PARTIE II. — CHAPITRE IV
«maniæ”.» Voici deux suscriptions de Baudouin II, empereur de Constantinople : «1° Nos Balduinus Dei gratià fidelissimus in Christo imperator à Deo coronatus, «Romaniæ moderator, et semper augustus, universis, etc.; 2° Nos Bauduins por «la grace de Deu tres feiaux empereres en Crist, de Deu corones, gouvernerres «de Romanie, et tos tens accroissans, façons a savoir, etc.» Manuel Paléologue, empereur des Grecs, étant à Paris en 1402, adressa à la reine de Suède des lettres patentes qui commencent ainsi : «Manuel in Christo Dei «fidelis imperator et moderator Romeorum, Paleologus et semper augustus, «umniversis, etc.»
Que les seigneurs aient imité dans leurs chartes les formes de suscription qu'on rencontre dans les diplômes royaux, c’est un fait qu'il est impossible de contester. Ainsi les formules De gralid, misertcordiä, etc., les invocations, les épithètes honorifiques , les termes de majesté, de grandeur, d'excellence, etc. se rencontrent à chaque instant dans leurs actes. Quelquefois même ils prennent le titre de roi; ils adoptent aussi ces formes d'humilité inspirées par le christianisme. Au xr siècle, dans une donation à l'abbaye de Saint-Ouen de Rouen, un gentilhomme s'intitule : Mainardus peccator et omnium infelicissunus. Dans le siècle suivant Robert de France se qualifie, par la patience de Dieu comte de Dreux et de Braine. Rien de plus ordinaire que de trouver dans la suscription d'un acte la filiation de celui qui l'a fait dresser : Radolphus Taxo Jilius Rodulphi Andeqavensis, ete. Quand les chartes sont adressées à des papes, à des évêques ou à d'autres ecclésiastiques, les termes de respect leur sont prodigués. Prenons pour exemple une des formules publiées par Marculfe au vu siècle : « Domino sancto et apostolicà sede colendo domno et in Christo «patri ill episcopo, ille et conjux mea illa, etc.» Les chartes qu'on accordait aux monastères, aux églises ou aux abbayes, renfermaient ordinairement quelques détails sur leur position et sur les motifs qui les recommandaient à la dévotion des fidèles. Une donation faite, au vrr° siècle, à l'abbaye de Moissac présente cette suscription : « Venerabili in Christo patri et domino apostolico «Leotado abbati, vel omni congregationi monasterti Moisiacensis quod infrà «pago Caturcino in honore S. Petri constructum esse videtur. Ego enim
«zius etuxor mea Ermintrudis, etc. » Un seigneur nommé Ermenbert commence ainsi la donation qu'il fait, en 632, à l'abbaye de Saint-Bénigne : « Sacrosanctæ
1 C'est ce qu'on retrouve encore dans un di- «Provinciæ, Forcalquerii ac Pedemontis comes, plôme de Ladislas , roi de Hongrie, au xv siècle: «R. in Christo patri, etc. » Les diplômes des empe- « Ladislaus Dei gratià Hungariæ, Jerusalem etSi- reurs d'Allemagne fournissent une foule d'exem- “ciliæ, Dalmatiæ, Croatiæ, Ramæ, Serviæ, Ga- ples analogues.
