PARTIE IV. — CHAPITRE VII
la forme du cercle ou colle de l'ogive. Si les abbés sont représentés sur quelques-uns de ces types, il est beaucoup plus ordinaire d'y voir les saints que les communautés honoraient comme leurs patrons. Les images gravées sur les sceaux des abbayes ressemblent donc presque toujours à celles que l'on remarque sur les sceaux des églises; et comme la même analogie existe dans un assez grand nombre de légendes, on est souvent obligé de recourir au texte des actes , pour ne pas confondre ces deux espèces de types. Parmi ces légendes il y en a qui n'expriment même pas le nom du lieu où l'abbaye était située; nous citerons, par exemple, les sceaux de Cluny, de la Sainte- Trinité de Fécamp, et de Sainte -Austreberte de Montreuil : i° sigillvm almi Petpj (J. 228, an 1 3 18) ; 20 i sigillvm sce. Trinitatis (J. 211, an 1204); 3° T Avstrebta. [Austreberta] Deo nos comndat. [commendat) pia vgo. (virgo). Ce dernier sceau est suspendu à une charte sans date, donnée sous Philippe- Auguste (J. 345). Des inscriptions de cette nature pourraient se rencontrer sur des sceaux employés par des églises dédiées à S. Pierre, à la Sainte Trinité ou à sainte Austreberte. Il est vrai de dire que la plupart des légendes sont moins vagues, et qu'au nom du patron de l'abbaye elles ajoutent celui du lieu où l'abbaye était située ; ainsi le sceau de l'abbaye d'Auchy portait pour légende : sigillv. sci. Silvini de Alciaco (J. 229, an 1219). Toutefois, les termes de la légende n'indiquent pas encore un sceau d'abbaye plutôt qu'un sceau d'église. Les mots capitulum et eccïesia, que l'on rencontre si souvent sur les sceaux des églises, ne sont pas rares non plus sur ceux des abbayes ; c'est ce que prouvent les inscriptions gravées sur les sceaux des abbayes de Bonneval (diocèse de Chartres), de Saint-Amand en Puelle, de Saint- Aubin d'Angers, de Cerisy, de Saint-Taurin d'Evreux, et de Saint -Pierre de Gand: i°+ sigillvm capitvli Bonevallis (J. 173, an 12 65); 20 sigillvm
CAPITULI SANCTI AmANDI IN PABVLA FORMA ECCLESIE SANCTI AmANDI EPI-
scopi (J. 528, an 1269); 3° t sigillvm capitvli beati Albini Andegavensis
+ CVSTOS SVM SECBETI CAPITVLI (J. 1 78, an 12 32); l\° + SIGILLVM CAPITVLI
sci. Vigoris Cerasii (J. 345 , an 1222); 5° is. capitli. sci. Tavrini Ebroic epi. primi (J. 216, an 1207); 6° sigillv. Pétri apli. [apostoli] Gandensis jECle. (J. 528, an 1 2 54 ). Le mot conventus, qui est employé dans la suscription de la plupart des chartes dressées au nom des abbayes, se rencontre fréquemment sur les légendes des sceaux; quoiqu'il ne doive pas se traduire par couvent, mais par assemblée, réunion, nous n'avons pas eu occasion de le rencontrer comme synonyme de capitulum sur les sceaux des églises cathédrales ou collégiales : l'emploi de ce mot dans une légende peut donc faire présumer que le sceau appartenait à une abbaye. On lit, par exemple, sur le
sceau de l'abbaye de Corbie : sigill. convent9 Corbeiensis ecclesie (J. 443 , an 1 3 1 7 ) , et sur le sceau de l'abbaye de Saint-Louis de Poissy : s. conventvs sororv. sci. Lvdovici de Pyssiaco ord. pred. (ordinis predicatorum) . On voit dans le champ de ce dernier sceau les sigles S.L., qui désignent les mots sanctus Ludovicus; le saint roi est représenté debout, couronné et nimbé, étendant à droite et à gauche les plis de son manteau royal au-dessus des sœurs agenouillées à ses pieds (J. 188, an 1397). Il nous reste à citer quelques légendes dont les termes désignent positivement des sceaux d'abbayes; ces exemples nous seront fournis par les sceaux des abbayes de Prémontré (J. 73 1 , an 1220), de Saint- André d'Avignon (J. 295, an 1226), de Saint -Etienne de Caen (J. 466, an 1379), de Ferrières ou Bethléem (J. 346, an 1270), et de Cherbourg ou Sainte-Marie du Vœu (J. 345, an 1282) : i° f sigill. abba-
TIS ET ECCLIE. PrEMONSTRATI ; 2° + ABBAS SANCTI ANDREE AvENIONENSE CENO-
BIVM; 3° S. CONVENT» MONASTERII SCI. StEPHI. DE CaDOMO ; 4° S. CAPITVLI FER. . . .
sive Belleemicensis (Betleemicensis) cenobii; 5° t s. covet. abbie. sce. Mar. d. voto ivx. Cesarbvrgv. [sigillum converties abbatie sancte Marie de voto juxta Cesarisburgum ).
Les exemples qui viennent d'être cités suffisent pour donner une idée des légendes qui se rencontrent le plus ordinairement sur les sceaux des abbayes ; quant aux images qu'ils représentent, elles sont trop variées pour qu'on puisse entreprendre de les décrire. Les saints patrons sont représentés quelquefois en buste, mais plus ordinairement assis ou debout. D'autres sont à cheval et armés de toutes pièces , comme S. Georges , patron de l'abbaye de Saint- Georges sur Loire, et S. Gorgon, patron de l'abbaye de Gorze (J. 178 et 983, olim 923). Sur le sceau de l'abbaye de Cerisy on voit S. Vigor tuant un monstre; sur celui de l'abbaye de Saint-Josse aux Bois, le saint, debout devant un autel, célèbre la messe, pendant qu'une main céleste bénit le calice placé devant lui. Quand une abbaye était dédiée à deux saints différents, leurs images étaient souvent réunies sur un même sceau. Si la légende principale ne renferme pas le nom du patron d'une abbaye, il est souvent inscrit clans le champ ou au revers du sceau. Souvent aussi les légendes des contresceaux ne présentent que des formules banales, telles que secretum sigilli, clavis skjilli, etc. Il est assez ordinaire encore de voir des fleurs de lis sur les contresceaux des abbayes. Le sceau de l'abbaye de Jouarre représente d'un côté l'image de la Sainte Vierge tenant l'Enfant Jésus; de l'autre, on voit une fleur de lis entourée de cette légende : t flos filivs eivs (J. i63, an i3i6).