CHAPITRE PREMIER
Nutrition,
“ La nutrition, dit Richard, est l’acte par lequel les végétaux, après avoir puisé dans les milieux où ils vivent, les gaz ou les liquides indispensables à l'entretien de leur vie, éprouvent les modifications nécessaires au développement des parties qui les constituent, et à la formation des organes nouveaux qu’ils doivent successivement produire.” Ce sont les racines et les feuilles qui sont les principaux organes de nutrition.
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La nutrition comprend plusieurs actes que nous allons voir successivement. |
ARTICLE I
Absorption.
Le squelette des plantes se compose presque exclusivement de quatre éléments, oxygène, hydrogène, carbone et azote. Il y entre encore un certain nombre de substances minérales, phosphates, carbonates et silicates. Or la plupart de ces aliments sont puisés dans le sol par les racines. Il n’y a guère que l'extrémité cellulaire de la racine, la spongiole, qui concourt à l’absorption. Et comme les cellules qui la composent sontcomplètement closes, l’absorption des liquides du sol ne peut se faire que par endosmose. C’est dire qu’une racine saine ne pourra jamais absorber une matière solide quelque ténue ; qu’elle soit. En revanche toutes les matières liquides sont absorbées avec une facilité qui dépend uniquement de leur densité plus ou moins grande comparée à celle du suc cellulaire.
La force endosmotique n’est pas la seule qui pro- ù duise l’absorption, la capillarité y joue aussi un rôle % important, et elle puurrait suffire à elle seule pour À faire arriver l’eau du sol jusqu’au sommet d’arbres À très élevés. C’est pour utiliser cette force physique À
que les jardiniers ont le soin de rafraichir, c'est-à- 4
dire, de couper d’une section nette les racines des À végétaux qu'ils transplantent et qui se seraient bri- & sées pendant l'opération. Enfin le vide qui se pro- #
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duit dans les feuilles par la transpiration végétale, se communique de cellule en cellule, de v.isseau en vaisseau, depuis le sommet jusqu’à la racine, et augmente encore la force d'absorption des spongioles. La force et la rapidité avec lesquelles se produit l'absorption sont très considérables. En quelques [minutes les plantes fanées que l’on arrose redeviennent turgides, et d’un autre côté, le fait que les liquides atteignent le sommet des arbres les plus élevés prouve que la force d'absorption est capable de contrebalancer une pression de plusieurs atmosphères.
ARTICLE II
Circulation.
Les liquides absorbés par les spongioles se répandent dans toute la plante. Mais, comme les svégétaux n’ont pas un système continu de vaisseau à la façon des animaux, à part le double Imouvement qui porte le liquide nutritif ou la sève [de haut en bas et de bas en haut, il y a lieu de conisidérer deux autres mouvements, l’un qui se fait dans chaque cellule, la giration, et l’autre qui se fait
protoplasma des cellules. La circulation du latex se «fait avec une assez grande irrégularité dans les anses «et les anastomoses des vaisseaux laticifères. A melsure qu’il monte ou descend dans ces tubes, le latex lse répand latéralement de façon à parcourir toutes
les mailles de ce réseau vas'uiaire.
Mouvement général de la sève.—La sève, aussitôt}d après son absorption, se met en mouvement vers les 2 feuilles. Au départ elle n'offre que des traces de D matières premières : albumine, glutine, gomme, d sucre, ete. Mais elle s'enrichit À mesure qu’elle[de monte. Le mouvement ascensionnelle qui commence au printemps, subit un arrêt relatif vers le milieu de l'été pour recommencer de nouveau au mois d’août en faveur des bourgeons et du boïs de l'automne. C’est par l’aubier des tiges que passe la sève ascendante et surtout par les couches int: rieu-fc’e res. Le inouvement ascensionnel ne se fait pas ri-Îsu goureusement en ligne droite, mais le suc vital sefrac répand latéralement de façon à se maintenir cons-Îl’at tamment homogène et à imbiber également toutesides les parties des tiges. La quantité de sève qui montefrat ainsi le printemps est toujours très grande. C’est cellest que l’on peut constater en faisant dans une tige uneËfroi incision assez profonde pour attaquer l’aubier. D’après M. l’abbé Provancher, un bouleau peut donner jusqu’à vingt gallons de sève avant que ses feuillesh se développent. i
La sève arrive petit à petit dans la feuille et y 1 subit diverses transformations qui la rendent assi-b C0 milable. Elle redescend ensuite, mais par un autre chemin. La sève descendante, qu’on appelle encore | ay le cambium, passe par le liber de l'écorce et se ré-Mnir pand en même temps entre les tissus corticaux et Ispé ligneux pour s'organiser chaque année en une nou-à pla velle couche de bois. Ce rôle important joué para 1 l’écorce dans la circulation de la sève, explique pour-#
ve, aussitôt quoi les arbres auxquels on a enlevé une zône circulaire d’écorce sont nécessairement voués à la mort. D'ailleurs toute blessure considérable faite à l’écorce d’un arbre amène assez souvent la décomposition des parties corticales voisines et, par suite, la mort.
