CHOLÉRA, — FORME ATAXIQUE
II. FoflME bénigne ou Choléhinê. «-*• Bon Caractère distinctif est l'absence de phénomènes asphyxiques ; elle présente d«s degrés très-divers, depuis la simple diarrhée riziforffie jusqu'à cet ensemble constitué par les vomissements, la diarrhée, le froid, les crampes et la suppression des urines. Il n'y a jamais ni lividité, ni suppression du pouls.
III. Forme ataxiqué (improprement appelée typhoïde). — Caractérisée par une période algidë affectant une bénignité apparente, et par une période de réaction tfçs-gfave, pendant laquelle se développent des inflammations viscérales, souvent mortelles.
La bénignité de la première période n'est qu'apparente ; Tirrégularité, le désaccord des symptômes témoignent, dès le début, de l'excessive gravité de cette forme. Les vomissements peuvent manquer ou être très^peu nombreux ; les évacuations contiennent souvent de la bile; tes urines persistent. Mais, ici, plus que dans toute autre maladie, on observe Vataxie dessym* ptômes. Ainsi, le pouls peut persister avec une algidïté Complète ; le pouls être complètement absent, avec une rougeur et une chaleur de la peau excessives; le pouls être très-appréciable à un bras et être nul a l'autre ; une portion du corps présenter une chaleur brûlante, et l'autre un froid glacial ; la cyanose est de même distribuée inégalement.
La période de réaction se fait incomplètement, et en même temps on voit se développer des inflammations gastro-intestinales, des méningites et des congestions cérébrales. Les malades tombent dans la stupeur; la prostration est complète, et leur état présente une certaine ressemblance avec la fièvre typhoïde ; c'est Y état typhoïde des auteurs; la diarrhée, avec évacuations involontaires, le délire, la somnolence surtout, complètent le tableau de cette période de réaction. Mais, à mesufe que les inflammations viscérales s'aggravent, l'étal cholérique reprend son caractère propre, c'est-à-dire qu« l'asphyxie et Talgidité reparaissent. L'inflammation, au lieu de s'accompa* gner d'une réaction fébrile violente, détermine rapidement un abaissement du pouls et de la température ; en sorte que ces
inflammations se font à froid% et que lorsque la mort arrive, le coma, l'aigidité, la cyanose, ont ramené complètement l'apparence cholérique.
Quand les malades guérissent, les fonctions se rétablissent graduellement, les inflammations se résolvent lentement et laissent le malade dans une convalescence longue et difficile.
Cette forme du choléra a une marche bien plus lente que toutes les autres. La mort, à moins qu'elle ne frappe les malades pendant l'aigidité, ne survient guère avant la fin du premier septénaire, et nous l'avons observée à la fin du second et dans le cours du troisième. La guérison demande encore plus longtemps pour être définitive»
VI. Forme foudroyante ou asphyxique d'emblée. Choléra noir des auteurs. — Il ne faut pas confondre avec cette forme tous les cas de choléra sans prodromes, et dans lesquels les malades, frappés de terreur, tombent immédiatement dans un affaissement complet. Ce qui caractérise la forme foudroyante, c'est l'asphyxie d'emblée. Dans la forme commune, l'asphyxie survient graduellement et n'est manifeste que lorsque la maladie a déjà duré plusieurs heures. Ici les évacuations, l'aigidité, les crampes et la cyanose surgissent simultanément. Le pouls s'en va et disparaît rapidement ; la cyanose se généralise; les malades deviennent. noirs, l'aigidité est extrême ; l'amaigrissement marche avec une rapidité incroyable; le faciès est cadavérique ; le corps se couvre d'une sueur froide et gluante, et la mort peut survenir au bout de deux heures; d'autres fois la maladie se prolonge pendant vingt-quatre heures. Si les malades guérissent, une réaction très-franche, très-violente s'établit. Cette réaction offre les caractères et les périls de celles que nous avons décrites pour la forme commune, seulement avec une intensité plus considérable.
