BULLES, BREFS ET MOTUS PROPRII
SI*. Ds purres.
Le mot bulle, avant le xnr° siècle, ne désignait qu'un sceau ; mais, de même que les chartes ont été nommées sigilla, à cause du sceau dont elles sont revêtues, le nom de bulle a été donné aussi aux lettres des empereurs, de certains prélats, du patriarche de Constantinople , de quelques conciles æcuméniques , et surtout aux lettres des papes. La multiplicité des actes émanés des souverains pontifes, jointe à l'observation de quelques caractères qui, suivant les temps, ont paru être appropriés à quelques-uns de ces actes plutôt qu'à d’autres, engagea les critiques à les distinguer, autant que possible, par des noms différents : on a donc divisé les bulles en grandes et petites. Énumérons rapidement les caractères distinctifs de ces deux espèces d'actes pontificaux.
es unie : À + Les jurisconsultes anglais appellent chartes dentelées, celles dont on ne dressait qu'un exemsimples, par opposition aux chartes parties et plaire.
PARIS CHAPIRREANT: 175 Si les règles indiquées par les Bénédictins n’admettaient pas d'exceptions, une grande bulle se reconnaîtrait dès son début, qui devrait toujours être conçu dans la forme suivante : NV. episcopus, servus servorum Dei... in perpetuum. Dans une petite bulle, au contraire, on rencontrerait salutem et apostolicam benedictionem, au lieu de in perpetuum. Nous citons la formule in perpetuum, comme la plus ancienne ; mais elle a aussi été remplacée par des formules équivalentes, telles que adperpetuam, ad faturam, ad œternam rei memoriam, etc., qui avaient pour but d'imprimer aux décisions renfermées dans la bulle un caractère irrévocable. Les deux espèces de formules qui viennent d’être citées ont été trop souvent confondues pour qu'on puisse y trouver un moyen de distinguer entre elles les grandes bulles et les petites. En présentant cette observation, les Bénédictins ont voulu seulement avertir que l’on rencontrait plus ordinairement la formule in perpetuum dans les grandes bulles. Mais pour distinguer ces actes, il faut s'attacher surtout à leur conclusion. Prenons pour exemples deux actes de Pascal IL. Ses petites bulles se terminent ordinairement par la date du lieu, du jour, du mois et de lindiction. « Data Lateraem, Y Non. Marti, indict. 1x.» Voici maintenant la conclusion d’une de ses grandes bulles :
«Scriptum per manum Johannis scriniarii regionarii ‘ac notarii sacri
« palatil. »
(A) «Ego, Paschalis, catholicæ ecclesiæ episcopus, subscripsi. » ( Monogramme. )
«Datum Romæ, in porticu beati Petri, per manum Johannis sanctæ Ro- «manæ ecclesiæ diaconi cardinalis ac bibliothecarii, v Kalendas Maïü, in- «dict. 111, incarn. Dominicæ an. Mex, pontificat. autem domini Paschalis «secundi papæ anno xr.»
Donnons quelques explications sur les divers éléments dont se compose cette citation. La formule seriptum, etc., vient immédiatement après le texte de l'acte, où du moins elle n’en est séparée que par le mot amen, répété dans quelques actes jusqu'à trois fois. Cette formule est consacrée, comme on le voit, à faire connaître le nom et les qualités de l'écrivain de la pièce. Avant Pascal IT, elle se termine quelquefois par une date préliminaire, mais qui est moins développée que celle de la formule datum, etc. Après la formule scriptum, on voit sur une autre ligne la souscription ego, Paschalts, etc., précédée d'un cercle et suivie d'un monogramme. Ces deux figures font partie de la souscription du pape ‘. La première se compose de deux cercles concentriques
