‹ Éléments de paléographie (volume 4)Chapitre 61 sur 282 · PARTIE IV. — CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — CHAPITRE YI

ployées au comnicnceinent du xi*" siècle ou mcmc dès la fin du siècle précédent; mais ces faits ne sont pas lous concluants : c'est ainsi qu'on a parlé d'un lion léopardé au champ de gueules peint sur la pierre d'un tombeau élevé eu 996 à Robert, fds de Richard V\ duc de Normandie; d'un lion qui occupe le champ de fécu représenté sur un sceau appliqué par Robert I", comte de Flandre, à une charte de fan 1072; enfin de la célèbre tapisserie de Bayeux qui représente plusieurs cavaliers portant des écus armoriés. Les deux premiers exemples ne suffisent pas pour décider la question , parce qu'on peut voir dans le lion un symbole de force et de courage tout aussi bien qu'une pièce héraldique : quant aux preuves fournies par la tapisserie de Bayeux, elles seraient tout à fait concluantes, si la date de ce curieux monument n'était pas controversée. Un autre fait cité par les Bénédictins parait plus décisif : « Le « sceau de Raymond de Saint-Gilles, pendant à un diplôme de fan 1088, pré- « sente, disent-ils, la croix de Toulouse cléchée, vidée et pommetée. » Si cette croix était d'une forme ordinaire, on pourrait n'y voir qu'un symbole de piété; mais les détails accessoires qui la modifient permettent de la considérer comme une véritable pièce de blason. Au reste, tout en faisant remonter les armoiries jusqu'à la fin du x*" siècle, les auteurs du Nouveau Traité de Diplomatique reconnaissent qu'elles n'ont point paru sur les sceaux avant le milieu du siècle suivant, et qu'elles ne devinrent ordinaires que dans le cours du xif. Les plus anciennes armoiries sont ordinairement fort simples : fécu représenté sur le sceau qu'employait en 1102 Hugues, duc de Bourgogne, était bandé de six pièces et bordé ; celui d'Adam de Soligné était losange; celui d'Adam de Hereford, gironné^ Le contre-sceau d'Eléonore, comtesse de Saint-Quentin et de Valois, représente un écu dont le champ est occupé par un lion (J. i63, an iii^li). Les mêmes armes avaient paru en 1 189 au plus tard sur le sceau de Mathieu, comte de Beaumont et seigneur de Valois (J. 168); on les retrouve en iigS sur celui de Simon de Montfort (J. 216). Sur le sceau de Ricard de Vernon , on voit un sautoir vidé ; et sur celui de son fils, deux bâtons en sautoir, brochant sur un râteau, mis en chef Ces deux sceaux sont suspendus à une charte de 1195 (J. 216); les bâtons en sautoir substitués au sautoir vidé, et f addition du râteau constituent une véritable brisure. A la fin du xii" siècle et dans les premières années du siècle suivant , les armoiries composées d'une même pièce répétée un certain nombre de fois commencent à devenir plus ordinaires. Juhel de Mayenne employait, en 1197, un sceau triangulaire portant six écussons posés trois, deux et un, et chargés d'une fleur à six

^ Ce dernier sceau est un peu postérieur à la ques années plus ancien. (Voy. Noiiv. I r. de première moitié du xif siècle; Vautre est de quel- Dî/j/. tome IV, pages 53 et 271.]

feuilles; on voit Jeux léopards lionnes sur le contre-sceau de Guillaume, fds de Dauphin, comte de Clermont (J. 4^6, an 1199); celui de Fioger de Piosoy porte trois roses (J. 887, an 1201); celui de Mathieu de Montmorency, une croix cantonnée de quatre alérions' ( J. 168, an 1 202) ; celui de Gui de la Pioche, cinq cotices et une bordure (J. 168, an i2o5). Les partitions de l'écu sont encore rares dans la première moitié du xiif siècle; cependant, on voit un franc quartier sur un écu échiqueté de sept tires au contre-sceau d'Alix de Bretagne, en 1 2 1 4 ; Pons de Tesan employait, en 1 2 2 6, un sceau écartelé [Nouv- Tj\ de Dipl. t. IV, pag. 55 et 2 52 ) ; celui d'Amauri, comte de Glocester, était émanché de trois pointes mouvantes du flanc dextre (J. 216, sans date; sous Jean-sans-Terre, de 1 199 à 12 16). Ce comte de Glocester est peut-être un des premiers seigneurs anglais dont le sceau porte des armoiries; en effet, Hickes conjecturait que le blason n'avait été introduit en Angleterre que sous le règne de Henri II, c'est-à-dire de 11 54 à 1189. ^^ ^^ ^^^^ ^^^ lions ni léo- ])ards sur le sceau de ce prince; ces armes parurent pour la première fois sur le sceau de Richard Cœur-de-Lion, prédécesseur de Jean-sans-Terre. On voit un lion environné de fleurs de lis sur le contre-sceau de Guillaume le Lion, qui monta sur le trône d'Ecosse en ] i65. Selon les Bénédictins, les écus armoriés ne parurent pas sur les sceaux d'Allemagne avant le xiii'' siècle. Il résulte de la série des sceaux gravés dans fliistoire de Lorraine de D. Calmet , que les trois alérions ont été portés pour la jDremière fois par Ferry de Bitche , mort en 1207, et que les armes des comtes de Luxembourg ne furent fixées que sous Waleran , troisième du nom, mort en 1226. Les historiens portugais rapportent l'origine des cinq écussons qui entrent dans les armes de Portugal à la bataille d'Obrique , livrée en 1 135 : ces écussons représentaient les cinq étendards enlevés aux Maures par Alphonse Henriquez, premier roi de Portugal; mais nous ignorons si ces armoiries furent gravées sur les sceaux avant le xuf siècle. L'écusson écartelé aux armes de Castille et de Léon jDaraît sur le sceau de Ferdinand III, roi de Castille, proclamé roi de Léon en 1280. Nous n'affirmerions pas que les sceaux des rois de Castille du xii'' siècle ne portaient pas d'armoiries; mais Mabillon, qui avait sous les yeux un diplôme de 11 56 scellé par Alphonse Piaymond et ses deux fils, ne dit pas qu'il y eût des armes représentées sur ces trois sceaux : il est donc probable que les rois de Castille n'ont pas eu d'écus blasonnés avant le commencement du xiii'' siècle. Dom

^ On nomme alérions des aiglettes qui n'ont aiglelies, on s'en sert quand il y a plus de trois

ni bec ni pattes; les alérions diffèrent des mer- aigles dans un écu, ou lorsque le nombre des

lettes parce qu'ils ont les ailes étendues : les mer- aigles étant de trois seulement, ces oiseaux sont

lettes on l toujours les ailes serrées. Quanl au mol accompagnés d'autres pièces héraldiques.

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