VARIOLE
La variole est une fièvre éruptive caractérisée par des pustules ombiliquées.
C'est une maladie extrêmement grave et qui , avant la vaccine, enlevait un dixième de la population. Repoussante par son aspect et par son odeur, la variole laisse sur les survivants des difformités irrémédiables ; apportée de l'Orient comme la rougeole et la scarlatine, elle a envahi l'Europe vers le xi° siècle.
La variole présente à étudier quatre formes : la forme commune, la forme bénigne, la forme maligne et la forme anomale.
L'éruption pouvant être confluente, cohérente ondiscrète dans la forme commune et dans la forme maligne, le caractère de l'éruption ne peut servir qu'à constituer une variété et non pas une forme.
I. Forme commune. — Elle présente deux variétés : variole cohérente, variole confluente.
lre variété. Variole cohérente. Elle est caractérisée par une éruption dont les pustules se touchent sans se confondre toutes, comme dans la variété suivante, elle paraît être de quinze jours.
L'incubation a une durée de huit jours dans la variole inoculée ; cette durée est encore indéterminée dans les cas de contagion ordinaire; elle parait être de quinzeljours.
La maladie débute par un frisson initial, bientôt suivi d'une grande chaleur fébrile avec pouls fort et fréquent. Ce mouvement fébrile s'accompagne de vomissements , d'un grand mal de tête et d'une rachialgie considérable. Presque constamment il existe une constipation opiniâtre et une tendance à la sueur. Ces deux caractères, avec le début brusque de la maladie, servent à différencier, à cette période , la variole de la fièvre typhoïde.
Le mouvement fébrile affecte le type rémittent; cette période a une durée de quatre jours.
L'éruption commence habituellement le soir du quatrième jour ; le mouvement fébrile décroît dans la nuit et tombe le cinquième jour au matin. C'est un caractère commun à toutes les varioles qui ne sont pas malignes.
L'éruption apparaît d'abord à la face. Le premier jour, ce sont des papules rouges très-petites, mais déjà acuminées, ce qui les distingue de la rougeole; le deuxième jour, l'éruption se généralise, envahit le tronc et les membres ; les boutons sortis la veille présentent déjà une vésicule bien apparente. Le troisième jour, les boutons augmentent beaucoup ; leur base rougit et s'enflamme ; le liquide qu'ils contiennent devient opalin; quelques-uns s'ombiliquent. Le quatrième jour, les pustules blanchissent et s'ombiliquent ; elles se touchent toutes à la face; quelques-unes se confondent comme dans la confluente.
Le siège principal de l'éruption est à la face , aux mains et aux pieds. Le cuir chevelu, la paume des mains et la plante des pieds présentent des pustules , ce qui est un bon signe diagnostique; en même temps, une éruption vésiculeuse se fait sur la muqueuse buccale, et principalement sur celle du pharynx. C'est l'éruption de la face qui sert à classer l'éruption et à décider si on l'appellera discrète, cohérente ou confluente. En effet, dans certains cas, le tronc présente par place une éruption confluente, bien que l'éruption de la face et l'ensemble des symptômes indiquent qu'il ne s'agit que d'une variole discrète.
La pustule de variole complètement développée est composée d'aréoles communicantes, contenant un liquide séreux et un disque pseudo-membraneux. Le centre de la pustule est retenu par un filament qui n'est autre chose qu'un conduit sébacé et qui produit l'ombilication.
Suppuration. La période d'éruption dure quatre jours.
Le huitième jour de la maladie, les pustules commencent à suppurer. Ce travail s'accompagne d'une inflammation considérable de la peau. La base des pustules rougit et se tuméfie ; les pustules grossissent encore et blanchissent; la face d'abord, puis les mains et les pieds se tuméfient considérablement. La
face est hideuse, les yeux complètement fermés. En même temps que la suppuration se fait, la fièvre reparaît,. c'est la fièvre secondaire; le pouls est fort, dur et fréquent. Cette fièvre est plus intense et surtout plus dangereuse que la fièvre d'éruption.