Les principales affections consécutives du choléra sont : des diarrhées, des gastralgies, des dyspepsies rebelles. La folie peut aussi apparaître pendant la convalescence de cette maladie.
CHOLERA. — ÉTIOLOGIE. 261
Anatomie pathologique. — Les cadavres présentent un mélange des signes de la mort par asphyxie et par syncope. Le système veineux est rempli par un sang très-épais, noir, et ne rougissant pas à l'air; les artères sont vides.
Les cadavres des cholériques se réchauffent un peu sept à huit heures après la mort. A ce moment, on observe quelquefois des contractions musculaires.
L'altération du sang consiste dans une diminution du sérum, de la fibrine et de l'albumine, et une augmentation des principes colorants. Suivant certains observateurs, les globules seraient altérés ; suivant d'autres, ils resteraient à l'état normal. Les évacuations sont composées par un liquide albumineux analogue au sérum du sang; la muqueuse gastro-intestinale présente une vascularité excessive, avec des ecchymoses et des points ramollis; les plaques de Peyer sont saines, et il n'y a ni ulcération ni gangrène ; les follicules isolés sont habituellement développés, d'où le nom de psorentérïe donné par lesorganiciens au choléra.
Les autres organes présentent des signes de congestion veineuse, ou, quand la mort arrive après la réaction, des signes d'inflammation.
Etiologie. — Le choléra est une maladie contagieuse et épidémique. Elle ne semble pas inoculable. L'histoire des dernières épidémies démontre qu'elle est toujours importée, et que les évacuations cholériques constituent l'agent le plus actif de la transmission de la maladie. La question desavoir si le choléra se propage par les marchandises venues des pays infectés v est encore douteuse.
Des localités, situéesà 500 mètres d'autres localités infectées, ont été préservées quand elles Je sont tenues parfaitement isolées. Je possède des exemples où la durée de l'incubation a été audessous de vingt-quatre-heures ; mais nous ignorons encore quel est le temps le plus long au bout duquel le choléra peut se déclarer. Les quarantaines fixées à cinq et huit jours nous paraissent trop courtes.
Le choléra sévit de préférence et est plus grave dans la première enfance, puis dans la vieillesse et à l'âge adulte ; la seconde enfance est l'âge qui fournit le moins de mortalité. Les climats sont indifférents, et cette maladie se propage de Calcutta à Archangel. En France, elle se développe plus facilement au printemps, en été et en automne. Mais à Moscou elle a sévi avec rigueur pendant l'hiver de 1830.
* lies pays situés sur les bords des fleuves et de la mer sont plus favorables à son développement ; cependant il a envahi le Népaul et le Thibet, qui sont .à une grande altitude. La race nègre et jaune, la race israélite sont plus disposées à la maladie. Les pauvres, les ivrognes, les personnes qui font des excès sont les premières victimes dans les épidémies.
Certaines localités sont plus difiicilementenyahies, quelquesunes sont restées indemnes jusqu'à ce jour; entre autres Lyon, Versailles, Poitiers. Nous n'avons pas encore d'explication satisfaisante de ee fait.
Les ouvriers en cuivre et les vidangeurs sont, dit-on, préservés.
Il y a encore des circonstances inconnues qui font qu'une épidémie est forte ou faible; qu'elle se développe ou qu'elle avorte. Une première invasion est toujours beaucoup plus meurtrière.Quand ilya plusieurs invasions à courtes échéances, elles sont habituellement de moins en moins graves.
Les escès de toutes sortes, les refroidissements, les émotions tristes, toutes les causes de diarrhée et d'indigestion, peuvent être l'occasion du développement de la maladie.