1 Le fac-simile n° 7 de la planche XII présente un modèle réduit de ces deux figures.
destinés à recevoir une sentence empruntée au texte des Saintes Écritures, et qui servait de devise au pape. Cette devise était écrite en rond, dans la bande circulaire comprise entre la circonférence du cercle intérieur et celle du cercle extérieur. Avant le premier mot, on voit une croix, qui souvent était la seule partie de la souscription qui fût tracée de la main du pape. Dans la bulle de Pascal II, le plus grand des deux cercles a deux pouces de diamètre, et le plus petit n’a que dix-huit lignes. L'aire ou la surface du petit cercle est traversée par deux diamètres perpendiculaires entre eux, qui forment ainsi quatre quartiers où sont écrits les noms des apôtres S. Pierre et S. Paul etle nom du pape. Dans le quartier supérieur, qui est à gauche, on lit sur la première ligne, scs (sanctus), et sur la seconde, Perrvs. Le même arrangement est observé pour l'inscription renfermée dans le quartier supérieur de droite, et qui est ainsi conçue : scs Pavivs. Le quartier inférieur de gauche renferme sur la première ligne les deux premières syllabes du mot PascHauis, et sur la seconde, les lettres PP (papa). Le quartier inférieur de droîte renferme, sur la première ligne, la dernière syHlabe du mot Pascazis, et sur la seconde, le chiffre romain 11. Passons à la seconde figure, c'est-à-dire au monogramme qui complète la souscription, et qui est placé à la suite de la formule ego, Paschalis, etc. On aura plus tard occasion de parler des monogrammes ; il suffit, quant à présent, de dire qu'on entend par monogramme l'assemblage de plusieurs lettres conjointes et entrelacées de manière à ne former qu'un seul caractère dont les divers éléments, s'ils étaient isolés, représenteraient une portion et le plus souvent la totalité des lettres qui entrent dans la composition d'un ou de plusieurs mots. On trouvera, par exemple, sur la planche qui représente les écritures des diplômes carlovingiens le monogramme du mot Karolus. Le monogramme qui se trouve en général sur les grandes bulles des papes n’est pas destiné à reproduire leur nom, mais le mot Benevalete, qui fut d'abord écrit en toutes lettres, et réduit ensuite en monogramme, au moins à partir du pontificat de Léon IX.
La dernière formule, commençant par datum, n’occupe qu'une seule ligne sur la bulle de Pascal I. Il ne faut pas s'en étonner, parce que plusieurs mots sont abrégés dans l'original, et que d'ailleurs le parchemin de cet acte a un pied et demi de largeur. On voit que cette formule, après avoir énoncé la date du lieu, le nom et les titres de celui qui a délivré la pièce, et qu'on est convenu d'appeler le dataire, présente en outre la date du jour, du mois, de l’'indiction, de l'incarnation et du pontificat.
Il est facile de comprendre maintenant qu'on ne devrait pas balancer à ranger parmi les grandes bulles un acte qui réumirait les trois formules finales
PARTIE II — CHAPITRE II. 175 qui viennent d'être citées, quand même le début de cet acte renfermerait salutem et apostolicam benedictionem, ou toute autre form ule, au lieu de in perpetuum, ad perpetuam rei memoriam, etc. La réunion de ces trois caractères n’est même pas nécessaire pour qu'un acte appartienne à la classe des grandes bulles. 11 peut se faire, par exemple, qu'un acte ne renferme ni la formule scriptum, n1 la souscription du pape, et que cependant il se distingue évidemment des petites bulles par une date finale où l’on retrouverait le nom du dataire, année de l’incarnation et celle du pontificat, ou, suivant les époques, l'année des empereurs d'Orient ou d'Occident, de leur consulat ou postconsulat, et de l'association de leur collègue ou de leur fils à la dignité impériale ! : d'un autre côté, il y a une époque à partir de laquelle la date du pontificat cesse de devenir un caractère distinctif des grandes bulles. En effet, sans parler des successeurs de Pascal IT qui supprimèrent quelquefois dans les petites bulles la date de l'indiction, et qui, dans certains cas, y substituèrent celle du pontificat, Clément III suivit constamment cet usage dont les actes de ses prédécesseurs ne fournissent que de rares exemples. La date du pontificat devient donc, à partir de cette époque, un caractère commun aux grandes et aux petites bulles; et comme le nom du dataire ne fut pas toujours exprimé dans la formule datum, les grandes bulles qui ne renferment pas la souscription du pape ne peuvent plus se reconnaître souvent qu'à la date de l'incarnation : or, depuis la fin du xm° siècle jusqu'au pontificat d'Eugène IV exclusivement, cette date devient de plus en plus rare dans les actes des papes; en d'autres termes, le nombre des grandes bulles, dans cet intervalle, est extrêmement limité.