Le troisième jour de la période de suppuration (onzième de la maladie), apparaît une salivation abondante et visqueuse que le malade peut à peine rejeter à cause du gonflement des lèvres, et qui détermine souvent, par sa, déglutition involontaire, une toux spasmodique et des accès de suffocation. Cette salivation commence avec l'éruption, mais c'est seulement au jour que nous venons d'indiquer qu'elle devient abondante et visqueuse.
Cette période dure aussi quatre jours.
Dessiccation. Le treizième jour, quelquefois seulement le quatorzième jour de la maladie, la fièvre tombe tout à fait ou au moins diminue considérablement. Les pustules commencent à se dessécher au visage; Biles deviennent jaune foncé et laissent suinter une substance épaisse ayant les apparences du miel. La rougeur etle gonflement diminuent et disparaissent rapidement. Il se forme des croûtes d'abord brunes, puis presque noires. Ces croûtes tombent et sont remplacées par d'autres plus minces, puis par de simples squames, qui, en tombant, laissent de petites cavités qui doivent persister, et une rougeur qui dure souvent jusqu'à la fin du deuxième mois.
Les croûtes tombent en général du seizième au vingtième jour, mais un petit nombre d'entre elles persistent quelquefois jusqu'à la sixième semaine.
Tracé thermique. — Dès le premier jour, la chaleur atteint 40 et même 41 degrés; elle continue ainsi avec un dixième ou deux de différence entre le matin et le soir, jusqu'à l'éruption. Ace moment, elle descend jusqu'à la normale pour reparaître pendant la fièvre de suppuration, et atteint de 39 à 41°, présente une différence de cinq dixièmes du soir au matin, et se termine tout à fait du 11e au 13° jour.
Dans la forme que nous décrivons et dans toutes les varioles
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régulières, les phénomènes de l'éruption se succèdent à presque vingt-qjiatre heures de distance, à la face, aux mains et aux pieds; en sorte que, lorsque la dessiccation commence à la face, les mains sont en pleine tuméfaction et que les pieds ne font que commencer à gonfler.
Convalescence et accidents consécutifs. — Quand il n'existe aucune complication, la convalescence de la variole est beaucoup plus rapide que celle de la fièvre typhoïde, et les malades retrouvent leurs forces au bout de peu de temps.
L'accident le plus fréquent est la formation d'abcès souscutanés, habituellement multipliés au nombre de cinq ou six. J'en ai vu jusqu'à trente ; ils se développent rapidement, presque sans douleur et sans inflammation; ils n'offrent aucun danger.
Les phlegmasies purulentes qui surviennent pendant la convalescence sont, au contraire, extrêmement graves. Ce sont principalement des arthrites et des pleurésies, quelquefois des méningites. Ces phlegmasies sont caractérisées par la suppuration d'emblée et par une marche rapide.
Enfin, on observe quelquefois une véritable diathèse purulente awec abcès multiples, phlébites, phlegmasies purulentes multipliées.
Lescaries, signalées par les auteurs, sont extrêmementrares; elles sont une suite de suppurations précédentes.
L'ophthalmie de la convalescence est habituellement une blépharite ulcéreuse avec chute des cils. Elle a une durée extrêmement longue; elle succède à quelques pustules développées sur le bord libre des paupières et sur la conjonctive.
L'albuminurie commence quelquefois dès la période d'éruption ; d'après Abeille, elle se montrerait surtout pendant la période de suppuration. C'est une albuminurie transitoire et qui habituellement n'est accompagnée d'aucun accident*
La paraplégie doit encore être comptée au nombre des suites possibles de la variole; elle guérit presque toujours.
Terminaison par la mort. — Elle peut avoir lieu pendant le cours de la maladie ou pendant la convalescence, à propos des accidents de suppuration que nous avons signalés ; mais elle arrive beaucoup plus souvent du onzième au quatorzième jour, pendant la période de suppuration. Le mouvement fébrile, trèsfort à cette période, change de nature; le pouls devient petit et faible; la peau se refroidit; la respiration s'accélère; les malades tombent dans l'adynamie ; l'éruption s'affaisse prématurément ; il survient une somnolence avec rêvasserie continuelle, tremblement des membres, et les malades succombent, comme Ta enseigné J.-P. Tessier, par cessation des fonctions delà peau et par l'asphyxie qui en est la suite.
