PARTIE IL CHAPITRE IV
vent le tre de frère. La formule vocatus episcopus était employée par les évêques
de France avant leur sacre. Au vin siècle le nom d’évéque fut donné nonseulement aux chorévêques, mais encore à des abbés et à des prêtres. D’autres expressions pourraient encore donner lieu à des équivoques ; ce sont celles de sacerdos cardinalis et de cardinatus, qui furent appliquées à des curés, à des prêtres ou à des moines, au moins jusqu'au x siècle.
Une lettre de S. Boniface, archevêque de Mayence, adressée au pape Zacharie pendant le vin siècle, montre jusqu'où pouvait aller la prolixité des suscriptions : « Reverentissimo patri, dilectissimo domino, cum timore et tre- «more venerando magistro, apostolici honoris privilegio prædito, pontificatüs «infulâ apostolicæ sedis sublimato Zachariæ, Bonifacius exiguus servus vester, (icet indignus et ultimus, tamen legatus Germanicus devotissimus, optabilem «in Christo immarcescibilis caritatis salutem. » À côté de ces expressions, exiguus, etc., dictées par l'humilité chrétienne, il n'est pas rare de rencontrer les qualifications de très-heureux, révérendissime, vénérable, ete., prises par les prélats dans la suscription de leurs actes. On trouve les unes et les autres réunies dans la suscription d'une charte de Jean, évêque de Sisteron, en 812 : «Johannes episcopus, servus servorum Dei, in sanctimoniis perspicuus et in «<omnibus rebus ditissimus, ac peritissimus in omni opere et sermone, coram « Deo et hominibus. » C'est ainsi que l’évêque de Clermont, en 945, prend les titres de presul eximius et humillimus. Mais quoïiqu'au x° siècle bien des prélats aient commencé à recevoir comme seigneurs temporels les titres les plus fastueux, tels que ceux de sérénité, de majesté, ete. cependant la plupart d'entre eux continuèrent à se servir des formules les plus humbles : il en fut de même dans les deux siècles suivants. Ce qui peut caractériser le xn° siècle, c'est que les invocations sont moins fréquentes. Elles deviennent plus rares encore au x‘. Les titres des suscriptions sont moins prolixes et moins fastüeux. Les noms propres ne sont ordinairement indiqués que par la lettre initiale. On peut réduire à cinq formes principales, qu'on retrouve à peu près les mêmes dans le xrv° siècle, les débuts des actes ecclésiastiques : 1° une invocation ! accompagnée de la suscription et de la date; 2° les prénoms eo ou nos, suivis d’une simple suscription ; 3° les formules notum sit, noverint, ou plus ordinairement les mots universis ou omnibus, etc., suivis de salutem ou puteat, notum sit; 4° les dates suivies de la suscription; 5° un préambule fort court, suivi de la suscription. Au xv° siècle quelques prélats prirent les titres des seigneuries et des châteaux appartenant à leurs églises. Les archevêques de Rouen se qualifièrent primats de Normandie, depuis que l'indépendance de
1 Cette forme est plus rare que les autres.
leur siége eut été décidée à Rome én 1455. Quand les ecclésiastiques dressent eux-mêmes leurs actes, ils emploient des formules différentes de celles qu'on rencontre dans les chartes qu'ils font rédiger par les notaires publics. Les actes ecclésiastiques, passés devant des notaires apostoliques et impériaux, commencent ordinairement par une courte invocation, suivie de la suscription et de la date. Dans le siècle suivant, les formules restent les mêmes. Nous devons faire remarquer seulement que le style de la juridiction ecclésiastique devait avoir plus de fixité, puisque la compilation composée en 1431 par Henri d'Avaugour, A de Bourges, avait été imprimée en 1499, par les soins de l'archevêque Guillaume de Cambray. Une seconde édition de cet ouvrage, revue par le cardinal de Tournon, parut en 1527; et après la réforme du concile provincial de Bourges en 1584, Jean Chenu la publia avec des commentaires, sous le titre de Stylus jurisdictionis ecclestasticæ archieptscopalis, etc.
Les suscriptions des rois de la première race étaient ordinairement dans la forme suivante: N. Francorum rex, vir inluster ; cette forme sé maïntint pendant une partie du règne de Charlemagne. « À commencer par Louis le Débonnaire, «disent les Bénédictins, les empereurs, rois et princes d'Occident ont très- «fréquemment employé à la tête de leurs titres : Divind ordinante, propitiante, «annuente, favente où præordinante providentié, misericordiä ou clementià, imperator «augustus, rex où dux, etc.; ce qui n'empêche pas qu’on ne fit usage des for- «mules Dei omnipotentis nusericordiä, Dei misericordiä, Dei clementià, divine provi- «dentiæ clementià, gratià Dei, formule qui dans la suite a prévalu en France sur «toutes les autres. Mais, un peu après le milieu du 1x° siècle, les empereurs « français, et depuis, les Allemands à leur exemple, affectèrent plus particulière- «ment cette formule : Diviné favente clementiä. Nos empereurs, à limitation de «ceux de Constantinople, prenaient les titres d’invincibles et de pacfiques. « Quelques-uns de nos rois s’attribuèrent aussi les mêmes qualités : on en vit «y ajouter celles d'inclytus, de gloriosissimus, de clementissimus, de semper auqustus. »
Avant le xv° siècle on n'attachait aucune idée d'indépendance ou de droit divin à la célèbre formule par la grâce de Dieu, Dei gratià, Dei dono, Dei nutu, etc. Rois, nobles, ecclésiastiques l'employaient par un sentiment de dévotion et d'humilité chrétienne. Pepin le Bref est le premier de nos rois qui en ait fait usage; mais elle n’a été définitivement adoptée que sous la troisième race. Charles VII l'interdit en 1442 au comte d'Armagnac, obligea en 1449 le duc ‘de Bourgogne à déclarer qu'elle ne portait point préjudice aux droits de la couronne de France, et dans la suite les souverains se l’attribuërent exclusivement : les évêques toutefois l'ont conservée en y ajoutant souvent et apo-