieur à mercurius.
Traitement de la forme maligne. — Contre la forme maligne, stramonium est insuffisant, et il faut très-rapidement arriver à arsenicum ou à lachesis. Ce dernier médicament est préféré aujourd'hui par la plupart des médecins dans le traitement des scarlatines graves, et il a procuré des guérisons inespérées ; il constitue donc ici le médicament principal. Lachesis est encore indiqué d'une manière plus positive dans la scarlatine hémoiv rhagique avec chute des forces, pouls tremblant, défaillant et lipothymies.
Alianthus glandulosa. Très-apprécié et recommandé par les médecins homœopathes américains et anglais contre les cas de scarlatine maligne. Sa pathogénésie , d^ailleurs, correspond
bien à cette maladie. Apis mellifica, le Dr Kankiwell a contribué à répandre l'usage de ce venin dans la scarlatine. Il fut porté à l'employer dans cette dernière maladie , par cette remarque qu'un patient qui en était atteint, portait au bras un îlot de peau demeuré blanc au milieu de la rougeur environnante, lequel point avait été quelque temps avant le siège de l'inflammation résultant de la piqûre d'une abeille.
Si la maladie n'est pas modifiée par arsenic, si la chaleur est excessive, il ne faut pas hésiter à employer concurremment les affusions froides d'une durée d'un quart de minute à une minute, avec de l'eau de 20 à 25 degrés. Si le malade est excessivement faible , on peut commencer par des ablutions froides avec une éponge trempée dans de l'eau à 24 degrés; l'eau froide devra être appliquée dès le début, dans les cas très-violents.
Traitement des accidents et des complications. — Rappelons que les complications delà diphthérie réclament, en outre, lachesis, bryonia , bromum et surtout cyanure de mercure', l'éclampsie, belladona, œthusa ou le chloroforme en inhalation; l'œdème de la glotte : solubilis, chininum sulfuricum, apis mellifica et quelquefois la trachéotomie ; l'œdème du poumon : phosphorus, cannabis, scilla et tartarus; l'anasarque : aconitum contre le mouvement fébrile, puis belladona, arsenicum, helleborus et cantkaris. (Voy. Diphthérie, œdème de la glotte et maladie de Bright.)
J'emploie, dans la scarlatine, la 3° trituration, une cuillerée toutes les deux ou trois heures, quelquefois toutes les heures.
Soins hygiéniques. — Séjour au lit jusqu'à l'entière disparition de l'éruption; séjour dans la chambre exactement fermée jusqu'à l'entière desquamation, c'est-à-dire environ 40 jours ; nourrir les malades aussitôt que possible ; boissons alcoolisées , féculentes ou légèrement acidulées par le sirop de cerises.
Dans la forme maligne , l'alcool est formellement indiqué ; on le prescrit sous forme de vin à la dose d'un demi-litre en 24 heures, ou sous forme d'eau-de-vie à la dose de 6 à 8 cuillerées dans de l'eau sucrée.