CHAPITRE VIT
OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES , SUIVIES D'UNE LISTE ALPHABÉTIQUE DE PRINCES SOUVERAINS, RENFERMANT DES RENSEIGNEMENTS SUR LES FORMULES ET LES DATES EMPLOYÉES DANS LEURS DIPLOMES.
Les principes généraux de la diplomatique sont sujets à tant d'exceptions, qu'il faudrait, après avoir observé les faits dans leur ensemble, recueillir ensuite jusqu'aux moindres détails et se familiariser avec les coutumes qui caractérisent les individus selon leur rang, leur siècle et leur päys. Les Bénédictins n'ont pas reculé devant cette immense difficulté. Ils ont divisé en trois parties, et présenté siècle par siècle le tableau des caractères généraux et particuliers que l'on rencontre 1° dans les diplômes des papes, 2° dans ceux des autres ecclésiastiques, 3° dans ceux des empereurs, des rois et des autres laïques.
On n'a donné, dans les chapitres précédents, qu'une analyse sommaire et fort incomplète de cette importante partie de leur ouvrage. Mais il a paru qu'un des principaux avantages d’un traité élémentaire était la promptitude et la facilité des recherches. On a donc réuni quelques détails plus circonstanciés dans une liste alphabétique des rois de France et des princes dont l'histoire est le plus intimement liée à la nôtre. Ainsi, toutes les fois qu'il s'agira de résoudre quelque difficulté dans les diplômes d'un roi de France, d'un pape, d'un empereur, d'un roi d'Angleterre’, on trouvera à l'ordre alphabétique du nom de ce roi, de ce pape ou de cet empereur, des renseignements sur les différentes époques qui peuvent entrer dans les dates de leurs diplômes, et souvent aussi la citation de leurs formules les plus ordinaires.
1 Si l'on n'a pas compris dans cette liste les pour point de départ l'époque de la fondation de rois d'Espagne, de Portugal, etc., cest qu'on la monarchie française. En ce qui concerne l’Anmanquait à la fois de temps, d'espace et deren- gleterre, onapu négliger sans inconvénient tout seignements. Quoique les Bénédictins donnent ce qui est antérieur à la conquête de THeptarchie. quelques détails sur plusieurs papes antérieurs à Ces divers renseignements se terminent tous au Clovis, il a paru plus que suffisant de prendre règne de François I“.
I ne faudrait pas cependant se servir uniquement de cette liste comme d'une table alphabétique des matières, à laquelle on recourt de temps en temps pour la solution d'une difficulté. Il est indispensable d'y chercher une foule de détails essentiels qui n'ont pas trouvé place dans les chapitres précédents. Or il est inutile d’avertir qu'en étudiant cette compilation, il ne faudra pas tenir compte de l'ordre alphabétique, mais lire la série des articles consacrés aux rois de France, aux papes, etc., dans l’ordre même de leur avénement. Il est facile de comprendre d’ailleurs que l'article consacré à un roi en particulier se réfère souvent à des explications qui ont déjà été données pour les actes de ses prédécesseurs ; et bien qu'en général on ait eu soin de l'indiquer par des renvois, il était impossible de recourir sans cesse à ce moyen qui ne pouvait être employé que dans les cas les plus importants. On ne pouvait pas non plus retomber dans des répétitions continuelles et reproduire pour dix règnes différents des détails toujours identiques. Il ÿ a par exemple des abréviations qui se rencontrent continuellement dans les formules des actes, et dont l'interprétation a été donnée une fois pour toutes, quand on a eu occasion d'en rencontrer le premier exemple. Par conséquent, si lon ne s'astreignait pas d'abord à étudier ce recueil en suivant l'ordre chronologique, non-seulement on ne pourrait arriver à connaître l'ensemble et la succession des faits, mais encore on serait arrêté quand on voudrait le consulter pour des vérifications partielles.
La plupart des citations que renferme ce recueil, ne sont pas malheureusement d'une exactitude complète sous le rapport du style et de l'orthographe. La brièveté du délai accordé pour la rédaction de cet ouvrage, ne nous a pas laissé le temps nécessaire pour la recherche des titres originaux qu'il aurait été possible de retrouver. D'un autre côté, plusieurs des diplômes cités par les Bénédictins sont dispersés ou détruits. [1 aurait été d’ailleurs impossible de réunir tous les exemples nécessaires, s'il avait fallu renoncer à puiser dans les recueils imprimés. Plusieurs de ces recueils ont pu exprimer en toutes lettres une date marquée en chiffres romains, et réciproquement. Il n’est pas douteux non plus qu'ils ont souvent négligé de reproduire des fautes d'orthographe et de grammaire. Comme on ne pouvait essayer de rectifier ces inexactitudes, il a fallu les transcrire : on a seulement substitué des chiffres romains dans une foule de dates imprimées en chiffres arabes et qui évidemment ne pouvaient avoir été écrites sous cette forme. Il est inutile d'ajouter qu'on s'est attaché à reproduire exactement l'orthographe de toutes les citations qui ont été copiées sur les originaux.