La mort, dans d'autres cas, a lieu par le même mécanisme que dans les autres pyrexies ; la température, loin de diminuer dans ce cas, augmente jusqu'au moment de la mort.
D'autres fois, la mort survient par une inflammation du poumon ou du cerveau.
L'éruption de pustules dans le larynx et la trachée est encore une cause de mort. La dégénérescence graisseuse des fibres musculaires du cœur est une cause de syncope et de mort subite vers le onzième jour.
L'ophthalmie avec fonte purulente de l'œil, l'orchite variolique, se manifestent pendant la même période ; mais elles ne déterminent pas la mort par elles-mêmes.
2e Variété. — Variole confluente. — Elle diffère de la variété précédente par un degré d'intensité plus considérable. La première période est plus courte, et d'autant plus courte que l'éruption sera plus confluente. Elle est habituellement de trois jours.
Les petites papules de l'éruption sont si nombreuses et si rapprochées dans cette variété que la face semble envahie par un érysipèle. Les jours suivants, la réunion de toutes les vésicules se présente sous l'aspect d'une couenne demi-transparente qui recouvre toute la face. Pendant la suppuration, cette couenne jaunit et brunit ; le gonflement est énorme ; le pus réuni, comme dans une pustule unique, présente une véritable fluctuation.
La fièvre cesse rarement après la période d'éruption. Le pouls diminue seulement de fréquence, mais souvent la température reste aussi élevée, ce qui est d'un très-fâcheux pronostic. Pendant la suppuration, la fièvre devient excessivement violente, et les malades succombent pour la plupart. Le tracé thermique présente, dès le début, une grande élévation (41 degrés) , la rémission de la période d'éruption est constante, mais plus tardive, moins longue et moins complète que dans la variété précédente, elle s'arrête au voisinage de 38 degrés. Pendant la fièvre de suppuration, la chaleur atteint quelquefois le chiffre excessif de 42 degrés.
La salivation est plus considérable dans cette variété que dans la précédente. La mortalité varie suivant les épidémies du tiers aux quatre- cinquièmes des malades. Quand les malades ont le bonheur de guérir, ils présentent d'affreuses cicatrices ; leur visage est couturé. Souvent ils ont perdu un œil ; quelquefois ils sont aveugles.
II. Forme bénigne. — Cette forme est appelée discrète par les auteurs modernes. Cette dénomination est complètement erronée, puisque nous verrons que la variole maligne est souvent discrète par son éruption.
Après quelques jours de malaise, la maladie débute par un frisson, avec céphalalgie, nausée, vomissement. Le mouvement fébrile est ordinairement violent et accompagné de rachialgie et d'arthralgie. Les malades sont somnolents. Les adultes ont des sueurs, et les enfants sont en proie à des convulsions que Sydenham a le tort de regarder comme favorables, puisqu'elles peuvent tuer. Cette première période dure de vingt-quatre heures à trois jours. Dans les cas très-bénins elle peut manquer complètement.
L'éruption apparaît d'abord à la face. Elle est très-discrète, c'est-à-dire que toutes les pustules sont séparées; la fièvre tombe tout à fait.
La suppuration commence souvent dès le sixième jour, au plus tard le septième jour de la maladie. La fièvre reparaît et est plus ou moins intense, mais le gonflement de la face est tou-
jours très-considérable. Les mains et les pieds se tuméfient les jours suivants.
Le dixième ou le onzième jour, la fièvre disparaît définitivement ; le gonflement diminue, et la période de dessiccation se passe comme dans la forme commune.
Le tracé thermique présente l'élévation extrême du début propre à toutes les varioles légitimes. Une rémission complète accompagne l'éruption, et la chaleur remonte au chiffre élevé de 40 pendant la période de suppuration, mais seulement pendant deux jours.
III. Forme maligne. — Elle présente trois variétés : maligne discrète, maligne confluente, maligne hémorrhagique. Toutes présentent comme caractère commun, indépendamment del'ataxie des symptômes, la continuation du mouvement fébrile pendant la période d'éruption.
ire Variété. — Maligne discrète. — Les douleurs de tête et des reins, la chute des forces, l'anxiété, l'inquiétude, la somnolence ou le délire, sont bien plus prononcés que dans la première période de la forme commune. Les vomissements, toujours nombreux, sont quelquefois incessants. La respiration est extrêmement fréquente, entrecoupée de soupirs répétés. Il y a tremblement des membres, soubresauts des tendons, lipothymies. La fièvre est tantôt ardente, tantôt au contraire, le pouls est petit et la peau froide. La période d'invasion dure quatre jours; quelquefois cinq ou six jours.