Avant d'arriver aux formesnouvelles qui furent adoptées par Eugène IV, disons quelques mots sur les trois classes de grandes bulles signalées par les Bénédicüns, c'est-à-dire sur les bulles pancartes, les bulles priviléges et les bulles consistoriales.
On appelle bulles pancartes celles qui, en confirmant quelques donations faites à une église, faisaient l'énumération de tout ce qui s'y trouvait compris,
1 La date de l'année des empereurs fut em- jusqu'au milieu du xi°, époque où elle exclut défi- F
ployée, pour la première fois, par le pape Vigile, et pour la dernière fois, par Benoit IX. Depuis Charlemagne, la date des empereurs d'Occident avait remplacé celle des empereurs d'Orient. Les années de J.C. furent employées, au moins dès le 1x° siècle, et peut-être dès le vnr‘; mais l'usage n'en devint ordinaire que sous Léon IX. Les premiers exemples de la date du pontificat remontent au vn'siècle : elle devint de plus en plus fréquente
nitivement la date des empereurs. Mais les années du pontificat étaient comptées, tantôt du jour de l'élection, tantôt du jour du couronnement des papes. Ce dernier usage fut plus généralement suivi, surtout jusqu'au commencement du xn° siècle. Dans la suite, il devint peut-être plus ordinaire, selon les Bénédictins, de compter les années du pontificat du jour de l'élection ; mais cette règle a souffert des exceptions nombreuses.
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et quelquefois même ratifaient les autres possessions de cette église. La plus ancienne que l'on connaisse fut donnée par Grégoire IV, au 1x° siècle. Après
e milieu du x, il est difficile de rencontrer de pancartes revêtues de leurs ee distinctives ; elles sont extrêmement rares dans le siècle suivant, et depuis l'on n'en découvre plus.
Quand les pancartes joignent à un recensement de biens la concession de certains privilèges, elles rentrent dans la classe des bulles priiléges, qui ont pour objet, comme leur nom l'indique, d'accorder une faveur spéciale à une église, à une abbaye, etc.
Les bulles consistoriales sont ainsi nommées parce qu'elles étaient données en plein consistoire : elles traitaient des intérêts de la religion et du saint-siége.
Quant aux expressions de bulles entières, demi-bulles et bulles défectives, elles s'appliquent aux sceaux et non aux actes. Les bulles entières sont empreintes des deux côtés, et représentent d'une part les images de S. Pierre et de S. Paul, et d'autre part le nom du pape. Les demi- Pot qu'on nomme aussi bulle defective où blance, et dont les papes se servaient avant d'être consacrés, ne représentent que l'image des SS. apôtres : elles ont du reste la même autorité que les bulles entières. On appelle plumbator celui qui attache le sceau de plomb aux bulles. Le nom de bulle se prend aussi dans le sens de schedula, cédule, et ne signifie rien de plus alors que buletta, bulletin, brevet.
Tout en faisant remonter l'origine des grandes bulles au vu siècle, les Bénédictins ne prétendent pas que l'usage en eût dès lors fixé les caractères distinctifs; mais ils signalent dans différents actes l'introduction de telle ou telle formule qui a servi de type à celles que lon rencontre dans les siècles suivants. Pour connaître plus exactement leur origine et leurs progrès, il faut les étudier dans la série des actes pontificaux. Ce qu'il y a de plus essentiel à connaître à cet égard, se trouve consigné dans la liste alphabétique qui termine la seconde partie de cet ouvrage : quant à présent, nous devions nousborner aux observations qui étaient nécessaires pour faire comprendre la distinction des grandes bulles et des petites !. Cette distinction ne peut être appliquée que très-rarement, à partir du pontificat d'Eugène IV qui introduisit indistinctement dans toutes les bulles la date de l'incarnation. Toutefois on doit encore donner le nom de grandes bulles au petit nombre d'actes qui réunissent la devise et la signature du pape.
1 On a donc négligé quelques détails qui, à cription des courriers apostoliques, etc. Ces décertaines époques, se rattachent aux bulles des tails se trouveront dans la liste alphabétique des papes, tels que les signatures des cardinaux, papes.
les certificats d'affiche et de publication, la sous-