“litiæ, Lodomeriæ, Cumarii Bulgariæque rex,
«basilicæ, sub oppido Divione constructæ, ubi videlicet beatus Benignus sacer- «dos et martyr gloriosissimus requiescit in corpore. Ego illustris vir Ermen- «bertus ejusque matrona Ermenoara, etc. » Les serments de fidélité prêtés dans le midi de la France avaient une forme particulière; ils étaient adressés au seigneur et débutaient ainsi : «Audi tu, etc., de istà horâ in antea fidelis ero «tibi, ete. » Les formes ordinaires des suscriptions ne se rencontrent pas non plus dans les actes dressés sous la forme de récit, et dans lesquels aucune des parties ne prend la parole; en voici deux exemples fournis l'un par un échange du vu siècle, et l’autre par un contrat de mariage du xr°: «1° Placuit atque «convenit inter viro illustri Landegisilo, qui ad vicem illustræ matronæ Teudi- «lanæ, etc. 2° In nomine Domini nostri Jesu Ghristi. Hic esttitulus dotis et do- «nationis quod donat vir nobilissimus nomine Bertrandus dilectæ sponsæ vel «uxori suæ nomine Elictæ, etc.» On conçoit aussi que beaucoup d'actes peuvent débuter par l'indication de la date et de quelques autres circonstances, comme dans cette formule de Marculfe : « Annoïllo, regnante rege illo, sub die «io, in civitate illà, adstante viro illo laudabili defensore, et omni curià illius «civitatis, vir magnificus ille prosecutor, etc. » Rien de plus ordinaire aussi que les formules : noverint omnes, pateat, notum sit, nolum ou notortum facimus, etc. Nous terminerons en signalant un usage singulier attesté par Heumann et confirmé par les Bénédictins, c'est que les particuliers mettaient quelquefois à la tête de leurs chartes les formules initiales des diplômes impériaux. En voici un exemple tiré d'une charte de 894 : «In nomine Domini nostri Jesu Christi. « Guido grandi divinä ordinante providentià imperator augustus, anno imperii «ejus Deo propitio 1v, sed regnante Lamberto filio ejus imperatore ver II, «sed à tertià die Maï per indictione x11. Ideoque ego Adelbertus comes de «Aprutio, etc. »
SIII. pu sazor
Les plus anciennes formes de salut dans les actes ecclésiastiques se trouvent dans les épîtres des apôtres. À ces modeles, que la piété chrétienne avait ordinairement imités pendant les trois premiers siècles de l'église, on vit bientôt succéder des formules plus ou moins arbitraires’ qui ne furent jamais plus multipliées qu'au x11° siècle. On revint depuis à la formule salutem suivie souvent dein Domino. Nous devons aussi faire observer qu'au xrn° siècle les évêques en
1 Parmi les mots qu'on substituait à salutem, renlium, subjeclionem , obedientiæ famulatum, de- Ferrari cite felicitatem, benedictionem, consola- volionem, charitatis vinculum, pacis osculum, vetionem, gaudium , servilium, servilutem, obsequium, neralionem, etc.
obedientiam, dilectionem, orationis munus, reve-
PARTIE II — CHAPITRE IV. 203 écrivant au pape lui offraient le salut avec le baisement des pieds. Selon Ferrari cet usage était suivi par les princes depuis le pontificat d’Innocent IL.
Les formules de salut ne sont pas aussi variées dans les actes des souverains pontifes que dans ceux des simples ecclésiastiques. Elles ne se rencontrent pas toujours dans les bulles du v° siècle; mais quand elles étaient exprimées, c'était par le mot salutem, accompagné ordinairement de in Domino. Le mot benedictionem paraît quelquefois dans le siècle suivant. Au vur siècle les suscriptions des priviléges finissent habituellement par la formule in perpetuum, et très-rarement par salutem et apostolicam benedictionem. On cite des saluts très-bizarres, tels que in roseo Christi sanguine saluiem. Au 1x° siècle la formule in perpeluum commence à caractériser les priviléges, quoiqu'on y substitue quelquefois nunc et futuris temporibus, ou autres locutions du même genre. Si les petites bulles présentent rarement la formule salutem et apostolicam benedictionem, elles en offrent souvent d’autres qui sen rapprochent. Ces variations continuent pendant le siècle suivant jusqu'à ce qu'au xr° siècle on puisse regarder la forme de ce salut comme définitivement arrêtée. La formule in perpetuum avait été de plus en plus appropriée aux priviléges pendant le x° siècle. Cependant quelques décrétales du xr siècle lemployèrent à la suite de salutem et apostolicam benedictionem ; maïs ces exceptions n'empêchent pas qu'en thèse générale on ne puisse dés lors regarder le salut! 1n perpetuum comme un caractère distinctif des priviléges les plus solennels. Au xn° siècle on y substitue, mais très-rarement , in perpeluam re memoriam. La forme d’abréviation la plus ordinaire pour le mot perpetuum consiste à le réduire aux trois lettres P P M. Au xur' siècle on fait précéder quelquefois in perpetuum dans les bulles consistoriales de tm preæsentibus quäm futuris. Cette nouvelle formule tient lieu dans certains cas de l'ancienne, qui est aussi remplacée quelquefois par ad ret memoriam sempiternam. Au x1v° siècle, au lieu de la formule tn perpetuum, qui devint rare, on rencontre ordinairement «d perpeluam , où quelquefois ad fatüram rei memoriam. On avait déjà employé dès le siècle précédent dans les bulles d'excommunication la clause : ad certitudinem præsentium et memoriam futurorum. On continua de l'insérer non-seulement dans la suscription des mêmes actes, mais encore lorsqu'il s'agissait d’affaires litigieuses d'une grande importance. Au xv° siècle la formule in perpetuum se rencontre à peine : la suscription des simples lettres apostoliques se termine par salutem et apostolicam benedictonem; celle des priviléges, jugements, règlements, elc., par ad perpetuam ou fuluram re memoriam. Ces trois formules se
1 La formule in perpetuum n’est pas, à propre- désigner ainsi, parce qu’elle occupe dans la susment parler, un salut; mais il est d'usage de la cription la place réservée ordinairement au salut.