La fièvre, au lieu de cesser, au moment de l'éruption, augmente ainsi que tous les symptômes de la malignité. L'éruption se fait difficilement et irrégulièrement; elle commence quelquefois par le tronc, et présente des pustules à toutes les périodes d'évolution, les unes acuminées,. les autres ombiliquées ; il n'y a ni rougeur, ni gonflement. Quelquefois il survient des diarrhées énormes, des sueurs profuses avec un délire furieux ou un coma profond qui peut se terminer par la mort avant la suppuration.
Malgré une fièvre violente, la suppuration se fait très-len-
tement ; on n'observe pas les gonflements successifs de la forme commune. Des accidents survenus brusquement enlèvent le malade; ce sont des convulsions, le coma, le délire, des pneumonies, des angines, des gangrènes; ces gangrènes peuvent siéger à la bouche, à la gorge, au poumon et même à la peau. La période de dessiccation seule est régulière pour le petit nombre de malades qui peut l'atteindre.
2° Variété. — Maligne confluente. — Ne diffère de la précédente que par l'éruption qui est tout à fait confluente et par une durée moindre de la première période, l'éruption commençant souvent dès le deuxième jour. Les accidents et les risques de mort sont les mêmes que dans la variété précédente.
3° Variété. — Maligne hémorrhagique. — L'influence épidémique et les dispçsitions individuelles modifient beaucoup les caractères de la variole hémorrhagique.
o. Variole hémorrhagique discrète. — Quelques malades périssent dès les premiers jours avec un très-petit nombre de pustules, ou même tout à fait sans pustules. L'éruption est alors représentée par de larges plaques scarlatiniformes. La face tout entière est quelquefois envahie par cette rougeur qui devient de plus en plus sombre et passe bientôt au livide et au noir. Les aines, la poitrine, le cou, présentent des taches semblables.
Les hémorrhagies sont abondantes; mais le plus souvent elles apparaissent du quatrième au septième jour, alors que l'éruption est complète. Ce sont des épistaxis, des hématuries, des mélaena, des métrorrhagies, etc. Oh observe des hémorrhagies sous-cutanées considérables ; les pustules se remplissent de sang et sont mélangées avec des taches de purpura.
Très-souvent une des premières hémorrhagies est sous-muqueuse, elle apparaît aux yeux sous forme d'un double chémosis.
L'éruption est discrète ; souvent la fièvre est nulle ou peu marquée, la connaissance est entière, et les maladesj)érissent
VARIOLE. — FOBME ANOMALE. 193
dans le premier septénaire. J'ai observé dans la période d'invasion des vomissements excessivement nombreux.
b. Variole hémorrhagique confluente. — Dans une autre variété, l'éruption est confluente, la fièvre est intense. La maladie présente tout à fait l'aspect de la confluente maligne. Seulement les pustules se remplissent de sang; elles s'accompagnent de taches de purpura, et il y a des hémorrhagies multiples, mais moins abondantes que dans la variété précédente. Il faut bien se garder de confondre avec cette forme affreusement dangereuse les varioles communes qui s'accompagnent
de .quelques hémorrhagies.
V. Fokme anomale. — Comme la scarlatine et la rougeole, la variole présente des anomalies quant à ses périodes et quant à son éruption : tantôt les pustules sont démesurément grandes et ressemblent à des bulles, varioles cristallines; d'autres fois, elles sont desséchées et comme cornées, varioles siliqueuses et verruqueuses. Mais l'anomalie la plus fréquente est celle qui résulte de la modification de la maladie .par la vaccine ou par une variole antécédente : c'est la varioloïde.