Traitement. — La prophylaxie du choléra a préoccupé tous les médecins. ; elle consiste d'abord et principalement à éviter avec soin les causes occasionnels, et à traiter avec la plus grande sévérité les plus petites diarrhées qui, comme accident commun, peuvent servir de point de départ à la maladie. On a beaucoup exagéré cette prophylaxie tirée de la guérison de la diarrhée prémonitoire ; il faut que le médecin sache bien qu'on n'arrête pas plus l'évolution du choléra que celle de la variole, et que lorsque la diarrhée est réellement le premier symptôme du
choléra, on ne l'arrête pas. Seulement on se met dans la meilleure condition possible en traitant la maladie à son début.
Les homœopathes se louent de faire prendre comme préservatif une dose, chaque jour ou chaque deux jours, de veratrum^ cuprum etarsenieum alternés, à une basse dilution, la 3e et la 6°. L'usage de porter une plaque de cuivre sur la peau a été aussi recommandé.
Traitement de la forme bénigne. «— Trois médicaments correspondent à cette forme: ipéca, phosphori acidum et croton tiglium. Ipéca est indiqué par la prédominance des vomissements; phosphori acidum par la diarrhée de plus en plus pâle et riziforme ; croton tiglium par la diarrhée bilieuse avec coliques.
Traitement de la forme commune. — La diarrhée prémonitoire demande phosphori acidum ou croton tiglium.
Période algide. Veratrum, cuprum, arsenicum, camphora et carbo vegeiabilis.
Ces médicaments correspondent à la période algide entièrement développée. Veratrum est indiqué spécialement par des évacuations très-abondantes et l'algidité prononcée; cuprum sera préféré quand les évacuations seront difficiles et douloureuses, et quand les crampes seront prédominantes. Arsenicum est demandé par un état analogue à veratrum, mais en plus : jactitation, angoisse, crainte de la mort, sensation de brûlure intérieure, pouls complètement supprimé,
Camphora convient tout à fait au début de la période algide, quand la chute des forces et l'algidité s'établissent de prime abord ; que les évacuations sont encore peu nombreuses et même n'ont pas encore commencé. Il se donne à l'état d'esprit de camphre : quelques gouttes sur du sucre et non dans de l'eau, une dose toutes les dix minutes.
V acide hydrocyanique est aussi un médicament du début; chute rapide et complète des forces ;/>ou& disparu seulement à un poignet .
Carbo vegetabtlis, au contraire, convient à une période trèsavancée, quand les malades sont tombés dans le collapsus, que l'asphyxie esft déjà très-avancée et que le pouls manque complètement.
Il faut se rappeler que veratrum est le médicament principal et le plus fidèle de tous.
Période de réaction. — Aconitum, belladona, opium, mercurtus, arsenicum, sont indiqués suivant que les inflammations et les congestions viscérales envahisssent le cerveau ou les intestins.
Aconitum est indiqué par un mouvement fébrile bien fort : grandeur du pouls, rougeur de la face et de la peau du corps, soif; la continuation de la diarrhée est un signe de plus pour le choix d'aconitum.
Belladona. Congestion du cerveau et de la face, battement des carotides , yeux brillants et saillants, pupille dilatée ; dé lire ou somnolence; albuminurie.
Opium. Somnolence, coma, pouls grand et lent, stèrtor, quelquefois fureur; pupille rétrécie.
Mercurius et arsenicum sont indiqués par une entérite consécutive. Mercurius, si les selles sont vertes ou sanguinolentes, petites avec ténesme. Arsenicum, si la diarrhée est violente, séreuse et fétide.
Traitement de la forme ataœique. — Période algide. Les mêmes médicaments que dans la forme précédente; seulement camphora est bien plus souvent indiqué que les autres médicaments. 0
Période de réaction. Elle est très-difficile à traiter; indépendamment des médicaments signalés dans la forme précédente, rous signalerons le lachesis et \esecale cornutum, qui conviennent dans les inflammations viscérales avec froid extérieur.
Lachesis est préférablement indiqué par l'inégalité de la réaction, par la tendance aux syncopes et par l'inflammation cérébrale, enfin par un mélange de coma et d'asphyxie.
Secale cornutum est indiqué par la continuation de la diarrhée riziforme après la cessation des vomissements, et par le retour de Talgidité.