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LIVRE III

La fièvre intermittente est une maladie caractérisée par un mouvement fébrile revenant sous un type régulier et constituant des accès. Elle est propre .à certains pays, et elle a pour lésion la congestion de la rate.

L'accès se compose de trois périodes ou stades : frisson, chaleur et sueur. Il offre donc l'image d'une maladie complète. Le frisson correspond à la période du début et d'augment, la chaleur à la période d'état, et la sueur à là période de déclin ou de crises.

Un type est Tordre suivant lequel se reproduisent les phénomènes. Les accès de fièvre intermittente se présentent sous quatre types principaux, lesquels offrent eux-mêmes plusieurs variétés.

Type quotidien. — Un accès chaque jour. L'accès peut se répéter deux fois le même jour. C'est alors une quotidienne doublée.

Type tierce. — Un accès tous les deux jours, séparé par un jour d'apyrexie. S'il y a deux accès chaque deux jours, c'est la tierce doublée. Dans \& double tierce, il y a un accès tous les jours. Mais ils sont disposés de telle façon que tous les jours pairs il y a des accès semblables, et tous les j#*irs impairs d'autres accès différents des premiers, mais semblables entre eux. En sorte que, par exemple, l'accès du mercredi ressemble à celui du lundi, et l'accès du jeudi ressemble à celui du mardi. C'est comme si deux fièvres tierces marchaient simultanément chez le même sujet.

Type quarte. — Un accès tous les quatre jours, séparé par deux jours d'apyrexie. Quand il y a deux accès tous les quatre jours, c'est la quarte doublée. Mais il y a aussi une double-quarte. L'évolution de ce type est. complète dans cinq jours ; il y a deux jours de fièvre. Exemple : accès le lundi et le mardi, apyrexie

le mercredi, accès le jeudi et le vendredi ; mais l'accès du lundi et du jeudi se ressemblent, et celui du mardi et du vendredi se ressemblent. C'est, comme la double tierce, le développement simultané de deux fièvres.

On cite quelques cas très-rares de fièvres quintanes, sextanes, septimanes, octanes, nonanes.

Enfin les types sont devançants ou retardants. Dans le premier cas, l'heure du'début avance à chaque accès; dans l'autre, elle retarde.

Type rémittent. - Mouvement fébrile continu, offrant périodiquement des accès complets avec frisson, chaleur et sueurs. Pas d'apyrexie dans ce type.

Tous ces types peuvent se transformer les uns dans les autres. Ainsi le plus ordinairement, dans les pays de fièvres, le type est d'abord rémittent, puis il devient quotidien, tierce et enfin quarte. C'est donc une erreur de vouloir classer les fièvres intermittentes par leurs types, puisque ce caractère n'a rien de fixe, ni d'immuable.

La fièvre intermittente présente à étudier six formes distinctes : forme bénigne, commune, maligne ou pernicieuse, anomale, larvée et cachectique d'emblée.

I. Forme bénigne ouvernale. — Elle revient soiis les types tierce ou quotidien; elle sévit surtout au printemps; enfin, elle guérit spontanément. Cette guérison spontanée a lieu le plus souvent après le quatrième, le septième ou le neuvième accès. C'est la fièvre tierce des auteurs, la fièvre vernale de Sydenham.

Les prodromes ne sont pas constants ; le plus souvent ils consistent en des bâillements avec pandiculation ; quelquefois des accès de toux sèche ou une douleur névralgique; d'autres fois c'est une sorte d'excitation ou un sentiment de force et de bien-être extraordinaires.

Le plus souvent les frissons partent des lombes, quelquefois des extrémités; ils vont jusqu'au tremblement avec claquement des dents; ils s'accompagnent de pâleur de la face et

des extrémités. La pâleur va quelquefois jusqu'à la lividité des pieds et des mains, marquée surtout aux ongles; Il y a chair de poule, sentiment de froid et froid réel du tégument extérieur; cependant le thermomètre accuse -une élévation de température dans .les parties profondes. Le pouls est petit, dur, concentré; il y a céphalalgie frontale et douleur dans les membres; souvent vomissements bilieux; quelquefois soif vive, plus souvent adipsie; les urines sont pâles, aqueuses et abondantes. La durée moyenne de ce stade est d'une à deux heures; 1 peut consister en un simple frissonnement de quinze à vingt minutes; il peut au contraire se prolonger cinq à six heures.

Le stade de chaleur s'annonce par des bouffées de chaleur qui viennent se mélanger aux frissons; puis le froid disparaît complètement; la chaleur devient vive, acre, sèche, très-désagréable; elle s'accompagne d'un mal de tête très-violent avec tendance à la somnolence ou au délire. En même temps, le pouls est grand, dur et fréquent; la soif est vive; les urines sont rouges et peu abondantes. La durée de ce stade est de deux à quatre heures.

Le stade de sueur commence ; le malade se trouve mieux. La chaleur devient moins vive ; la céphalalgie et la soif diminuent; le pouls est plus large, moins dur et moins fréquent; la sueur se produit sous forme d'une douce moiteur, puis elle devient abondante, profuse. Elle apparaît d'abord à la face, et successivement au tronc et aux membres; elle dure de deux à quatre heures, s'accompagne souvent d'un sommeil réparateur et de la disparition complète de tous les symptômes fébriles. Les urines sont foncées et laissent déposer par le refroidissement un sédiment très-abondant analogue à de la tuile pilée. Le tracé thermométrique est fort remarquable, il s'élève pendant le frisson, on obtient 40, 41 et même 42°, il commence à descendre pendant la chaleur; et, après l'accès, le thermomètre marque 37, 36, 5 et même 36°*

Dans le commencement, les malades éprouvent de la courbature et de l'inappétence le jour de Vapf/rexie; mais plus tard la santé semble parfaite entre les accès.

Le plus souvent, dans la forme bénigne, les accès reviennent sous la forme tierce. Cependant, au début, on observe quelquefois le type quotidien ou le double-tierce; et ce n'est que plus tard, après le quatrième accès ordinairement, que les accès reviennent définitivement au type tierce.. Comme nous l'avons dit, cette fièvre a une tendance naturelle à la guérison, habituellement après le septième et le neuvième accès. Elle dure rarement plus de six semaines.

La rate se gonfle de plus en plus à chaque accès, mais elle ne devient jamais énorme.

II. Forme commune (ou quarte, ou automnale). — Elle est caractérisée parla succession des types; par une durée qui peut atteindre plusieurs années, par l'existence d'une période cachectique.

Elle présente à étudier trois périodes : le début, la période d'état et la période cachectique.

Habituellement pseudo-continue, rémittente, elle simule la fièvre typhoïde pendant son premier septénaire; puis sa rémittence se marque de plus en plus, la fièvre devient quotidienne, tierce, puis enfin quarte, qui est le type naturel de cette fièvre.

Cette période de début peut durer plus ou moins d'un septénaire; elle peut manquer complètement : alors la maladie débute d'emblée par la période d'état.

A cette période, la fièvre, si elle n'a pas été troublée dans sa marche naturelle, revient presque toujours sous le type quarte. C'est la fièvre quarte des auteurs. L'accès est habituellement plus court que dans la forme bénigne, et cependant le frisson est plus long.

L'intermission est plus complète que dans les autres formes ; les malades conservent leurs forces et leur appétit, et ils peuvent se livrer à leurs occupations accoutumées. Cependant la rate se gonfle de plus en plus, ainsi que le foie; la maladie se continue pendant un ou deux ans, présentant quelquefois une rémission naturelle d'une durée de quelques mois pendant l'hiver ou au commencement de l'été.

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