Varioloïdé. — La varioloïde est caractérisée par la suppression plus ou moins complète de la fièvre de suppuration. Elle peut se présenter sous les trois formes propres à la variole et offre peu de différence dans les deux premières périodes ; il faut donc savoir que la varioloïde peut commencer avec un appareil fébrile excessif et toutes les apparences d'une maladie très-grave ; puis subitement vers le septième, le huitième ou le neuvième jour, la fièvre cesse complètement, la maladie passe sans transition de la deuxième à la quatrième période, et la suppuration est supprimée avgc tous ses accidents. La varioloïde est coupée d'autant plus court que l'immunité vaccinale ou d'une variole antécédente est plus complète; quand cette immunité est très-affaiblie, la maladie est extrêmement violente et peut se terminer par la mort. On observe, suivant le degré d'immunité, toutes les variétés, depuis la variole à peine Jousset, 2« édit. 13
atténuée et qui se termine par la mort, jusqu'à celle qui manque totalement de la fièvre de suppuration.
En général, dans la varioloïde, les pustules sont peu ou point ombiliquées ; et la période de suppuration, étant fort incomplète, elles ne laissent pas de cicatrices.
Altération du sang. — Dans la forme commune il y a augmentation de la fibrine et conservation des globules ; dans la forme maligne il y a, pour ainsi dire, cadavérisation du sang par avance.
Les globules se déforment, s'accolent facilement; ils cessent leurs fonctions et n'absorbent plus les gaz, d'où les symptômes d'asphyxie que Ton observe dans toutes les varioles graves, surtout les hémorrhagiques. La fibrine diminue considérablement; les matières extractives augmentent considérablement. Cette augmentation est due, en grande partie, à la suppression des fonctions cutanées.
Étiologie. — La variole est une maladie épidémique, contagieuse et inoculable. La contagion s'opère surtout pendant la période de suppuration ou celle de dessiccation. L'inoculation se fait par le liquide contenu dans les pustules ou desséché dans les croûtes. Le sang des varioleux n'est pas inoculable. Trèspeu d'hommes sont réfractaires à la variole, et aucune race ne présente d'immunité. Elle sévit sous tous les climats et dans toutes les saisons. Cependant, les épidémies sont plus fréquentes pendant l'été. Aucun âge n'en est exempt, et on a vu des fœtus atteints de la variole; néanmoins, c'est principalement après six ans que la prédisposition se montre davantage.
Traitement. — La prophylaxie repose entièrement sur la propriété des fièvres éruptives de n'atteindre qu'une seule fois le même individu. Depuis 1673 jusqu'à la découverte de la vaccine, l'inoculation de la petite vérole était le moyen généralement employé ; seulement, la maladie développée par ce moyen devenait exceptionnellement très-violente et amenait quelque-
fois la mort. La vaccine, qui est une maladie empruntée au cheval et qui préserve à cause de son extrême analogie avec la variole, ne présente jamais d'inconvénient, aussi a-t-elle été considérée à juste titre comme un véritable bienfait. C'est, du reste, une prophylaxie tout à fait homœopathique.
La vaccine offre assez d'intérêt pour un médecin, pour que nous en fassions un chapitre à part, placé après la variole.
Traitement curatif. — Aconitum aux plus basses dilutions est le médicament principal de la première période ; il est indiqué par le mouvement fébrile franchement inflammatoire avee tendance à la sueur. Belladona sera préférée s'il existe déjà du délire et si les vomissements et la rachialgie sont excessifs. Opium convient mieux s'il y a somnolence ou contraction des pupilles.
Rhus toxicodendrum a été conseillé surtout quand le mouvement fébrile est mélangé de froid et de chaud; quand il s'accompagne de douleurs tiraillantes dans les membres. L'anxiété avec agitation, les bourdonnements d'oreilles et les coliques avec diarrhée ne contr'indiquent pas ce médicament.
La belladone présente bien comme le rhus un mélange de froid et de chaud, mais elle est plutôt caractérisée par la chaleur sèche, brûlante, avec battement des artères, gonflement des veines, rougeur et bouffisure de la joue.
Tartarus emeticus à la première trituration est le médicament principal de la variole à la seconde périodp; ce médicament produit à la peau des pustules analogues à celles de la variole, des pustules dans le pharynx et dans la bouche avec cette accumulation de mucus visqueux propre à la variole. On trouve encore dans sa pathogénie les vomissements et la rachialgie.
