‹ Éléments de paléographie (volume 4)Chapitre 63 sur 282 · PARTIE I\— CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PARTIE I\— CHAPITRE VI

séculières ne modifiaient pas les armoiries avant le xvi*" siècle; mais les Bénédictins font remarquer qu'en 1276 Robert dWrtois employait un sceau sur lequel Técu aux armes d'Artois était placé entre deux épées , servant d'attribut à la dignité de connétable , dont ce seigneur avait rempli les fonctions au sacre de Pbilippe le Hardi, en 1271. Quant aux sceaux des évêques , ils portent souvent, dès le xii" siècle , des attributs de l'épiscopat , et quelquefois même de véritables armoiries. Le bœuf paissant qui paraît dès l'an 1 1 28 au contre-sceau de Hugues d'Amiens, arcbevêque de Rouen, doit être considéré, selon les Bénédictins, comme un symbole des fonctions pastorales, à moins qu'on n'y voie les armes parlantes de ce prélat, issu de la famille de Boves. Les mêmes auteurs ont remarqué sur le contre-sceau de Henri, évêque de Bayeux depuis 11 56 jusqu'en i2o5, six pièces posées, trois, deux et une; ils n'ont pu reconnaître si c'étaient des étoiles, des rosettes ou des fleurs de lis. Dansla première moitié du xiif siècle, les fleurs de lis paraissent assez souvent sur les contre-sceaux des évêques; on en voit une au revers du sceau de Guarin, évêque de Senlis (J. 1 53, mars 1220). Au xiv^ siècle, l'usage se répandit parmi les évêques de faire graver sur leurs sceaux, ou sur leurs contre-sceaux, des écus armoriés, tels que ceux qui paraissent sur le sceau d'Enguerrand de Créquy, évêque de Tbérouanne (PI. Q, n" 2) : les armoiries de famille se combinaient souvent avec celles de l'épiscopat. (Voyez la Notice XCVIII.) L'exemple des évêques fut suivi par quelques abbés dès la fin du xii'' siècle; mais 1 usage des armoiries ne devint fréquent dans le clergé régulier que depuis le milieu du siècle suivant.

Ce n'est guère qu'au xiv^ siècle qu'on voit paraître sur les sceaux les ornements accessoires de l'écu, connus sous le nom de supports et de timbre. On nomme 5?i/}porf5 les figures d'bommes, d'animaux, etc., qui soutiennent fécussonà droite et à gaucbe; les ornements qui le surmontent sont appelés timbre. Ainsi , dans le contre-sceau n** 1 de la plancbe K , l'écu a pour supports deux anges, et pour timbre une couronne. C'est en ce sens qu'on dit dans les traités de blason que les écussons des chevaliers sont timbrés d'un casque ; ceux des cardinaux, d'un chapeau rouge. Charles V est le premier de nos rois dont h contre-sceau porte un écu timbré d'une couronne. (Voyez Pi. H, n° 1 .) Le timbre parut avant le milieu du xiv*" siècle dans les armoiries de la branche aînée d'Auvergne; en effet, Jean P' , qui vivait en i3/i5, «avait, dit Baluze, « deux lions pour support, et un cygne à ailes déployées pour timbre. Dans le «même temps Godefroy, seigneur de Montgascon , son frère, avait deux sau- « vages pour support, et pour timbre, la tête d'un jeune homme issant ' jusqu'à

' Issanl se dit des personnages et des animaux dont il ne paraît que la tète et une partie du corps.

«restomac. » Le mot timbre, dans son acception la plus large, comprend tous les ornements placés au-dessus de l'écu ; mais dans les écus timbrés d un casque il ne désigne souvent que le casque, et Ton distingue , sous le nom de cimier, les pièces accessoires qui surmontent le casque. Le cimier, considère comme faisant partie du timbre de l'écu, ne parut probablement pas sur les sceaux avant la fin du xiii" siècle ^ ; mais les Bénédictins ont remarqué sur un sceau attaché à un acte de 1 164 un cimier surmontant le casque de Philippe, comte de Flandre; Richard Cœur-de-Lion est représenté sur un de ses sceaux avec un casque surmonté d'un cimier en forme d'éventail ; Henri III, qui monta sur le trône d'Angleterre en 1216, porte un casque qui a pour cimier un croissant; celui de Gobert d'Aspremont (Pi. Q, n° 10) est surmonté d'un cimier en forme d'éventail et orné en outre de lambrequins ^. Dans les timbres des armoiries , ces pièces d'étolfe sont ordinairement découpées en forme de feuillage; elles entourent le casque et descendent aux deux côtés de fécusson. Les emblèmes et les devises des ordres de chevalerie commencent, vers la fin du xv*" siècle, à paraître sur les sceaux comme ornements accessoires de fécu; on en trouve un exemple dans le contre-sceau n° 2 de la planche K. La devise de Tordre de la Jarretière, Homiy soit qui mal y pense, entoure l'écu écartelé aux armes de France et d'Angleterre, sur le sceau de Henri VIII. Quant aux devises des familles, aux cris de guerre, etc., on en trouve quelquefois qui servent de légende à des contre-sceaux du xiii" siècle. La devise Per tempus omne , exprimée par les sigies P. T. 0., accompagne fécu armorié représenté sur le sceau n° 5 de la planche G. « Le nom propre de la famille, ou seul ou avec (1 quelque addition, un exploit glorieux, une aventure singulière, le titre d'un « état, d'une église célèbre , d'une ville ou d'une forteresse principale , faisaient «communément, disent les Bénédictins, le sujet de ces cris d'armes. Celui «des rois de France était Montjoye Saint Denis, ce qui signifie mon Dieu de « Saint Denis, ou selon Mafhieu Paris, Dieu aide. Celui de Bourbon était i^OHr- <( bon Notre-Dame ou Espérance. Les ducs de Lorraine prirent pour cri de <( guerre Priny, parce que c'était le nom de la forteresse qu'ils avaient sur les

1 Charles le Bel , qui, en i3i6, avait reçu en apanage le coaité de la Marche , employait un sceau équestie dont le revers portait un écu timbré d'un casque qui avait pour cimier un centaure tendant un arc. Enguerrand de Marigny se servait en i3i2 (J. 212) d'un sceau équestre portant au revers un écusson timbré d'un casque ayant un cimier en forme d'éventail, chargé de deux fasces, qui sont les armoiries des Marigny.

Enguerrand a pu employer ce contre -sceau dès la fin du xni^ siècle. En tout cas, c'est probablement un des exemples les plus anciens d'armoiries à timbre surmonté d'un cimier.

^ Les lambrequins sont encore rares au xiii* siècle; cependant on en remarque dès le siècle précédent, notamment sur le revers des deux sceaux d'Etienne P', roi d'Angleterre, qui monta sur le trône en 1 135.

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