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ARTICLE III
Transpiration.
Les végétaux transpirent comme les animaux, c’est-à-dire, qu’ils perdent, par leurs parties vertes surtout, une portion de l’eau absorbée par les racines. La transpiration varie avec l’état de l’atmosphère ; toute cause qui affecte l’évaporation des liquides agit de la même manière sur la transpiration. Dans un aïr sec et chaud la transpiration est abondante, elle est presque nulle quand l’air est froid et humide.
ARTICLE IV
Respiration.
La respiration est un des phénomènes les plus compliqués de la physiologie végétale.
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nt joué par au même phénomène. à % Voici en abrégé les principaux actes qui consti-
tuent ce qu’on appelle la respiration végétale. Sous l'influence de la lumière solaire, les parties vertes absorbent l’acide carbonique et le décomposent ; elles rejettent en même temps de l’oxygène. Dans l’obscurité l’inverse se produit ; l'oxygène est absorbé et l’acide carbonique rejeté. Cet acide carbonique vient probablement du sol et, d’après Dumas, il passerait dans la plante comme à travers un crible pour s'échapper à l'extérieur, tant que la plante n’est pas exposée à la lumière solaire.
Les vaisseaux des tiges se remplissent d’air lorsque le grand mouvement de la vie se ralentit, et ils constituent alors de puissants organes de respiration trachéenne.
L’absorption et la décomposition de l'acide carbo- # nique de l’atmosphère, voilà la principale cause qui contribue à enlever à l’air l’excès d’acide carbonique! qui provient des combustions et de la respiration 4 des animaux.
ARTICLE V
Sécrétions.
respiration, est devenue assimilable. Alors appa-b raissent dans les tissus végétaux une foule de prin- ‘ cipes qui constituent à proprement parler les sécré-k tions des plantes. |
Plusieurs parmi ces principes immédiats peuvent être regardés comme le résultat de la combinaison! d’un certain nombre de molécules de carbone avecé
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un certain nombre de molécules d’eau. Tels sont la cellulose, l’amidon, les gommes, les résines, les sucres, la dextrine, le ligneux. Ajoutons un excès d'hydrogène à ces sécrétions et nous aurons le latex et la chlorophylle. Le caoutchouc, les huiles, les essences, ne se composent que de molécules d’hydrogène et de carbone combinées ensemble. Dans les acides organiques au contraire l’oxygène prédomine. La présence de l’azote avec les trois éléments précédents produit les alcaloïdes végétaux, morphine, quinine, nicotine, strychnine. Enfin la fibrine, la caséine, l’albumine, la glutine, renferment dans leur composition un peu de soufre et de phosphore.
Tels sont les principales sécrétions végétales. On ne connait en aucune façon les lois physiologiques qui président à la formation de chacune d'elles.
ARTICLE VI
Excrétions.
En même temps que les principes immédiats énumérés plus haut se forment, plusieurs d’entre eux sont rejetées au dehors sous forme d’excrétions de diverses nature Le plus souvent ce sont des sucres, des gommes, des résines ou,de la cire. On & cru aussi que les racines rejetaient elles-mêmes différents principes, lesquels auraient pu être absorbée par d’autres plantes. D’après certains agriculteurs le système de rotation des récoltes reposerait en partie sur ce fait.
is DD8 eue ARTICLE VII.
Assimilation.
Le rôle principal de la sève élaborée n’est pas tant de fournir la matière première aux sécrétions et excrétions végétales que de nourrir et d’augmenter les tissus proprement dits de la plante. Les divers organes élémentaires baignés par le cambium se l’assimilent, c’est-à-dire le changent en leur propre nature. C’est ainsi que se forment entre autres la membrane cellulaire et le ligneux qui incruste les fibres.
ARTICLE VIII
Origine des éléments qui constituent les différents tissus des plantes.
Le carbone provient exclusivement de l’acide carbonique que contient l’air atmosphérique. L’oxygène est fourni en partie par l’acide carbonique, en païtie par l’eau. L’hydrogène vient également de l’eau ainsi que des matières amonicales absorbées et décomposées par les plantes. Quant à l’azote plusieurs plantes le prennent directement dans l'air, au moins en grande partie, d’autres le reçoivent des engrais azotés que renferme le sol. Les légumineuses, en général, se rangent dans la première catégorie et les céréales dans la seconde. Il est facile de comprendre alors pourquoi les premières sont dites ferlilisantes et les secondes épuisantes.
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matières minérales qui sont absolument nécessaires à leur croissance. Il est donc très important de connaître quels sont les sels minéraux absorbés par telle ou telle plante en particulier, afin de lui donner un engrais convenable. Ces substances, elles doivent les trouver toutes préparées dans le sol, et elles ne peuvent que les absorber et se les assimiler.
