‹ Éléments de paléographie (volume 2)Chapitre 18 sur 283 · FORME DES SCEAUX · texte numérisé non relu

FORME DES SCEAUX

. La forme des sceaux a toujours varié chez les anciens comme au moyen âge; tantôt ils sont ronds, ovales, demi-ovales, triangulaires, carrés ou oblongs; tantôt ils ont la figure d'un pentagone, d’un hexagone, d'un octogone, d’un cœur, d'un trèfle, d’un croissant, d’un fer à cheval, d’une ogive, etc. Les Bénédictins ont fait graver un sceau dont le champ était occupé par la légende suivante partagée en deux lignes : Y. IOTAIOY—OIBIQNOC. Ce type, qui existait au cabinet de Saint-Germain des Prés, formait un parallélogramme de dix lignes de hauteur sur vingt-deux ou vingt-trois lignes de largeur. La même forme paraît avoir été donnée à un assez grand nombre de sceaux antiques. Dom Hueber a publié dans son Autriche illustrée un sceau de 1305 qui est au contraire plus haut que large. Deux bulles de plomb, portant les noms des papes Sergius et Étienne, forment un carré parfait, Ces deux monuments, dont la date n’est pas fixée, sont probablement du vin siècle : la forme carrée était d'ailleurs en usage chez les anciens, comme le prouve une bulle de plomb de l'empereur Trajan représentée par Ficoroni. (1 Piombi antichi, P- 10.) Au moyen âge, on trouve un assez grand nombre de sceaux en forme de losange, de pentagone, d’hexagone et t d'octogone. Les côtés de ces différentes eo . au lieu d’être en bio droite, pouvaient être concaves; cest ce que les Bénédictins appellent de sceaux cornus !. Le sceau et le contre-sceau de la cour du duc de Lorraine avaient, en 1319, la forme d’un triangle équilatéral.

! Cette forme se rencontre assez fréquemment dans les sceaux de la noblesse espagnole.

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L'usage des armoiries rendit assez fréquents les sceaux représentant la figure de l'écu ou bouclier; on en trouve aussi en forme de cœur, de poire, de trèfle, de rosace. Parmi les sceaux antiques reproduits par les Bénédictins , il en est deux qui ressemblent exactement à une semelle de soulier. On pourrait encore citer quelques autres figures; mais elles sont en même temps trop irrégulières et trop rares pour que l'on s'attache à les décrire. Les sceaux en forme de cercle, d'ovale et d’ogive, sont au contraire fort nombreux; il est donc nécessaire d'entrer à cet égard dans quelques développements.

« La figure ronde où orbiculaire est la plus simple, disent les Bénédictins; «aussi est-elle la plus ancienne qu'on ait donnée aux médailles et aux sceaux «destinés à authentiquer les actes. Elle a toujours été plus particulièrement «affectée aux sceaux de métal. On a découvert un nombre de bulles de plomb « des empereurs paiens de cette forme.» On peut citer, par exemple, le sceau de plomb d'Antonin et celui sur lequel sont réunis les bustes de Marc-Aurèle et de Lucius Verus. Presque tous les sceaux des papes sont également de forme ronde; ceux de Sergius et d'Étienne, dont il a été question tout à l'heure, sont peut-être les seuls qui fassent exception à cette règle générale. «Tous les rois de France de la première race, à l'exception de Childéric, «père de Clovis l*, et de Childérie III, se sont servis de sceaux orbiculaires. «Les rois Carlovingiens ont aussi donné la forme ronde à leurs bulles d’or et «de plomb. L'empereur Charles IIL, dit le Gros, la rétablit en Allemagne à «l'égard des sceaux de cire. Tous ses successeurs allemands l'ont invariable- «ment conservée. Zuentebolde, roi d'Austrasie; Lothaire, pénultième roi de «France de la seconde race; Hugues Capet, chef de la troisième, et tous les «rois Capétiens, à l'exception du roi Robert, ont donné la préférence à la « forme ronde. On la retrouve dans tous les sceaux des rois d'Espagne, de Si- «cile, d'Écosse et de la plupart des rois d'Angleterre. C'est la plus ordinaire «des sceaux et des cachets à l’usage des anciens ducs, comtes, chevaliers, «seigneurs et gentilshommes. On peut s'en convaincre en jetant les yeux sur «les planches insérées dans les nouvelles histoires de Languedoc, de Bour- «gogne, de Bretagne, de Dauphiné et de Lorraine. Les plus anciens sceaux «ecclésiastiques sont aussi orbiculaires. » Les auteurs du Nouveau Traité de Diplomatique, auxquels nous empruntons ces détails, donnent pour exemple un sceau d'Udalric, évêque de Passau en 1108. Dans la suite, les sceaux ecclésiastiques de forme ronde devinrent assez rares; cependant il n’est pas de siècle dans lequel on n’en rencontre quelques-uns. Jeanne, première femme de Philippe VI, est peut-être la seule reine de France qui aït eu un sceau