En parcourant cette liste on verra que quelques articles ne renferment pas
PARTIE II. — CHAPITRE VII. 255 d'autres renseignements que les dates de l’avénement et de la mort. Quelquefois on ne trouvera que des indications incomplètes et qui n'éclaircissent pas tous les doutes que peut faire naître la lecture d’un diplôme : il est facile d'en donner la raison. Il y a des règnes dont on n’a conservé aucun monument ; il y en a d’autres dont les actes ne fournissent pas les éléments nécessaires pour la solution de certaines difficultés. Souvent, par exemple, on aura vérifié un grand nombre de diplômes sans y trouver une date qui puisse prouver qu'un prince commençait l'année au 25 décembre ou au 1° janvier plutôt qu'à Pâques ou au 25 mars : il était impossible alors de rien affirmer. Il fallait donc s'en référer aux renseignements généraux qui ont été donnés dans le chapitre précédent, et à ceux que pourront fournir les actes des prédécesseurs ou des successeurs immédiats.
Nous avons déjà eu occasion d’avertir que ce recueil présenterait, en ce qui concerne les dates, des détails qu’il n’était guère possible de faire entrer dans des listes chronologiques. I devient nécessaire, à cette occasion, d'expliquer une contradiction apparente qui pourrait résulter de la comparaison des renseignements fournis par la liste chronologique des papes et de ceux que renferme ce recueil alphabétique. On se rappelle que dans la liste chronologique des papes on a distingué pour leur avénement une double date, celle de l'élection et celle de l'ordination ou consécration. Or on verra que si dans le recueil alphabétique, la première de ces dates répond ordinairement à l'élection, la seconde indique de temps en temps au lieu du sacre soit une tntronisation, soit un couronnement. Que l'intronisation, le sacre et le couronnement soient trois cérémonies différentes, c'est un fait dont il n'est pas possible de douter. On voit, par exemple, dans l'Art de vérifier les dates que Martin V fut élu pape le 11 novembre 1417, intronisé le même jour, consacré et couronné le 21; que Pie HI fut élu le 22 septembre 1503, consacré le 1° octobre et couronné le 8, etc. Mais si dans quelques occasions la cérémonie du sacre et celle du couronnement ont été célébrées à des jours différents, la plupart du temps il n'en était pas ainsi, et la date du couronnement était la même que celle de la consécration; comme il serait facile de le prouver par plusieurs passages de l'Art de vérifier les dates. La date de l’intronisation était aussi presque toujours la même que celle de l'élection. Cependant Léon IX, élu en 1048, ne fut intronisé que le 12 février 1049; et comme il date ses actes de cette dernière époque, il est probable qu'il a été couronné et consacré le même jour. Toutefois, comme l'Art de vérifier les dates ne s'explique pas à cet égard, on a dü indiquer la date du 12 février comme celle de l'intronisation seulement. Par la même raison on s'est borné à dire qu'Ur-
bain VI, par exemple, fut élu le 9 avril 1378 et couronné le 18. Mais il est probable qu'il fut consacré le même jour. En effet, il était d'usage de ne pas séparer ces deux cérémonies : ce fait peut être regardé comme à peu près certain lorsque la date du couronnement correspond soit à un dimanche, soit à une fête religieuse, c'est-à-dire à des jours que l'on choïisissait de préférence pour la cérémonie de la consécration. Par conséquent, quoiqu'il ne soit pas rigoureusement prouvé que toutes les doubles dates indiquées dans la liste chronologique correspondent, lune à l'élection, l’autre à la consécration, ce-
pendant cette hypothèse doit être considérée comme extrêmement probable. En reproduisant d’ailleurs les termes d’intronisation, de sacre et de couronnement, selon qu'ils se rencontrent dans l'Art de vérifier les dates, nous avons fourni d'avance le moyen de rectifier ce qu'il peut y avoir d'inexact dans la liste chronologique. On verra aussi pour certains papes deux ordinations successives : elles avaient lieu pour ceux qui, avant leur élection, n'étaient pas entrés dans les ordres. Ils étaient d’abord ordonnés prêtres et ensuite évêques.
Terminons par une dernière observation relative aux diplômes des rois d'Angleterre. Les auteurs de l'Art de vérifier les dates ne se bornent pas toujours à éclaircir les points douteux de la chronologie ; ils donnent aussi de temps en temps sur les formules et les usages de la diplomatique des renseignements que nous avons dû recueillir avec soin. Mais nous avons rencontré dans cet ouvrage une observation dont l'exactitude paraît devoir être contestée: « Dans les Actes de Rymer, les diplômes de Henri I, ainsi que ceux de ses «successeurs, ne portent ordinairement que la date du lieu et du jour, non «que cela soit ainsi dans les originaux, mais parce que l'éditeur ayant rangé les «pièces de son recueil dans l’ordre chronologique, se contente de marquer une «seule fois l'année qui est commune à plusieurs d’entre elles. » (Art de vérifier les dates, t. 1, p.807.) Le Nouveau Traité de Diplomatique ne renferme rien qui puisse justifier cette assertion, contredite d’ailleurs par un grand nombre de chartes originales déposées aux Archives du royaume.