Cependant le rôle des sels minéraux dans les plantes et les modifications qu’ils y subissent sont loin d’être connus. Il n’est pas rare de rencontrer des membranes cellulaires, paraissant parfaitement limpides et homogènes au microscope, qui cependant sont tellement pénétrées de silice ou d’autres substances minérales, qu'après la combustion, les cendres gardent exactement la forme de la cellule primitive. Dans quel état se trouve la silice par rapport à la cellulose de ces membranes cellulaires ? —Ï[l est impossible de le dire.
ARTICLE IX
Accroissement en largeur des tiges dicotylédonées ligneuses.
Les tiges ligneuses augmentent chaque année en largeur et en hauteur. C’est que la nutrition sert non seulement à entretenir les organes des pluntes dans leur état primitif mais encore à augmenter leur volume. L’accroissement en largeur des tiges dicotylédonées ligneuses est presque exclusivement le résultat de la formation d’une couche de bois à la périphérie, en dehors de l’aubier. La sève élaborée,
qui descend des feuilles, se répand surtout entre le bois et l’écorce. Or elle ne tarde pas à s'organiser, le cambium cesse d’être homogène, on y voit apparaître bientôt des cavités cellulaires qui augmentent, se multiplient et forment un véritable tissu organisé. D'abord ce tissu est très lâche, et, comme il est encore gorgé de sève, il se déchire facilement. Voilà pourquoi il est si facile, le printemps, de séparer le bois de l’écorce, alors que la zône génératrice est à peine formée. Peu à peu, les cellules se modifient, se changent en vaisseaux et en fibres, le bois véritable se produit et l’écorce finit par adhérer plus fortement à la tige. L’épaisseur de cette formation ligneuse varie proportionnellement à la quantité de sève. Ainsi elle passe d’un maximum, au printemps, à un minimum l’automne. L'hiver la végétation est sensiblement nulle. Et comme, à l’automne, les sucs sont moins abondants, les fibres sont plus serrées, plus colorées, plus dures que celles du printemps. Voilà pourquoi chaque âge du bois présente une zône pâle, l’intérieure, et une zône foncée, l’extérieure.
De là il suit encore qu’il est facile de connaître l’âge d’une tige en comptant le nombre de zônes que présente une section transversale faite tout à fait à la base. |
Dans cette organisation du cambium, les cellules À en contact avec les rayons médullaires restent à l’état de cellules et servent à prolonger ces rayons dans la nouvelle couche ligneuse.
Pendant que se forme ainsi une nouvelle couche $ d’aubier, la plus ancienne des couches de cette for-
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mation passe à l’état de duramen et un nouveau feuillet de liber s'ajoute à l’intérieur de l’écorce. Ce moce de développement par l'extérieur des tiges dicotylédonées ligneuses les fait souvent désigner par le qualificatif d’exogènes.
Accroissement en hauteur.—Les tiges portent toujours à leur extrémité un bourgeun terminal. C’est le développement de ce dernier qui produit l’accroissement en hauteur, Il en résulte que ces tiges se composent en réalité de cônes ramifiés, excessivement aigus et emboîtés les uns dans les autres. Si le bourgeon terminal avorte, l’accroissement ne se fera plus que latéralement et l’allure des tiges en sera considérablement modifiée. C’est l'avortement des bourzeons latéraux qui cause l’existence des troncs simples, plus ou mcins longs, de la plupart de nos arbres; un développement régulier et constant des bourgeons produirait nécessairement des ramifications dès la base,
Accroissement des tiges monocotylédonées ligneuses.— Durant de longues années, c5s tiges sont courtes et aplaties, ressemblant assez aux plateaux des bulbes. Elles portent une touffe de feuilles et un seul bourgeon terminal, lequel a toujours un volume énorme. Au centre de ce bourgeon se forment incessamment de nouvelles feuilles qui rejettent les anciennes au dehors de sorte que c’est le développement de ce bourgeon qui produit à la fois l’accroissement en largeur et en hauteur des tiges, et comme ce développement est continu, il est impossible de trouver dans les tiges qui en résultent la trace de couches
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concentriques. On n’y voit qu’une masse de cellules traversée par des faisceaux fibreux qui correspondent aux nervures des feuilles. Ces faisceaux fibroligneux semblent originer de la partie centrale des tiges, aussi les végétaux monocotylédonés ligneux sont-ils souvent appelés végétaux endogènes.
Quand aux tiges acotylédonées, leur mode de croissance ressemblent assez à celui que nous venons de décrire. Cependant l’«ccroissement en hauteur semble résulter de la superposition de disques qui seraient empilés les uns sur les autres, et l’accroissement en largeur est à peu près insensible. De là le qualificatif d’acrogènes qu’on leur donne quelquefois.