Ce médicament doit être continué pendant la période de suppuration, à moins qu'il ne surgisse d'autres indications. Il faut se rappeler que la fièvre du tartarus est caractérisée par Vabsence de soif et une somnolence excessive. Tartarus est encore indiqué par les affections des bronches et surtout du parenchyme pulmonaire, qu'on observe quelquefois pendant la période de suppuration.
Arsenicum (6mo dilution) est indiqué si le malade menace de tomber dans le collapsus; grande faiblesse; refroidissement des extrémités; face bouffie, livide; anxiété; accélération de la respiration; pouls petit, faible, rapide, irrégulier; sueur froide, visqueuse; agitation et sentiment de brûlure intérieure. Arsenic sera remplacé par carbo vegetabilis 30e, si les symptômes ^asphyxie se prononcent davantage.
Mercurius indiqué par les symptômes buccaux et cutanés a été conseillé dans la période de suppuration. Je ne l'ai jamais employé. Il en est de même de thuya recommandé tout à fait empiriquement par Bœninghausen et de sarracmia purpurea qui a eu une certaine vogue.
Je dois rappeler à ce propos que le traitement de la variole expose les médecins à une certaine illusion. En effet, si les effets préservatifs de la vaccine existent encore chez les malades, la période de suppuration sera supprimée à peu près complètement; en sorte que la maladie se terminera brusquemment le 8e ou le 9e jour, c'est-à-dire trois ou quatre heures après l'administration de sarracenia ou de tout autre médicament, et qu'on sera porté à attribuer à une action thérapeutique ce qui est purement et simplement l'effet d'une vaccination antérieure. Vaccinium de la lr° à la 3° trituration a été employé depuis quelques années par plusieurs médecins français, comme médicament prophylactique et curatifde la petite vérole; l'homœopathicité de ce médicament est parfaite et les résultats déjà obtenus nous engagent à conseiller de continuer les essais. On donne ce médicament à toutes les périodes et dès que le diagnostic est porté.
La période de dessiccation ne réclame que des soins hygié** niques, à moins de complications. Les grandes suppurations demandent arsenicum, silicea ou hepar sulfuris; et les ulcérations qui leur succèdent, nitri acidum.
VI. Forme maligne. — Arsenicum estle médicament principal; nous venons de rappeler ses principaux symptômes, muriatis acidum et phosphori acidum sont indiqués si arsenicum ne modifie pas les diarrhées excessives.
Variété hèmorrhagiqu&.-j- Lachesis est le médicament principal; voici les symptômes qui l'indiquent : chute rapide des forces, soif inextinguible, vomissements bilieux et alimentaires violents et incessants, rachialgie considérable, rash scarlatineux, hémorrhagies par divers organes et principalement par les yeux.
Phosphorus est indiqué pour les hémorrhagies multiples et par un ensemble de symptômes fébriles qui rappelle la fièvre typhoïde; pouls très - fréquent, chaleur sèche, somnolence profonde avec bouche ouverte, lèvres et langue sèches et noires, diarrhées abondantes et involontaires.
Secak cornutum convient dans un état plus avancé quand il y a des symptômes de gangrène : pustules noires et gangreneuses ; sphacèle dans quelques parties ; refroidissement; pouls petit, faible, rapide, inégal, supprimé ; soif ardente, inextinguible; selles involontaires.
Les convulsions du début réclament les traitements de l'éclampsie.
Hygiène. — Il faut nourrir et aérer les malades' autant que possible. Des bouillons et des potages aussitôt que le mouvement fébrile s'interrompt ou diminue; faire lever les malades tous les jours. J.-P. Tessier, non-seulement les faisait lever, mais encore transporter dans la cour de l'hôpital ou à la fenêtre ouverte des salles, afin de lutter contre l'asphyxie cutanée qui est une cause puissante de mort dans cette maladie.
Les moyens abortifs appliqués à la face : emplâtres de Vigo, onctions mercurielles, cautérisation des pustules, lotions avec le sublimé, semblent avoir produit un mauvais effet, sur la marche de la maladie; nous ne les conseillons pas, excepté pour les paupières qu'il importe de préserver, à cause des blépharites consécutives.