PARTIE IV. — CHAPITRE VI
les armoiries des royaumes, des villes et des familles les plus importantes. Cejoendant ils sont loin d'être complets sous ce dernier rapport, et pour y suppléer, il faut recourir aux recueils spéciaux qui ont été publiés sur les armoiries de chaque pays. En ce qui concerne les familles françaises, il n'existe rien de plus complet que l'Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, des pairs, etc., par le P. Anselme de Sainte-Marie (9 vol. in-f°, Paris, 1726 à lySS). Enfin plusieurs histoires de provinces renferment aussi des indications précieuses sur des familles dont le P. Anselme n'a point parlé.
§ II. OIHOINK, VAUIAI'IOXS ET IIIANSMISSION HÉRÉDITAIRE UES AUMOIIUES.
Nous avons averti au commencement de ce chapitre qu'il fallait distinguer avec soin les armoiries proprement dites des emblèmes qui ont décoré de tout temps les armures et les drapeaux. C'est pour ne pas avoir observé cette distinction que plusieurs écrivains, trompés d'ailleurs par des traditions fabuleuses, ont décrit non-seulement les armoiries de Charlemagne et des rois mérovingiens, mais encore celles de Jules César, de Pompée, d'Alexandre, d'Hector, de David, de Josué, etc. Il est généralement reconnu aujourd'hui que l'origine des armoiries ne peut être antérieure au xi*" siècle. « Les uns, « dit M. de Foncemagne, en rapportent l'institution aux tournois, où ceux qui « se présentaient pour entrer en lice prouvaient leur extraction par l'écu de « leurs armes; les autres prétendent qu'elles furent introduites à l'occasion des «croisades, où la différence des bannières servit à distinguer les chevaliers, « et à faciliter le ralliement de leurs vassaux. Ces deux sentiments ne diffèrent « que par rapport à la circonstance qui donna lieu à l'établissement dont je «parle, et s'accordent à peu de chose près quant au temps qui les vit naître, « puisqu'il résulte de l'un et de l'autre qu'on ne doit pas en chercher le «commencement avant le xi*^ siècle, dans le cours duquel on trouve celui « des tournois et celui des croisades. Je sais que les écrivains qui attribuent « à l'empereur Henri l'Oiseleur l'invention des tournois la placent vers le mi- « lieu du x*"; mais André Eavin a prouvé solidement par les témoignages mêmes « des historiens étrangers qu'elle appartient à notre nation et que l'Allemagne « l'a reçue de nous. Soit donc que, prenant à la lettre un passage de la Chro- « nique de Tours, on regarde Geoffroy, seigneur de Preuilly, mort en 1066, « comme l'inventeur des tournois, Gaufridus de Pruliaco torneamenta invenit; soit « qu'expliquant ces termes avec M. Du Cange par des autorités du même temps « on fasse seulement honneur à Geoffroy d'avoir le premier dressé les lois de
«ces sortes de combats, établis quelques années avant lui, il sera également « certain qu'ils ne sont point connus dans Tbistoire avant le xi^ siècle. Pour « les croisades, personne n'en ignore la date : la première fut publiée au con- « cile de Clermont en 1096. Quoique le cboix entre les deux opinions sur «l'origine des armoiries puisse paraître assez indifférent en soi, je proposerai « en deux mots ce que je pense. Je crois qu'il faut admettre ensemble les «deux opinions, et que, séparées, elles ne peuvent nous donner compléte- « ment l'origine que nous cberchons. » M. de Foncemagne pense donc que les premières armoiries furent inventées à l'occasion des tournois, mais que depuis les croisades l'usage en devint plus général et la pratique plus invariable. « C'est par les croisades, ajoute-t-il, que sont entrées dans le blason plusieurs « de ses principales pièces, entre autres les croix de tant de formes différentes, « et les merlettes, sorte d'oiseaux qui passent les mers tous les ans, et qui sont « rej^résentées sans pied et sans bec en mémoire des blessures qu'avait reçues « dans les guerres saintes le cbevalier qui les portait. C'est aux croisades que « le blason doit les noms de ses émaux Azur, Gueules, Sinople et Sable, s'il est vrai « que les deux premiers soient tirés de l'arabe ou du persan, que le troisième «soit emprunté de celui d'une ville de la Cappadoce, et le quatrième une ai- « tération de sahellina pellis , martre zibeline, animal connu dans les pays que « les croisés traversèrent. C'est probablement par les croisades que les four- « rures d'bermine et de vair, qui servirent d'abord à doubler les babits , puis à «garnir les écus, ont passé de là dans le blason. Le nom même de blason, «dérivé de l'allemand blasen, sonner du cor, nous est peut-être venu par le «commerce que les Français eurent avec les Allemands pendant les voyages « d'outre-mer. » Les Bénédictins, tout en admettant cette dernière étymologie, y trouvent au contraire la preuve que les armoiries tirent immédiatement leur origine des tournois, parce que les champions sonnaient du cor pour avertir les hérauts de venir reconnaître leurs armes. Ils rappellent d'ailleurs, à l'appui de cette opinion, que les chevrons, les pals, les jumelles, faisaient partie de la barrière qui fermait le camp du tournoi. Ils expliquent aussi l'emploi des figures d'astres et d'animaux par l'habitude qu'avaient les combattants de se faire appeler chevalier du soleil, de l'étoile, du croissant, du lion, du dragon, de l'aigle, du cygne, etc. Enfin, comme ils ne partagent pas l'opinion de M. de Foncemagne sur la date des premiers tournois, qu'ils font remonter au moins jusqu'au règne d'Othon le Grand, ils ne sont pas éloignés de croire que les Saxons, les Danois et les Normands, voisins de l'Allemagne, ont pu apporter les armoiries en Angleterre et de là en France.
On a cité plusieurs exemples pour prouver que les armoiries étaient em-