PARTIE IV. — CHAPITRE VIL
plupart de ces types. En effet, on voit presque toujours l'abbé debout, tenant une crosse de la main droite et un livre de la main gauche1. Auxne siècle, il y avait des abbés qui étaient représentés assis; le contre-sceau de Guillaume , abbé de Cluny en 12 56 ( J. 269) 2, et le sceau de Samson, abbé de Notre- Dame de Savigny en 1 3 7 1 ( J. 465 ) , prouvent que cet usage n'était pas encore entièrement abandonné au xme et au xrve siècle. A l'imitation des évêques, les abbés, vers le milieu du xine siècle , se sont quelquefois fait représenter à genoux devant l'image du patron de leur abbaye. C'est vers le même temps que quelques autres parurent avec le costume et l'attitude des évêques, tenant la crosse de la main gauche , et bénissant de la droite. Nous ne pensons donc pas que l'on doive admettre la remarque des Bénédictins, qui annoncent que les sceaux des abbés portèrent ordinairement les noms et les images des saints patrons de leurs monastères. Cette observation, pour être exacte, doit être appliquée aux sceaux des abbayes; c'est par exception que le sceau d'un abbé porte l'image d'un saint : dans ce cas même, l'abbé s'y trouve presque toujours représenté, soit agenouillé, soit debout. On voit au contraire assez fréquemment sur les contre-sceaux l'image d'un patron ou un symbole qui en rappelle le souvenir. C'est ainsi que le contre-sceau de Hugues Ier , élu abbé de Corbie en 1172, représente une main tenant deux clefs: t claves sancti Pétri. Le contre-sceau de Henri, abbé de Saint-Denys, représente le buste du patron de l'abbaye, avec cette légende : t Dyonisi9 ariopagita ( J. 168, an 1217). Une tête nimbée, accompagnée des mots sanctvs ou ses. Victor, paraît au revers des sceaux de plusieurs abbés de Saint-Victor. En 1 307, Olivier, abbé de Saint- Jean d'Angely, employait un contre-sceau de forme hexagone , représentant la tête de S. Jean - Baptiste dans un bassin, bénie par une main céleste : t qts. Oliv. arbis. s. Ioh. Angliac. (J. 180). On trouve aussi sur les contresceaux des images tout à fait arbitraires, et des légendes qui ne rappellent ni le nom de l'abbé, ni le patron de l'abbaye. Quant aux légendes des sceaux, elles commencent en général par les mots sigillum N... abbatis, suivis du nom de l'abbaye; la forme N... abbas , etc., est beaucoup plus rare. Après le nom de l'abbé on trouve souvent la formule Dei aratiâ °. Les légendes qui,
1 Quelquefois, mais rarement, le livre est dans palme au lieu de la crosse; tels sont Jean, Raoul,
la main droite, et la crosse dans la main gauche. Robert et Pierre, abbés de Saint-Victor au xiii'
Un petit nombre d'abbés sont représentés seule- siècle.
ment avec la crosse; nous avons vu aussi un sceau 2 Ce contre-sceau porte pour légende : Gvill.
d'abbé sans crosse; mais c'est une exception dont abbs. Clvn. gra. Di. sv. id. q. sv. [Gaillehnns ab-
on trouverait peu d'exemples, car la crosse est bas Cluniacensis gracia Dei sum id quod sam). ce qui distingue les sceaux des abbés de ceux des 3 On rencontre aussi, mais plus rarement,
prieurs. Quelques abbés cependant tiennent une Dei permissione , miseratione , etc
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au lieu d'exprimer le nom de l'abbé, porlent seulement les mots sicjillum abbatis, suivis du nom de l'abbaye, n'indiquent pas toujours un sceau personnel à tel ou tel abbé en particulier, mais un sceau qui pouvait être employé successivement par plusieurs abbés de la même abbaye. On trouve au bas d'un acte de i2i3 (J. 232) un sceau portant pour légende : t sigillvm abbis. Longipontis. L'abbé de Longpont y est représenté debout, de profil, et tenant une crosse de la main droite. Sous un autre abbé , on retrouve une empreinte du même type au bas d'un acte de 1223 (J. 422). En 1262 ( J. 157), l'abbé de Longpont était représenté de face sur un sceau portant la même légende que le sceau précédent; ce nouveau type servait encore en i3oi (J. i63), quoique plusieurs abbés se fussent succédé pendant cet intervalle. Des sceaux de cette nature peuvent être considérés comme étant communs à l'abbé et au monastère quand ils sont employés dans une communauté appartenant, comme l'abbaye de Longpont, à l'ordre de Cîteaux. « Les abbés et les communautés de cette réforme, disent les Bénédictins, n'eu- « rent pendant longtemps qu'un même sceau pour sceller leurs actes et leurs « contrats. Cet usage leur suscita beaucoup de troubles et de vexations de «la part des séculiers vers l'an 12 34- On prétendit que ce sceau unique ne « suffisait pas pour faire foi, parce qu'il arrive souvent que les communautés « ne sont pas de même avis que les abbés, et que d'ailleurs ils ne peuvent « transiger ni intenter des procès les uns sans les autres. On rejetait donc les « actes qui n'étaient scellés que du sceau de l'abbé, jusqu'à ce qu'on eût inter- « rogé les moines pour savoir s'ils avaient consenti à ces actes. » Une bulle de Grégoire IX confirma l'usage suivi jusqu'alors par l'ordre de Cîteaux. La même coutume existait aussi au xme siècle dans l'ordre de Grammont; on lit en effet, dans une charte de ia36, citée par les Bénédictins : «Ego prae- « dictus Helias présentes litteras sigillo nostro de assensu capituli nostri si- « gillavi, cùm nos et totus ordo noster Grandimontensis unico tantùm utatur « sigillo. » Lorsqu'un acte est scellé à la fois du sceau de l'abbaye et d'un sceau portant pour légende les mots sicjillum abbatis, suivis du nom de l'abbaye, il ne faudrait pas encore supposer que ce type était personnel à l'abbé qui l'employait. En effet, on trouve au bas d'un acte de 1292 (J. i63), dressé au nom de l'abbé et de l'abbaye de Valsery, l'empreinte du sceau de l'abbaye , et celle d'un autre sceau qui porte pour légende: sigillv. abbis. Valus sebene; or, le même type avait été employé par un autre abbé dès l'an 1261 ( J. 46o). Les exemples qui viennent d'être cités prouvent qu'un sceau de cette nature, suspendu à un acte non daté, ne suffirait pas toujours pour faire connaître l'abbé sous lequel il a pu être dressé, quand même on saurait d'ailleurs que tel ou