‹ Éléments de paléographie (volume 3)Chapitre 17 sur 260 · PARTIE IV. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — CHAPITRE II

nouveler. Le pape Innocent IV adressa aux évêques, en 1202, une petite bulle pour les prévenir que le côté du sceau sur lequel étaient représentées les têtes des apôtres S. Pierre et S. Paul avait été brisé par accident , et que le graveur , chargé d'exécuter un type semblable , n'avait pas réussi à imiter exactement l'ancien modèle. Vers l'an 1219, il fallut renouveler le sceau du couvent de Saint-Remi de Reims; l'archevêque Guillaume le fit briser, et voulut que la nouvelle matrice fût gravée jusqu'à la dernière lettre en présence du doyen de Reims, qui la remit ensuite à la communauté. Un seigneur qui changeait de domaine ou de dignité, devait aussi changer de sceau. Raimond Trencavel , dernier vicomte d'Albi , de Carcassonne et de Béziers , scella en 12^7 de son ancien sceau, et d'un nouveau qu'il avait fait faire exprès, la cession de ses domaines au roi de France : il fit rompre ensuite , en présence du roi, le premier de ces deux sceaux avec son contre-scel 1. Il s'en faut cependant que tous les changements de sceaux soient constatés par des textes ; ou, du moins, les actes de cette nature, s'ils ont existé, ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Plusieurs rois de France ont employé des sceaux différents, sans qu'on sache pour quel motif. Les Bénédictins présument qu'on recourait souvent à ce moyen pour percevoir de nouveaux droits, en exigeant le renouvellement des actes qui avaient été scellés de l'ancien sceau. Quoi qu'il en soit, dès le xne siècle on rencontre des chartes qui annoncent formellement ces changements de sceaux. «Jean, seigneur de Dol, ayant changé de sceau, « disent les Bénédictins, crut devoir en avertir à la fin d'une charte de l'an 1 1 45. « Voici ses termes : Et ne alicjua infuturum sigilli mei immutatione calumnia contra « monachos orirelur, (habui enim ahud sigillum majoris poncleris et. Jigurœ alterius « primo militiœ meœ tempore, cjuando Ma donatw deforestâfacta est) , nunc veropost- « auam de Jérusalem redivi , auando hœc donatw facta fait de vineis, et ponderis et « Jigurœ alterius. »

Parmi les moyens employés pour prévenir les nombreux abus que pouvaient occasionner la perte , la falsification , ou l'emploi frauduleux des sceaux, il n'en est pas qui ait été à la fois plus général et plus efficace que l'usage des contre-sceaux. Il est bien constaté que plusieurs faussaires ont réussi à détacher les sceaux des diplômes authentiques, et à les appliquer ensuite sur des actes faux : il suffisait pour cela d'échauffer avec précaution le revers de l'empreinte. Mais lorsque ce revers fut aussi marqué d'un cachet particulier, cette fraude devint impossible. L'exemple le plus ancien que les Bénédictins aient

1 Un seigneur changeait également de sceau nouvelles armoiries. (Voy. la notice relative au quand il acquérait de nouveaux domaines ou de sceau n° k de la planche N.)

cité d'un contre-sceau marqué au revers d'une empreinte de cire1 est fourni par un diplôme d'Aténulphe, prince de Bénévent, qui régna de 901 à 910. « Au bas « de ce diplôme , disent-ils , daté de la troisième année de la principauté d'Até- «nulphe, est un sceau de cire en placard, représentant, d'un côté, l'image de « quelque saint ou du prince, et de l'autre son monogramme. » Ce fait est doublement remarquable : en effet, il serait difficile non-seulement de rencontrer un contre-sceau d'une aussi haute antiquité, mais encore de trouver, soit au XIe, soit au xiie siècle , une contre-empreinte au revers d'un sceau plaqué. Heineccius avait même affirmé que l'emploi des contre-sceaux n'était possible qu'avec les sceaux pendants; mais les Bénédictins font remarquer avec raison que le dos d'une charte scellée en placard offre en général une assez grande quantité de cire pour recevoir une seconde empreinte. Ce fait ne résulte pas d'ailleurs d'un exemple isolé: «Les sceaux de cire des princes Lombards, «disent-ils, ne sont jamais suspendus, mais appliqués au bas des chartes, « quoiqu'ils aient toujours au revers des empreintes ou contre-scels. » Le principe posé par Heineccius admet donc quelques exceptions ; cependant c'est peut-être un de ceux qui sont le plus généralement vrais. Quoique l'usage des sceaux pendants fût peu répandu au xie siècle , Edouard le Confesseur et Guillaume le Conquérant, qui avaient des contre-sceaux, ne scellaient pas en placard 2 ; il en est de même de Louis le Jeune, le premier de nos rois qui ait employé un contre-sceau. Les contre-sceaux plaqués peuvent donc être considérés comme de rares exceptions. L'usage des contre-sceaux pour les empereurs d'Allemagne remonterait au xie siècle , s'il était prouvé que le sceau secret de Henri III était quelquefois appliqué au revers du grand sceau ; mais ses successeurs du xne et du xme siècle ne paraissent pas avoir employé de contre-sceaux. Quelques auteurs supposent que Henri de Luxembourg en a fait usage ; cependant il n'en existe pas au revers d'un sceau pendant à une charte de i3io, déposée aux Archives du Royaume ( J. 61 1 ) ; le plus ancien contre-sceau que nous ayons rencontré est celui de Louis de Bavière , élu en i3 1 4. Les évêques d'Allemagne , ou du moins quelques-uns d'entre eux, n'ont pas tardé aussi long-temps à faire usage des contre-sceaux : Christophe Leyser a cité Rodolphe, évêque d'Halberstadt , comme ayant eu un contre-sceau en

1 Les bulles métalliques ont eu de tout temps gnalée par Hickes ne clément pas le principe posé une double empreinte; il faut en excepter cepen- par Heineccius. En effet, le savant anglais avait dant les demi-bulles des papes dont nous avons seulement reconnu queGuillaumeleConquérant, déjà eu occasion de parler. à l'exemple de son père et de son aïeul , imprimait

2 Nous devons cependant faire observer que quelquefois sur ses chartes un cachet trempé Guillaume le Conquérant n'a pas toujours em- dans l'encre, c'est-à-dire une sorte d'estampille, ployé des sceaux pendants; mais l'exception si- et non un sceau proprement dit.

Page 1