trouvent indifféremment dans les bulles du siècle suivant. Les brefs et les motus proprü les admettent aussi, mais la formule sulutem , etc. y est beaucoup plus fréquente que ad futuram, etc., et celle-ci moins rare que ad perpetuam, etc. Du reste, quoique le commencement de la suscription de ces actes se distingue presque toujours par la forme suivante : Pius papa quintus, on en rencontre quelques-uns qui commencent par Pius episcopus, en retranchant quintus. D’autres brefs, mais en très-petit nombre, s'approprient la formule episcopus servus, éic., qui peut néanmoins être considérée, malgré ces rares exceptions, comme le caractère distinctif des bulles proprement dites.
Le salut qui terminait la suscription dans les actes des laïques se réduisait ordinairement au mot salutem : souvent aussi on le supprimait; mais il faudrait entrer dans de grands détails si l'on voulait citer les diverses périphrases qui ont pu être substituées à la forme ordinaire. Quoique le salut termine ordinairement la suseription, quelquefois on le rencontre en tête des chartes. C’est ainsi qu'une confirmation de privilèges accordée, au xr siècle, à l'abbaye de Saint-Wandrille par Richard IT, duc de Normandie, commence par cette formule : pax ubique hæc elementa legentibus.
S IV. pu PRÉAMBULE.
Nous avons déjà dit que la place des préambules n'avait rien de fixe, et qu'ils pouvaient tantôt précéder, tantôt suivre la suscription, ou même en faire partie. Ces préambules pouvaient consister dans des considérations fort insignifiantes, telles que l'avantage de constater sa volonté par écrit. C'est ainsi que débute une charte de 1202 : « Quoniam ea, quæ mentes nostras solent effu- «gere, littera fideliter consuevit conservare, ego Willelmus comes Pontivi, etc. » Dans une charte espagnole du xr' siècle et d’une latinité barbare, les parties déclarent qu'elles agissent avec une entière liberté d'esprit : «Ideo placuit mi- «chi pro bonu pacis et volumptas, nullo quoque gentis imperio nec suadentis «articulo nec pertimescentis metum, sed propria michi accessit volumptas ut «vendere, etc.» Souvent les préambules expriment la crainte de la fin du monde. La formule : «Mundi terminum ruinis crebrescentibus adpropin- «quantem indicia certa manifestant, » fait partie du recueil de Marculfe. La même idée a été souvent reproduite jusqu'au xr° siècle par les formules : «Mundi termino appropinquante, Mundi senio sese impellente ad occasum , «Cernens totum mundum ruere ad occasum atque cunctos mortales magis «subditos peccatorum tenebris quàm veritatis luci, etc.» Il semble inutile
d’avertir qu'on doit rencontrer fréquemment des considérations sur la mort
PARTIE IL — CHAPITRE IV. 205 (memor finis meæ dierumqué meorum), sur le salut dans l'autre monde | pœnas inferni cupiens effugere). [ en est de même des réflexions sur les avantages de l’aumône, de la piété, de la clémence, des prières qu'un donateur demandait non-seulement pour lui, pro remedio anime, ad requiem vel refrigerium anime , pro retributione animæ , mais encore pour l'âme de ses ancêtres, de sa femme et de ses enfants. Cette formule se retrouve dans des chartes de princes qui n'étaient pas encore mariés. Quelquefois les préambules étaient purement historiques: «Pipinus dux Anchisi regis filius, sancti Clodulphi fratris inclita «proles, sub majorisdomüs nomine Francorum administrabat principatum «regalem. » Tel est le début d'une donation faite par Pepin d'Héristal au monastère de Saint-Arnoul de Metz. Le début d’une charte du x° siècle fournit un exemple du même genre: « Quædam nobilis matrona Aldeardis nomine, «cognomento Auricia, filium suum Hilionem in monasterio perpetualiter «Domino serviturum obtulit et cum eo quatuor mansos. »
ARTICLE IT