PARTIE IV.— CHAPITRE IV. 39 rond’; cette forme, quoique peu usitée pour les sceaux de femmes, se rencontre quelquefois. (Voyez PI. N, n° 6.) Quant aux contre-sceaux, leur forme était indépendante de celle du sceau : rien de plus ordinaire que de voir un contre-sceau parfaitement rond au revers d'un sceau en ogive.

Quoique les sceaux'métalliques de figure ovale soient moins ordinaires que les sceaux ronds, on en trouve aussi dans les temps anciens. Telle est une bulle de plomb représentant la tête d'Alexandre Sévère couronné de lauriers. «Childéric L* et Childéric IT, disent les Bénédictins, sont les seuls rois Mé- «rovingiens dont les anneaux soient ovales. Cette forme plut à Pepin le Bref, «chef de la seconde race. Ses deux fils, Carloman et Charlemagne, suivirent «la même mode et la transmirent à leurs successeurs Carlovingiens. Tous leurs «sceaux de cire, excepté ceux de Zuentebolde et de Lothaire, fils de Louis « d'Outremer, sont ovales. Le roi Eudes, fils de Robert le Fort, retint la forme «ovale que les princes Carlovingiens avaient donnée à leurs sceaux. Ro- «bert, fils de Hugues Capet, petit-neveu d'Eudes, reprit la même figure «abandonnée par son père. Robert est le seul roi de France de la troisième «race dont le grand sceau ait porté la forme ovale*, quoique. du Tillet l'ait «donnée à tous indifféremment.» L'erreur commise par du Tillet peut sexpliquer par l'irrégularité que présentent souvent les contours d’une empreinte. Pour la mesurer avec exactitude, il faut, comme nous l'avons déjà fait observer, ne pas tenir compte de la portion de la cire sur laquelle le type n’a pas porté; ce cordon extérieur, dont le volume est très-variable, doit être considéré comme tout à fait indépendant de la figure et des dimensions de l'empreinte proprement dite. D'ailleurs, comme la circonférence des sceaux n'était pas toujours d'une régularité parfaite, on en rencontre qui tiennent le milieu entre le cercle et l'ovale, et qui ont pu être rangés indistinctement dans l'une ou dans l'autre classe. Il ne sera pas inutile de faire observer que, parmi les sceaux de forme ovale, les Bénédictins en citent quelques-uns dont le plus grand diamètre est dirigé horizontalement : ces types paraissent avoir été employés surtout en Italie. Le sceau attaché à une charte de Robert II et de Jourdain Il, princes de Capoue en 1125, avait environ trente et une lignes de largeur sur vingt-deux de hauteur: ici, comme on le voit, l’ovale est parfaitement prononcé. Les sceaux de forme ovale, dont le plus grand diamètre est dans le sens horizontal, sont beaucoup plus rares que les autres. Quant

1 Le sceau n° 5 de la planche G ne fait pas les exécuteurs testamentaires de cette reine.

exception à cette règle générale, parce qu’il a été gravé après la mort de Jeanne, veuve de Philippe le Long, pour être employé par

? On verra tout à l'heure que le sceau de Robert aurait plutôt la forme de l’ogive que celle de lovale.

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