‹ Éléments de paléographieChapitre 339 sur 492 · PARTIE IIL — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE IIL — CHAPITRE I

par des preuves directes et incontestables. En effet, Maflei a publié dans son Histoire diplomatique cinq diplômes du vi siècle, en écriture cursive. « Si «quelqu'un s'avisait, disent les Bénédictins, de les attribuer aux Goths, cette « ressource Jui serait aussitôt enlevée (Veron. illustr. col. 331) par un fameux «papier d'Égypte de la même écriture et du même caractère; car on y dé- «couvre certainement , dit le savant Ttalien !, qu'il fut écrit peu après Tan 444, «cest-à-dire cinquante ans avant l'arrivée de Théodoric, premier roi des «Goths en Italie, sous l'empire de Valentinien III. Le docte Italien observe «que trois de ces pièces, destituées de note certaine de temps, donnent de «grands indices qu'elles sont encore plus anciennes. » Et d’ailleurs, quand on étudie les monuments les plus anciens de l'écriture cursive, loin d'attribuer aux barbares l'invention de ces caractères, on est forcé de reconnaître qu'une écriture aussi hardie dans ses formes, aussi ingénieuse dans ses combinaisons, devait avoir été pratiquée et perfectionnée pendant plusieurs siècles. Aussi trouve-t-on plusieurs caractères cursifs dans l'épitaphe de Gaudence, datée du consulat d'Ursus et de Polemius, c'est-à-dire de l'an 338 de Jésus-Christ; et quoique l’on ne possède pas des modèles de cursive antérieurs à l'ère chrétienne, on ne peut guère douter que ce caractère ne fût dès lors connu et employé par les Romains. En un mot, l'origine de l'écriture cursive remonte au temps même où les progrès de la société romaine nécessitèrent la transcription fréquente des actes publics et particuliers.

Dans cette hypothèse, il serait permis de douter si l'écriture onciale a précédé l'écriture cursive; mais cette question, qu'il serait difficile d'ailleurs de résoudre par des arguments directs, n’est pas de celles qui doivent être traitées dans un ouvrage élémentaire. En ce qui concerne la minuscule, on peut s'appuyer sur de fortes présomptions pour affirmer qu'elle est postérieure à la cursive. On a déjà vu que la minuscule ne se rattachait souvent à la capitale que par l'intermédiaire de l’onciale dont elle a emprunté les caractères les moins compliqués, tels que l'het le q, tandis qu’elle a adopté pour quelques autres des formes plus simples ou plus faciles à tracer, comme pour l'a et pour le. Mais il y a dans l'alphabet minuscule des lettres, telles que le d et le q, que l'on rattache difficilement à l'alphabet oncial, et qui d'un autre côté se retrouvent sous la même forme dans les plus anciens monuments d'écriture cursive. Ce n’est pas tout : quoique l'écriture minuscule soit en général distincte dans ses éléments, et qu'elle évite de modifier la forme des lettres par des liaisons accessoires, elle a pendant longtemps emprunté à la cursive des combinaisons de lettres au nombre desquelles on peut citer celles de le et du

1 Maffoi.

bo.

t, qu'elle sest définitivement appropriées et auxquelles on a dû donner place parmi les caractères de l'alphabet minuscule. (Voy. dans la planche I le dernier caractère de l'alphabet n° 2.) I est vrai qu'on trouve, avant le vin siècle, des manuscrits qui ne sont ni en capitale, ni en onciale, ni en cursive; mais on est forcé de reconnaître que l'écriture qui règne dans ces manuscrits n’a encore rien de fixe, qu'elle mélange toutes les formes de caractères, et que tout en se rapprochant de la minuscule, elle en diffère encore dans plusieurs de ses éléments. La cursive, au contraire, paraît avec toutes les lettres qui la caractérisent dans plusieurs diplômes du vn° siècle et même dès le siècle précédent.

Malgré ces considérations, il a paru qu'il valait mieux, après avoir terminé l'examen de la capitale et de l'onciale, s'occuper de la minuscule, dont les caractères sont plus nets, plus arrêtés, et par conséquent plus propres à fixer le sens précis des termes de convention auxquels il faut recourir pour désigner les éléments de chaque lettre. D'ailleurs, comme la minuscule a emprunté la plupart des lettres de la cursive en les dégageant de quelques traits superflus, on pourra plus facilement saisir la forme réelle de ces lettres, si l'on se reporte aux types plus réguliers de l'alphabet minuscule.

