SIT. DE LA SUSGRIPTION
De nos jours on entend par suscription adresse d'une lettre; mais ce terme désigne en diplomatique cette partie d'un acte qui vient ordinairement après l'invocation et qui renferme le nom et les qualités de celui qui parle, le nom et les qualités de la personne à qui l'acte s'adresse, et les souhaits ou le salut qui terminaient souvent cette formule. Des souhaits du même genre se répétaient aussi à la fin de l'acte : on est convenu de donner à ces derniers le nom de salutation. Après la suscription, vient le préambule qui consiste en général dans le développement d'une vérité morale ou religieuse, ou dans quelques réflexions qui se rattachent plus ou moins à la matière même de l'acte. Comme ces préambules étaient presque toujours des lieux communs, on rencontre souvent la même formule en tête de plusieurs chartes: souvent aussi on les supprimait entièrement; mais on était tellement habitué à entrer en matière par un des mots ttaque, igitur, enim, qui venaient ordinairement comme conséquence du préambule, que, malgré la suppression de ce préambule, on conservaît
quelquefois ces particules conjonctives, qui se trouvaient ainsi placées au commencement d'un acte. Le préambule est suivi de l'exposition du fait, puis de la conclusion, et en dernier lieu des formules finales. L'ordre que nous venons d'indiquer pour les différentes parties d'une charte est le plus ordinaire parce qu'il est le plus naturel; mais on rencontrera un grand nombre d'actes dans lesquels il est interverti : il arrive souvent, par exemple, que le préambule renferme ou précède, soit l’invocation, soit la suscription.
Ce n'est qu'au x° siècle que les papes, dans leurs suscriptions, ont suivi presque invariablement l'usage de placer leur nom avant celui des personnes auxquelles ils s'adressent. Dans les siècles antérieurs ils se nommaient tantôt avant, tantôt après. Ces variations ont pu d'abord tenir au hasard; mais il est bien positif que dans la suite il était d'usage de ne pas donner à son nom la première place dans la suscription, à moins qu'on nécrivit à un inférieur. Ce fait est prouvé par le passage suivant d'une lettre d'Héloïse à Abaïlard.
«Miror, unice meus, quod præter consuetudinem epistolarum, imô contra cipsum ordinem naturalem rerum, in ipsä fronte salutationis epistolaris me «tibi præponere præsumpsisti, fœminam videlicet viro, uxorem marito, an- « cillam domino , monialem monacho et sacerdoti, diaconissam abbati. Rectus vquippe ordo est et honestus ut, qui ad superiores vel ad pares scribunt, «eorum quibus scribunt nomina suis anteponant. »
Du v° au vu‘ siècle les empereurs se donnèrent ordinairement le premier rang dans les suscriptions des actes qu'ils adressaient aux souverains pontifes. Adrien IV, au xn' siècle, reprocha à l'empereur Frédéric Barberousse d’avoir suivi cet ancien usage. ù
Depuis la fin du v° siècle la qualification de fils fut presque toujours employée par les papes à l'égard des empereurs, des rois’, des princes, des grands, des ecclésiastiques du second ordre, et même des prêtres, quand ils leur avaient conféré l'ordination, ou qu'ils les regardaient comme faisant partie du clergé romain. Si ces prêtres appartenaient à une autre église, ils les traitaient plutôt de frères. Ce dernier titre fut presque toujours en usage pour les évêques. La locution, votre fraternité, devenue un peu plus rare au vr siècle, reprit le dessus après le x° et surtout après le xr°.
Cette qualification de fils à l'égard des souverains fut accompagnée des épithètes de très-clément, très-pieux, très-glorieux, etc. En géntral, les papes employèrent: jusqu'au 1x siècle pour les empereurs la formule suivante, sans y faire de changements notables : « Domino piissimo et serenissiMO Vi-
1 Plusieurs évêques les ont qualifiés de la même manière.