‹ Éléments de paléographie (volume 3)Chapitre 141 sur 260 · PARTIE IV. — CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — CHAPITRE VIL

tel abbé en particulier a fait usage du même type pendant tout le cours de son administration.

« Les sceaux des abbesses, disent les Bénédictins, ne sont pas antérieurs au « xiie siècle. On y voit leurs images ou celles des saints patrons de leurs «églises. Les abbesses sont représentées tantôt debout, tantôt assises, tenant « des fleurs de lis de la main droite et un livre de la gauche. Celles qui sont «d'un moindre rang paraissent à genoux en prières, et leurs sceaux, moins « élégants , représentent les saints patrons de leurs églises ou les armes de « leurs abbayes. Leurs sceaux furent distingués de ceux de leurs chapitres au « xme siècle. » Le sceau de Gerburge, abbesse de Quedlimbourg, qui gouverna ce monastère de 1108 à 11 38, prouve que les sceaux des abbesses remontent au moins au commencement du xne siècle. Mabillon a publié dans le VIe tome de ses Annales, celui d'Adélaïde, abbesse de S. Jean de Laon en ii23; cette abbesse est représentée debout, vêtue d'une longue robe sans couture, portant sur la tête un voile qui retombe sur ses épaules, et tenant une crosse de la main droite. Nous avons trouvé au bas d'un acte de 1197 (J. 383) le sceau de Marguerite, abbesse de Faremoutiers; elle est aussi représentée la crosse à la main , mais elle tient un livre de la main gauche : t sigill. Margarite abbatisse Faremonasteri. Plusieurs autres abbesses, dont nous avons les sceaux sous les yeux, sont représentées comme les abbés avec la crosse et le livre; nous ne pensons donc pas que la fleur de lis soit un attribut que l'on rencontre fréquemment'. Peut-être ne doit-on pas admettre non plus que les abbesses agenouillées sont toujours d'un rang inférieur. Marie du Croux ou du Cros, abbesse de Sainte- Croix de Poitiers, est représentée à genoux devant l'image de la Sainte Vierge, et l'on voit dans le bas du sceau un écusson à ses armes (J. 182 , an 1 396). La même observation s'appliquerait au sceau qu'employait en 1397 Marie de Bourbon, prieure de Saint-Louis de Poissy ; mais la forme des caractères de la légende ne permet guère de douter que ce type ne remonte à la fondation même du monastère, qui date de l'an 1 3 ok- Quoique la légende ne soit pas complète, nous pensons que le nom de la prieure n'y était pas exprimé; par conséquent le sceau aurait été employé par les prieures précédentes :...,.. risse sororv. s. Lvdo-

vici de Pyssiaco ord. sci. Dni ; s. (porisse. ) priorisse sororum sancti Lu-

clovici de Pyssiaco orchnis sancti (Dnici.) Dominici (J. 188).

«Les moines pourvus d'offices, disent les Bénédictins, eurent des sceaux « dès le xme siècle. Celui de l'official de Corbie, en 1285, représentait au pre- « mier côté un corbeau sous deux clefs posées en sautoir, entre lesquelles il y «avait une fleur de lis avec cette légende : sigillum offic. s. Pétri Corb. Le

« contre-scel était une main tenant deux clefs, et une fleur de lis au-dessous, «avec ces mots : claves s. Pétri1. Au xive siècle, le pitancier de Saint-Ger- « main-des-Prés avait un sceau en ogive représentant un religieux debout, « la tête nue, tenant de la main droite un couteau et de la gauche un poisson. «Au-dessous, on voit à droite une fleur de lis, et une rosette à gauche. Sous « les pieds du pitancier paraît un écusson portant une petite bouteille sur- « montée de deux pains, et bordé de fleurs de lis posées trois, deux et une. La « légende est : t s. pitenciarie sci. Germani de Pratis justa Par. [juxta Pari- «sios). Depuis que le dépérissement de l'ancienne discipline et le relâchement «eurent érigé en titres les offices claustraux, les moines qui en furent posses- « seurs eurent leurs sceaux particuliers, aussi bien que les titulaires des prieu- « rés dépendant des monastères. Mais les simples moines, quoique de familles «nobles, ne paraissent pas en avoir eu avant la fin du xme siècle2, et ils « étaient obligés de se servir du sceau de leur abbé lorsqu'ils voulaient ratifier « quelque acte auquel ils étaient intéressés. C'est ce qu'on voit dans la charte « de fondation de l'abbaye de Beaupré, près de Gerard-mont en Flandre, par « Alix, dame de Boular. Piason, son fils, et moine de Gerard-mont, y intervint « avec ses frères , et autorisa l'acte par l'apposition du sceau de son abbé. Et « quia ego Raso, dit - il, proprium sicjillum non habeo, usus sum sigillo abbatis Ge- « rardi montis, prœdicta omniafideliter approbans et contestans. En 1 2 54, les moines «de la Grasse, qui n'avaient point de sceaux, voulant ratifier un accommode- « ment, prièrent leur abbé d'y apposer ses deux sceaux. Mais, dès le commen- « cément du xive siècle , on voit les simples moines en avoir de propres. Il y en « a un entre autres dans le cabinet de la bibliothèque de Saint-Germain-des- « Prés. Il est en ogive et représente la Sainte-Vierge tenant l'Enfant Jésus, au- « dessus duquel est un croissant et une étoile, et un moine à genoux, avec la « Salutation angélique ave Maria en abrégé. »

2° Sceaux des abbayes.

Les sceaux des abbayes sont quelquefois ovales; mais le plus souvent ils ont

1 Ce sceau doit être considéré comme celui de l'officialité , puisqu'il ne porte pas le nom du moine qui l'employait en 1285. Une observation analogue paraît devoir être appliquée à l'exemple suivant.

2 Les Bénédictins n'entendent parler ici que des moines proprement dits, qu'ils distinguent des religieux dont les ordres ne remontent pas à

une aussi haute antiquité. Us reconnaissent, par exemple, que dans l'ordre des frères Prêcheurs et dans celui des frères Mineurs, les docteurs, les bacheliers, et même les simples religieux, eurent des sceaux particuliers avanl la fin du xm° siècle. Nous avons trouvé en effet deux sceaux , l'un d'un frère prêcheur, l'autre d'un frère mineur, suspendus à un acte de ia55 (J. /i 7 3 ) .

Page 1