La planche XI présente, sous les n° 5, 6 et 7, trois alphabets cursifs, l'un du vu, l'autre du vi: et le dernier du 1xe siècle. C’est à l'aide de ces trois modèles quon va essayer d'analyser les formes de l'écriture cursive dans le petit nombre d'éléments qui la séparent essentiellement de la minuscule.

Si l’on fait abstraction du développement excessif que prennent dans deux de ces alphabets les hastes des lettres b, d, k et l, on reconnaîtra qu'elles ne diffèrent pas essentiellement des lettres correspondantes de l'alphabet minuscule. On devra aussi regarder comme à peu près communes à l'une et à l’autre écriture les formes des lettres Jo La lb Go 0, JUS ue Sn nee faut pas non plus s'attacher aux lettres k ety qui se trouvent dans le dernier des trois alphabets pour distinguer la cursive de la minuscule; mais on trouvera des différences tout à fait caractéristiques dans les formes des lettres a, CHNCSMONGTET:

L'a cursif se rapproche alternativement de deux caractères employés aujourd'hui par la typographie, l'a et lu italiques. Aussi, bien qu'on puisse retrouver dans cette lettre une panse soit fermée, soit ouverte, et un montant quisy rattache, cependant ces deux éléments ont une forme tout à fait diflérente de celle qui les caractérise dans Ta minuscule. Nous avons déjà eu oc-

casion d'avertir que ces deux lettres {a &) étaient quelquefois employées concurremment dans des manuscrits en minuscule : à plus forte raison doit-on

PARTIE IIL — CHAPITRE Il. 397 s'attendre à rencontrer l’a cursif dans la minuscule diplomatique, et dans les écritures mixtes qui ont précédé la formation définitive de la minuscule.

La panse du c s'allonge considérablement dans l'écriture cursive; quelquefois même elle se brise et se termine par une boucle dans sa partie supérieure. L'e cursif présente souvent les mêmes caractères, en sorte qu'il n'est pas toujours facile de le distinguer du c'.

L'o cursif se distingue de lo minuscule par un ou deux traits qui partent du sommet de la lettre, et qui lui servent souvent de liaison avec une lettre voisine, mais qui se rencontrent même dans les .o complétement isolés.

Le t cursif se distingue par l'inflexion de la barre qui se recourbe pour se réunir à la haste.

Tels sont les principaux signes qui distinguent la cursive de la minuscule proprement dite; mais comme on peut en retrouver quelques-uns dans la minuscule diplomatique, il faut surtout s'attacher au caractère le plus général comme le plus essentiel de la cursive. Ce qu'il y a en effet de plus important et de plus facile à constater, c'est que dans la minuscule les lettres sont mieux proportionnées, plus régulières, et qu'elles peuvent avoir des points de contact sans cesser d'être distinctes; tandis que dans la cursive elles se tiennent et s’enlacent de telle sorte qu'il est toujours difficile de fixer le point qui leur sert de limite. Il en résulte qu'un alphabet cursif peut représenter tout au plus la forme générale des lettres, mais que, pour reconnaître les change: ments auxquels chaque caractère doit se plier pour s'unir plus facilement à ceux qui le précèdent ou qui le suivent, il faut étudier l'écriture cursive dans son ensemble et se rendre compte des transformations produites par la combinaïson des divers éléments dont elle se compose. Quant à présent, il suffisait de donner quelques indications générales qui pussent servir à distinguer la cursive de la minuscule. On pourra faire l'application de ces principes élémentaires en comparant par exemple le Jac-simile n° 10 de la planche IV avec le fac-simile n° À de la planche XI. Quoiqu'on retrouve encore dans le premier de ces deux modèles quelques restes- de cursive, cependant il sera facile de reconnaître que, vu dans son ensemble, il appartient à l'écriture minuscule; le second modèle, au contraire, présentera tous les caractères de l’écriture cursive.

1 Nous devons avertir que dans le premier et quelle elle doit sunir. Le même trait manque le troisième alphabet, l'e cursif devrait être com- aussi à la lettre f dans les trois alphabets. La

plété par une barre qui prend ordinairement forme de ces deux lettres sera d’ailleurs examinée

naissance au bas de la boucle formée par le avec plus de détails quand il sera question du dé-

crochet supérieur. Cette barre prend des direc- chiffrement de l'écriture cursive.

tions diverses suivant la forme de la lettre à la-

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